LIVRE I. — CHAPITRE IV
original et le plus distingué de cette opposition. U était né en 82 , le même jour que Celius , et faisait partie de cette société lettrée qui se réunissait autour de Catulle dont il était le plus intime ami. Il sortait d'une famille d'origine plébéienne , mais illustre , et dans laquelle on comptait des tribuns et des consuls. Son père , historien et orateur célèbre , redoutable surtout à cause du soin qu'il mettait à étudier et composer ses discours , avait été prêteur ; accusé de concussion, il devait avoir pour adversaire Cicéron , mais il se pendit avant le jugement. Cicéron ne poursuivit pas l'affaire, et épargna ainsi à Calvus la honte qu'aurait fait tomber sur lui la condamnation de son père. Calvus avait alors seize ans.
Ce premier et ineffaçable souvenir a contribué certainement à donner à son âme cette ténacité ardente , et à son esprit cette amertume qui le caractérisaient. Il détestait Cicéron qui lui prodigua souvent les éloges ; mais malgré le commerce suivi qu'ils ont eu ensemble , il n'est pas vraisemblable que Cicéron l'aimât beaucoup. Il l'a laissé voir d'ailleurs dans quelques lignes assez malveillantes du Brutus , où il juge l'éloquence de Calvus en homme qui l'avait redoutée. Il était impossible de trouver d'ailleurs deux orateurs qui eussent moins de ressemblance. L'un , abondant , épanoui , se laissant aller à une facilité prodigieuse que soutenait une longue étude , l'autre , serré , concis, scrupuleux à l'excès et mécontent de tout ce qu'il écrivait; celui-ci, toujours prêt pendant sa longue vie à défendre toutes les causes , mais plus habile à plaire qu'à convaincre ; celui-là , dès sa jeunesse , cherchant des ennemis , se distinguant par une véhémence passionnée et nerveuse , étontiant les juges , l'accusé , le public , par
la vigueur de ses invectives ; le premier, tour à tour pompeux et familier , habitué à toutes les magnificences de la voix et du geste ; le second , remarquable surtout par la force de sa parole , d'une impétuosité et d'une énergiç d'action surprenantes : Çicéron avait plus de facilité naturelle et acquise, Calvus plus de volonté. Calvus se faisait gloire d'appartenir à l'école des orateurs Àttiqùes , et était un des rivaux que les Attiqùes opposaient à Cicéron. Il -était poète et comptait parmi les disciples de la nouvelle école , mais ses discours étaient plus vantés que ses vers. Sa réputation était grande encore au temps de Tacite , et plus tard Fronton le comparait aux premiers orateurs romains : « Dans les tribunaux Caton rudoie ses adver- » saires , Cicéron s'exalte dans son triomphe , Gracchus » s'agite , Calvus lutte. »
Les partisans les plus discrédités de César sentirent les preiniers les atteintes de cette éloquence de combat. A vingt-sept ans , Calvus accusa Vatinius , le plus hardi et le plus pervers des lieutenants de César, Vatinius, que Cicéron lui-même avait deux ans auparavant chargé avec furie à l'occasion du procès de Sextius , et qu'il allait maintenant défendre pour se faire pardonner par César son ancienne opposition. « Je vais plaider pour Vatinius , écrit-il à son » frère ; c'est chose facile. » La chose n'était point aussi facile qu'il le pensait , car il allait avoir Calvus pour adversaire. Il lui était peut-être difficile aussi de faire oublier les injures qu'il avait naguère prodiguées, à ce même Vatinius. dont il entreprenait l' apologie. Le procès eut un grand retentissement , et dès son premier; essai Calvus prit rang parmi les plus grands orateurs. Son discours fit sur l'esprit des juges une telle impression que