‹ Étude sur CatulleChapitre 43 sur 144 · LIVRE I. — CHAPITRE III. 9j · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE III. 9j

le maître dont il cherchait la faveur; mais en même temps^ par amour propre de philosophe , il hésitait à livrer sans défense la doctrine d'Épicure aux appétits d'un glouton. Pison avait d'ailleurs réponse à tout , et répliquait qu'Épicure était un très grand philosophe, et la philosophie de la volupté la première des philosophies. Philodème se taisait alors , trop respectueux pour disputer avec opiniâtreté contre un sénateur romain.

On imagine comment devait être administrée la Macédoine par un homme si occupé de philosophie. Les alliés, les peuples libres et tributaires, les commerçants , les publicains , les soldats mêmes de Pison eurent à souffrir de son gouvernement. Son armée fut décimée, épuisée par la famine et la maladie. La province fut horriblement ravagée et saignée pour satisfaire aux besoins du gouverneur. Les deux amis de Catulle en revinrent pauvres et affamés.

Catulle , on le voit par ce qui précède , ne fut jamais ni l'ami ni le favori des grands : tout au plus vécut-il auprès d'eux dans une dépendance forcée dont il rougissait lui-même et dont il les rendait responsables , comme s'il eût voulu se venger sur eux de son abaissement. Sorti d'une ville de la province , il se sentait comme dépaysé dans cette société qui lui déplaisait par son orgueil et l'indignait par son impudence. Les rapports qu'il eut avec quelques patriciens servirent cependant son talent , en lui offrant un spectacle digne de son esprit, et dont il ne manqua pas de profiter. C'est son amour pour Lesbie qui lui a dicté ses vers les plus touchants; les ridicules des nobles et les intrigues des triumvirs aiguiseront surtout sa verve. Il a pour ainsi dire résumé sa pensée sur la noblesse

romaine dans ces vers : « Allez donc chercher des amis » nobles ! Et vous , Pison et Memmius , que les Dieux » et les déesses vous envoient tous les maux , enfants » déshonorés de Romulus et de Rémus. »

Pelé nobiles arnicas.

Ai wbis mala multa Dî Deœquc Dent , opprobria Romulei Remique.

(c. XXVIII, v. 13.)

Nous allons voir maintenant ce qu'il pensait des triumvirs.

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