‹ Étude sur CatulleChapitre 62 sur 144 · LIVRE II. — CHAPITRE I. I 3 I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I. I 3 I

sous le nom de poésies Alexandrines ces innombrables productions poétiques nées de la culture Grecque , depuis le règne d'Alexandre jusqu'à l'époque Byzantine. Il y aurait encore bien des différences à marquer et des divisions à faire dans ce vaste ensemble, mais nous n'*en avons pas besoin ici. Nous devons d'ailleurs être sobres dans nos jugements sur les Alexandrins , puisque la plus grande partie de leurs œuvres a péri. Ce qui nous en reste suffit pourtant à en distinguer les principaux caractères. Plus que chez aucun autre peuple , aussi longtemps du moins que le peuple Grec eut une histoire , les progrès de la poésie furent , intimement liés à ceux de la vie politique. Jamais peut-être il n'y eut de poésie plus originale et qui méritât mieux le nom de nationale. La critique ne peut pas séparer l'épopée d'Homère du premier épanouissement de la civilisation Grecque en Asie mineure; elle assiste avec les poètes lyriques aux réunions, aux festins , aux fêtes joyeuses ou lugubres des villes ; elle suit Pindare aux jeux nationaux , aux triomphes des héros , aux grandes solennités religieuses ; les élégies de Solon sont pour elle le témoignage des essais de constitution démocratique à Athènes ; celles de Théognis lui racontent la lutte des partis dans les autres cités ; enfin les tragédies d'Eschyle et les comédies d'Aristophane déroulent pour elle le tableau de la vie politique et religieuse des Grecs à son point le plus éclatant. Aucune littérature n'a donc été plus étrangère à l'Alexandrinisme que la littérature Grecque, depuis Homère jusqu'à Démosthène.

Au contraire, après la destruction de l'empire éphémère d'Alexandre , la nationalité grecque, répandue à travers le

monde , corrompue par le mélange des peuples étrangers, dénaturée par la conquête Macédonienne , effacée par la domination de la dynastie Égyptienne, disparaît. H n'y a plus ni vie locale , ni culte , -ni intérêts communs ; la poésie n'est plus qu'un amusement d'amateurs ou un travail de savants et d'hommes d'esprit ; elle devient Alexandrine. Elle est exotique , pour ainsi dire , comme son nom l'indique , et de même que toutes les populations du monde , toutes les langues et tous les costumes se donnaient rendez-vous à Alexandrie, ainsi tous, les dialectes et toutes les légendes se rencontrent pêle-mêle dans ces compilations poétiques dpnt le plus grand mérite est le savoir qu'elles supposent, et le plus grand défaut, le manque de sincérité qu'elles révèlent. Ce défaut amènera tous les autres. Puisque le poète Alexandrin ne voulait que satisfaire un groupe d'initiés , et que son œuvre était seulement une reconstruction pénible et bizarre faite avec des matériaux de toute sorte , il devait éviter les productions qui exigent un grand public et une vie nationale , comme la tragédie , la comédie , l'épopée. Il lui fallait se réfugier dans les genres où la science et l'habileté acquises sont plus nécessaires que le talent naturel. La Grèce était morte quand naquit la littérature grecque Alexandrine , et celle-ci ne devait point avoir plus de saveur et de force qu'un fruit tardif venu sur un arbre desséché.

Il n'en était pas tout-à-fait de même à Rome. La littérature Alexandrine y entra dans une société en décadence, mais encore vivace , déjà mêlée d'éléments divers , mais où l'élément latin prédominait encore. La monarchie universelle d'Alexandre n'avait été qu'un rêvç d'un jour ; l'empire romain dura pendant des siècles. La vie brillante

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