‹ Étude sur CatulleChapitre 54 sur 144 · LIVRE 1. — CHAPITRE IV. II · texte numérisé non relu

LIVRE 1. — CHAPITRE IV. II

consentait à être craint , mais non à être bafoué. Un homme d'un esprit aussi avisé que le sien, comprenait bien qu'il lui fallait avant tout éviter le ridicule , et que les soldats Pompéiens ne lui feraient pas autant de mal que des distiques bien tournés. H fallait mettre un terme à ces hostilités redoutables et imposer silence à l'ennemi. La persécution eût été inutile; d'ailleurs César n'aimait guère ce moyen de règne : il songea à l'indulgence. La Gaule citérieure faisait partie de son commandement ; il y vint au commencement de 54 , (1) et c'est probablement à cette époque qu'il se réconcilia avec le poète , chez le père même de Catulle dont il était l'hôte. C'est peut-être aussi sur les prières de Catulle qu'il écrivit à Calvus et lu pardonna les fameuses épigrammes dont l'irritable orateur l'avait poursuivi. A partir de ce moment le nom de César disparaît des vers de Catulle ; mais Mamurra continue à être en butte à des railleries cruelles, sous un pseudonyme qui est à lui seul la plus cruelle des satires. (2)

C'est ainsi que le poète de Vérone, le citoyen d'une ville municipale, le partisan de la constitution, avec cette franchise d'impressions qui est le trait principal de son originalité, après avoir tourné en ridicule les travers de l'aristocratie insolente dont il avait eu à souffrir les hauteurs , avait , bien plus vigoureusement encore , avec une colère tenace , quelquefois émue , dénoncé les hontes du triumvirat. En cette occasion encore, les événements mêmes de sa vie l'avaient inspiré; sa poésie était née du spectacle qui s'offrait à lui , nullement de son imagination et d'un parti pris de versificateur.

(1) De Bello Gallico V, 1. — (2) c. XCIV, CV, CXIV, CXV.

Il6 ÉTUDE SUR CATULLE.

Nous en avons fini avec les pièces qui portent leur date. Il est vraisemblable que pendant les deux années que nous venons de raconter , Catulle composa ses pièces purement poétiques , les plus parfaites , ou plutôt les plus étendues , celles qui ont exigé de lui le plus de travail et de science. Ce n'est point ici le lieu d'en parler, puisqu'elles n'ajouteraient rien à ce que nous savons de sa vie ; elles confirmeraient seulement ce que nous en avons dit. Nous remarquerions par exemple dans le récit des aventures d'Ariane , (i) comme un souvenir lointain des infidélités de Lesbie et des douleurs de Catulle. Une autre de ces pièces demande cependant une courte réflexion ; c'est le remarquable poème LXIII sur Attis et Cybèle. Nous avons indiqué plusieurs fois que Catulle était un épicurien , non de doctrine , mais de fait , non à la manière recommandée par Lucrèce , mais à la façon* d'Horace et des épicuriens qui croient trouver la volupté dans la volupté même et non dans la haine de la volupté. Cet amour du plaisir et cette gaieté naturelle qui le mettaient à l'aise dans la vie n'avaient point tout à fait altéré en lui la délicatesse du sentiment , ni écarté de son âme la tristesse et le doute. Nous sommes habitués de nos jours à estimer un poète autant qu'il aura un système, ou qu'il se sera occupé du problème de la destinée humaine. Catulle n'est certainement pas de ces esprits profonds qui ont cherché le secret des choses , ni de ces grandes âmes qu'obsède l'inquiétude de l'inconnu. Ce que nous appelions l'infini ne le tourmente pas.

Pourtant, à l'heure troublée où il vivait, quand la vue

(0 c. LXIV.

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