‹ Étude sur CatulleChapitre 44 sur 144 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Catulle et César (55-53).

Les deux années qui suivirent le retour de Catulle à Rome semblent avoir été les plus fécondes de sa vie trop courte. Il entrait alors en pleine possession de son talent; sa renommée était grande , ses vers étaient admirés et critiqués: Cornélius Nepos, son compatriote, allait publier ses chroniques (i) où il faisait l'éloge de Catulle. Les déceptions de son amour pour Lesbie l'avaient mûri , et le spectacle des événements qui se passaient alors à Rome devait encore éveiller son génie alerte. Aussi il est facile de voir qu'un grand changement s'est fait dans son esprit et dans son caractère. Pendant sa liaison avec Lesbie, aucun* événement contemporain n'attire son attention ; nulle pièce de lui ne fait allusion aux années 6o , 59 et 58 , ni au retour de Pompée après la guerre contre Mithridate, ni à l'exil et à .la rentrée de Cicéron. Il est tout rempli de son amour , en dehors duquel rien ne l'intéresse ; la poésie même lui est surtout un moyen de

chanter ses joies et ses peines ; il se laisse emporter par sa passion comme sur un fleuve rapide , sans daigner même jeter les yeux sur les rives et les choses d'alentour.

Revenu de la Bithynie, à la fin de 56 , non pas consolé , mais du moins apaisé , il a plus de souci de sa réputation littéraire , et il devient le centre d'un groupe actif et intelligent de jeunes hommes , poètes et écrivains comme lui. Il s'inquiète des scandales dont Rome est le théâtre ; César , Pompée , les intrigues du triumvirat et les dangers de la république excitent sa colère ; ses épigrammes plus amères et armées plus que jamais de l'aiguillon, sont remplies d'allusions politiques. Il était entré dans la vie avec trop de chaleur et de force de jeunesse pour être brisé par un chagrin d'amour , si profond qu'il fût. Tout au plus , le souvenir de Lesbie a-t-il donné à son esprit un tour d'une ironie plus forte , quelque chose de plus réfléchi et de plus impitoyable.

Nous ne raconterons donc pas longuement les autres amours — si l'on peut les appeler de ce nom — dont il faut renvoyer l'histoire à ces deux années. Auparavant, sa passion exclusive pour Lesbie ne paraît pas lui avoir laissé la liberté d'en éprouver d'autres, et d'ailleurs, certains faits dont il est question dans ces poésies amoureuses en donnent la date. Toutes rappellent Mamurra ou César dont Catulle ne s'est certainement pas préoccupé avant 58. (n)

Citons pour mémoire une certaine Ametina, (1) maîtresse de Mamurra, le débauché de Formies. Elle avait aussi été la maîtresse de Catulle et lui réclamait une somme assez forte. Catulle demeure sourd à ses prières; mais non

(1) c. XLI , XLIII.

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