‹ Étude sur CatulleChapitre 50 sur 144 · LIVRE I. — CHAPITRE IV. IO · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE IV. IO

» turée doit moins affliger ta Quintilia , que ne doit la » réjouir ton amour. »

L'acharnement au travail et la faiblesse de sa constitution tuèrent bientôt Calvûs. Il mourut en 48 , à trentecinq ans , laissant un poème épique , une grande quantité de vers et vingt livres de discours qui servirent de modèles après lui. D'une petitesse ridicule, d'une santé chancelante, il ne vivait que de la flamme intérieure. Nullement débauché et différent en ce point de Catulle , il s'attachait aux flancs et aux reins des lames de plomb (1) , s'il faut en croire Pline l'ancien, pour vaincre le désir et conserver l'intégrité de sa force et de sa volonté. Quelle intéressante figure que celle de ce Pascal païen , s'imposant pour conserver sa raison les tourments que s'infligeait l'autre pour l'humilier , supportant dans la maladie et dans la douleur , pour gagner de la gloire , le travail que souffrait l'autre pour démontrer la vanité de la gloire , dépensant enfin au service de son ambition et de ses passions politiques toute l'énergie que Pascal mettait à railler la politique et à tuer en lui l'ambition !

L'opposition dont Calvus était un des chefs avait réuni contre César presque tous les écrivains , surtout ceux qui venaient de l'Italie et des provinces. Catulle y prit une part active. Mais qu'on ne se méprenne pas sur la nature de ses sentiments politiques. Il y a sans doute un dégoût et une indignation sincères dans ses épigrammes — nous avons montré qu'il n'en pouvait pas être autrement — , mais la fermeté des convictions le décide moins peut-être que la vanité piquée au jeu et l'entraînement de l'exemple.

(1) Plin. maj. hist. nat. XXXIV , 50,

On sait que l'amour propre , l'habitude de voir l'imperfection des choses , le besoin de montrer leur esprit , poussent le plus souvent les écrivains dans l'opposition. H leur est difficile de louer ce qu*ils trouvent mauvais et de retenir un bon mot. Dans les conversations des amis de Catulle, on faisait donc de la politique , c'est-à-dire qu'on était impitoyable pour les ridicules des puissants. Les bruits qui couraient sur les aventures légères de César , ou sur les merveilles de son expédition lointaine, y étaient commentés , et avec peu de bienveillance. On se disait qu'il était entré en Bretagne (i) pour y trouver des perles d'une grosseur extraordinaire , qu'il obéissait à son ambition et à son avidité plus qu'à son zèle pour la république, et qu'il lui fallait savoir peu de gré d'être allé piller après l'Espagne la Gaule et la Bretagne, comme Pompée l'Asie, afin de partager le butin avec Mamurra ou offrir des diamants à Servilie. On oubliait la constitution menacée, les lois foulées aux pieds , la dictature militaire remplaçant le règne des assemblées , la décadence prochaine et irrémédiable, pour se rappeler les amitiés suspectes de César ou les infidélités de la femme de Pompée.

Aujourd'hui nous voyons ces événements à distance, et nous pouvons en considérer les causes et les résultats. Habitués d'ailleurs à chercher dans l'histoire les lois générales qui la gouvernent , nous trouvons les taquineries des poètes républicains peu sérieuses , et nous nous étonnons que les hommes d'alors n'aient pas vu plus haut et plus loin. Mais les esprits sont rares , qui savent comme un Salluste, démêler au milieu de la multitude des petits

(i) Suct. Jul. Cxsar , 47.

Page 1