‹ Étude sur CatulleChapitre 49 sur 144 · LIVRE I. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE IV

Vatinius hors de lui se leva de son siège et s'écria : « Je » vous le demande , juges , parce que cet homme est » éloquent , faut-il que je sois condamné ? » César et Pompée exigèrent l'acquittement, mais le coup avait porté, et on s'en souvint longtemps à Rome. Quintilien nous a conservé de ce célèbre plaidoyer quelques lignes qui peuvent nous en faire comprendre le caractère. « C'est » moins la loi contre les prévaricateurs , que la loi de » majesté; c'est moins la loi de majesté que la loiPlautia; » c'est moins la loi Plautia que la loi contre la brigue; » c'est moins enfin la loi contre la brigue qui a péri, que » toutes les lois ensemble et les sanctions de toutes ces » lois. » (1)

Ce ton véhément prouve à quel degré étaient poussées les haines politiques à ce moment suprême où la république expirait. Les épigrammes de Catulle traduisirent dans un langage violent des passions violentes. Pas plus que son ami Calvus il n'oublia d'attaquer Vatinius : (2) « Hé bien , Catulle , que tardes-tu à mourir ? Struma » Nonius siège sur la chaise curule, le parjure Vatinius » jure par son consulat , hé bien Catulle que tardes-tu à » mourir ? » En effet, dans la conférence de Lucques , le consulat avait été promis à Vatinius qui , dès cet instant , n'avait plus connu de bornes à son audace. Ce Nonius Asprenas était scrofuleux comme Vatinius lui-même dont Cicéron disait avec une brutalité qui dépasse celle de Catulle : « Tes parents te repoussent , ceux de ta tribu » t'exècrent, tes voisins te craignent, tes alliés rougissent » de toi , tes scrofules sont descendues de ton hideux

(1) Quintil. Instit. or. IX , 3 , $6. — (2) c. LU.

Iûé ÉTUDE SUR CATULLE.

» visage pour se placer sur d'autres parties de ton » corps. » (i)

Ce ne fut pas le seul procès où parut Calvus ; il combattit ainsi toute sa vie. Sa véhémence était telle qu'il franchissait parfois son banc pour aller jusqu'à celui de ses adversaires. Un jour , défendant Caton contre Asinius Pollion qui n'avait encore que vingt-et-un ans, il demanda qu'à cause de sa petitesse on le mît sur un socle, en plein Forum , pour jurer que si Caton avait fait du tort à Pollion qui l'accusait , il aurait lui-même accusé Caton. Son ardeur belliqueuse poursuivit tous les ennemis de la constitution ; il écrivit des épigrammes agressives qui sont demeurées fameuses contre César , Pompée et leurs créatures , Tigellius Hermogenes , Curius et d'autres encore.

Son âge , son esprit , ses opinions le rapprochaient naturellement de Catulle qui avait pour lui une tendre affection. Les deux poètes faisaient échange de vers et se communiquaient leurs pièces amoureuses ou politiques. La communauté d'infortune resserra encore les liens qui les unissaient. Calvus perdit , probablement en 54 , à vingt-huit ans , une femme qu'il aimait , et après sa mort composa en son honneur des élégies selon la poétique nouvelle. C'est au sujet de ces poèmes que Catulle écrivit à Calvus ces vers émus : (2) « Si notre douleur , cher » Calvus, peut apporter quelque douceur à ceux qui sont » dans le silence du tombeau , s'ils sont sensibles aux » regrets qui renouent nos anciennes amours et nous font » pleurer sur les amitiés perdues , oui , sa mort préma-

(1) Cic. in Vatinium. — (2) c. XCVI.

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