‹ Étude sur CatulleChapitre 52 sur 144 · LIVRE I. CHAPITRE IV. III · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE IV. III

Mucia, de Servilia; des satires agressives contre le débauché chauve , la terreur des maris de Rome ; c'étaient enfin des cris d'indignation contre ses exactions en Espagne et en Gaule, contre ses rapines dont il entretenait les dépenses des jeux , des triomphes et des guerres civiles. La satire politique ne dépassait pas ces limites un peu étroites , et nous ne devons pas en être surpris , puisque personne alors , excepté peut-être César , n'avait l'intelligence de la situation et le pressentiment de l'avenir. Qui donc eût deviné les ides de Mars , Actium , et dans le lointain , la suite sanglante des Césars ?

Tel était à peu près le ton des vers de Catulle ; ses colères sont vives et sincères , mais elles s'effacent rapidement. N'exigez pas de lui qu'il s'y appesantisse longuement et se condamne à une indignation persistante. Il raille et combat le mal sans prendre toujours la peine de le détester; on dirait que le crime lui paraît encore plus ridicule qu'odieux ; il l'attaque en honnête homme , mais surtout en homme d'esprit.

Au reste , rien n'est plus dangereux que ces guerres d'épigrammes , et Catulle y était admirablement préparé. Il avait les armes nécessaires, la vivacité du trait et l'aiguillon. La politique était avant tout pour lui de la littérature. Sans ces restrictions qu'il ne faut cependant point exagérer, on s'expliquerait moins aisément sa réconciliation subite et complète avec César.

Aussi les mêmes griefs se reproduisent-ils dans toutes ses épigrammes politiques. Ici il fait allusion aux dérèglements de Mucia , (i) une des nombreuses femmes de

(i) c. CXIII.

Pompée , que les nécessités de la vie publique paraissaient destiner à être successivement gendre ou beau-père de ses alliés politiques. Cette Mucia avait eu des aventures nombreuses ; on les connaissait dans le cercle de Catulle. Pompée absent en Asie appelait César son Egisthe : de retour à Rome , il divorça avec cette femme , qui ne se contentait pas d'être soupçonnée. Tout le monde savait qu'elle s'était mariée depuis à un homme méprisable , iEmilius Scaurus , trouvant sans doute dans la conformité de leurs goûts une garantie de liberté. Valère Maxime a raconté un repas offert par un certain Gemellus à Metellus Scipion et aux tribuns du peuple , dans lequel Mucia et Fulvia , illustres , l'une par son père , l'autre par son mari, (i) se prostituèrent. Mais Valère Maxiijie recueillait sans les contrôler tous les bruits scandaleux. Ailleurs, et à bien des reprises, Catulle rappelle l'amitié de César et de Mamurra , chevalier Romain né à Formies , préfet des ouvriers en Gaule, favori de César qui était accusé d'avoir avec lui des relations coupables. Du moins Mamurra avait profité de la tendresse du dictateur , et à l'époque 1 où Catulle le dénonçait aux rires du public , il faisait bâtir sur le Cœhus une maison toute lambrissée de marbre. « Tous deux (2) sont souillés des mêmes flétrissures dont » rien ne pourra effacer l'empreinte , tous deux rongés » des mêmes maladies , jumeaux de vices , partageant » dans le même lit les mêmes occupations, l'un et P autre » aussi avides d'adultères , rivaux d'infamie. » Nous ne voudrions pas reproduire ici toute l'énergie des invectives de Catulle; il nous suffit d'en avoir indiqué le carac-

(1) Val. Max. IX, 18. - (2) c. LVII.

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