LIVRE I, — CHAPITRE IV. II
tère. La plus célèbre de ces épigrammes est celle où le poète montre les biens de Mamurra, le butin de l'Asie, celui de l'Hibérie , et enfin les richesses de la Gaule et de la Grande Bretagne disparaissant successivement dans le gouffre creusé par les prodigalités infâmes du dissipateur de Formies. Il y prend à partie César et Pompée , et s'écrie : (i) « Et c'est pour un pareil résultat , ô gendre » et beau-père si pieusement unis , que vous avez boule- » versé l'univers ! » Malgré tout , il y a dans cette forte image autre chose que de l'esprit ; on croit entendre toutes les provinces impudemment rançonnées , protester contre les exactions dont elles ont été les victimes , et l'univers se plaindre d'avoir été mis à sac pour payer les dettes d'un libertin.
Il était nécessaire de noter les petitesses de cette polémique , mais il faut en faire ressortir le côté sérieux et honnête. Le bien et le mal sont toujours mêlés dans les affaires des hommes , et de même que de grandes pensées s'alliaient certainement aux desseins égoïstes de César, de même , derrière les . rancunes mesquines , les curiosités indécentes , les préjugés puérils de ses ennemis , on découvre la révolte des sentiments généreux. Tout n'était pas amour propre de poète , entraînement de jeune homme et esprit de parti dans les apostrophes véhémentes de Catulle. Si la façon dont il combattait César n'était pas la plus noble , il ne s'ensuit pas qu'il eût tort de le combattre. Que les partisans de la dictature de César exposent avec autant de force qu'ils le pourront la situation malheureuse de Rome , l'anarchie et la corruption partout ,
(1) c. XXIX passim.
la liberté disparue , le pouvoir aux plus hardis et aux plus scélérats, auront-ils prouvé cependant que César eût raison d'entretenir cette anarchie et cette corruption , d'étouffer ce qui restait de liberté , et de prendre à son tour le pouvoir comme ceux qui l'avaient pris avant lui ? Ils expliqueraient en vain que l'entêtement , la sottise , la jactance et la cruauté entouraient Pompée. En serait-il moins vrai qu'à part les soldats qui marchent toujours derrière leur chef, tout ce qu'il y avait à Rome d'honnête et d'éclairé se rangea à côté de Pompée , que beaucoup cependant tenaient en médiocre estime ? N'est-ce point enfin une étrange manière d'aimer et de sauver sa patrie que de lui enlever le peu d'honneur et d'indépendance qui survit encore , sous prétexte qu'elle en est indigne, et faut-il l'achever sous prétexte qu'elle est moribonde ? C'est un sophisme dangereux que celui qui consisterait à chercher dans les défauts d'un gouvernement légal la justification d'un usurpateur , et à condamner comme inintelligents ou coupables ceux qui voudraient défendre quand même jusqu'au dernier débris de la loi. La raison et le devoir condamnaient l'ambition de César; les suites de son entreprise le condamnèrent plus nettement encore. En définitive , les insultes de Catulle , si grossières qu'elles fussent, ne flétrissaient que des vices qui méritaient une flétrissure; trop légèrement peut-être , non avec. les armes les meilleures, mais hardiment du moins et avec à propos, il défendit une cause honorable.
Ses railleries sanglantes se répétaient à Rome , ses vers allaient de bouche en bouche ; les maux qu'on ne pouvait empêcher , on s'en consolait un peu en riant de ceux qui les avaient fait naître. La colère de César fut vive, Il