‹ Étude sur CatulleChapitre 45 sur 144 · LIVRE ï. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE ï. — CHAPITRE IV

content de la repousser, il F insulte, et comme pour outrager la mémoire de son ancien amour , il compare la beanté de Lesbie à k laideur de cette femme qu'il méprise.

Une passion vraie et malheureuse avait naguère épuré son âme; la douleur avait donné à sa pensée je ne sais quelle chasteté touchante qui nous intéressait à son chagrin. Désormais la passion a disparu , et Catulle ne la chantera plus en poète : il la décrira en libertin. C'est qu'en renonçant à Lesbie , il n'avait pas renoncé au plaisir ; l'élévation des sentiments s'est souvent unie chez lui à la violence des désirs , mais les désirs ont survécu à la souffrance ; il oublia un moment les mœurs brutales de son temps pour y revenir bientôt sans l'illusion de l'amour.

Citons encore ses vers sur le bel efféminé Juventius , jeune adolescent qui déshonorait par ses vices un nom glorieux. Un Juventius avait été le premier plébéien qui obtînt l'édilité curule. (i) Catulle épris de cette fleur de jeunesse indolente et lascive qui faisait le charme de sa beauté , l'aima , mais sans réussir à se faire aimer. Il a raconté , dans une pièce gracieuse , (2) comment il lui surprit un jour un baiser, et comment Juventius l'en punit cruellement par ses mépris , si bien que le baiser tout à l'heure plus doux que la douce ambroisie , était devenu pour l'amant éconduij plus amer que l'amère hellébore. Juventius lui préféra deux parasites effrontés , deux pauvres hères qui fréquentaient le poète , lui empruntaient de l'argent, puis se moquaient de ses vers

(1) Cic. pro Planco , 58. — (2) c. IC.

qu'ils trouvaient peu honnêtes > et tournaient autour de Juventius. Catulle les accable d'épigrammes insolentes et obscènes qu'il serait impossible de rendre dans une langue qui se respecte. Il leur rappelle leur misère , leur laideur , leur rapacité , leurs corps que la faim , le froid et le soleil ont faits plus secs que la corne. (1) Ailleurs, il nous les montre au quartier général de César, en Bretagne. Ces personnages sont-ils authentiqués , ou Catulle a-t-il voulu désigner indirectement quelques uns de ces misérables mendiants prêts à tous les services, qui avaient été appelés du fond des tavernes au commandement des armées de César , comme ce Fuficius Fango , qui de simple soldat , était devenu sénateur , et ce Ventidius Bassus , qui, avant d'être sénateur, avait été muletier"? Il est impossible de l'affirmer. C'est du moins un coin pittoresque et peu connu de certains quartiers de Rome et de la vie romaine, que ces quelques pièces nous permettent d'entrevoir. (2) Nous pouvons mettre en regard de ce misérable taudis où nous Rencontrons le beau et frais Juventius dans la compagnie de Furius , l'étranger dé Pisaurum, « plus pâle et plus froid qu'une statue de plâtre, » le bouge où Clodia se livrait aux embrassements des amis malpropres d'Egnatius. Quel contraste avec les jardins près du Tibre , les fêtes nocturnes sur le golfe de Baïes , les élégances de la voie Appienne !

Mais ni la maîtresse de Mamurra ni Juventius ne tinrent une grande place dans la vie de Catulle. H était alors plus occupé de politique que d'amour. Tout d'abord,

(1) c. XXIII.

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