LIVRE II. — CHAPITRE I
et stérile de la cour des Ptolémées ne ressemble en rien aux dernières et ardentes années de la république romaine. La renaissance Alexandrine succédait en Egypte à plusieurs siècles de gloire et de fécondité qui avaient épuisé le génie de la Grèce ; elle venait à Rome après de pénibles tâtonnements , et avant que le génie latin fût arrivé à sa maturité. Les écrivains d'Alexandrie , en commentant les anciens poètes , en résumant dans leurs savantes encyclopédies la mythologie, l'histoire, la physique, l'astronomie , et toute la science antérieure , semblaient dresser l'inventaire et le testament du passé ; les poètes latins , imitant les modèles les plus voisins et les plus accessibles, voulaient seulement fixer , assouplir , enrichir la langue , l'habituer aux difficultés et aux raretés de l'expression , réunir des matériaux pour leurs successeurs , et préparer l'avenir. Ainsi des causes communes devaient produire des résultats analogues en Grèce et à Rome , mais ces résultats devaient aussi être modifiés par d'autres causes que nous venons de signaler , et dont nous retrouverons l'action dans l'examen détaillé des deux littératures et des poésies de Catulle, le plus original des Alexandrins de Rome.
Les poètes qui se sont succédé en Egypte depuis les premiers Ptolémées jusqu'à Auguste semblent avoir appartenu à une école étroite , en dehors de laquelle il n'existait ni poètes ni poésies, et dont l'autorité était incontestée. Ils écrivaient pour quelques lecteurs et n'avaient pas de rivaux. La querelle de Callimaque et d'Apollonius en est la preuve. Autour de Callimaque s'était formé un parti qui portait le nom du maître et qui prétendait régenter la poésie. L'école blâma les principes d'Apollonius et re-
poussa son poème. Il fut obligé de quitter Alexandrie où il ne revint qu'à la fin de sa vie, et de se retirer à Rhodes. Personne ne protesta. La foule d'étrangers et de commerçants qui habitaient Alexandrie , s'intéressait médiocrement à ces disputes de versificateurs.
Les partisans de la poésie nouvelle à Rome composaient aussi comme la pléiade Alexandrine et comme celle du seizième siècle, une école ayant ses disciples , ses maîtres, mais avec moins d'autorité et plus d'ennemis que l'école grecque.
L'étude assidue de la langue et de la versification grecques , l'habitude des traductions , le soin exagéré de la forme , le mépris des anciens poètes latins trouvés rudes et grossiers , la crainte des ouvrages de longue haleine , comme l'épopée et le drame , la recherche des curiosités mythologiques ou géographiques, le désir de faire étalage de science et de renouveler par des emprunts la littérature nationale, voilà les doctrines. Elles trahissent l'inexpérience et l'enthousiasme d'écrivains novices , fiers d'expliquer aux profanes les merveilles qu'ils ont découvertes. Elles se comprennent d'ailleurs si l'on songe aux relations étroites qui unissaient la Grèce à l'Italie , aux voyages des jeunes Romains à Athènes , à Rhodes , en Egypte , à l'afHuence des Grecs à Rome, où se rendaient en foule les habitants de Tarse et d'Alexandrie (i). Enfin les dernières productions de l'Alexandrinisme , assez lointaines déjà pour paraître classiques , avaient en même temps un certain attrait de nouveauté.
(i) « iMàXiaxa Ô'f] FoS{xt) ôuvaxa». ôtSotaxeiv xo n/afioç twv sx T7ja8s zf^ noActuç «ptXoXoytov. Tapa&ov yàp xa\ 'AXeÇaySpetov EaTljjLsaT7J. » (Strabon,