‹ Étude sur CatulleChapitre 64 sur 144 · LIVRE 11. — CHAPITRE I. I · texte numérisé non relu

LIVRE 11. — CHAPITRE I. I

Le culte des mêmes modèles rassemblait des disciples séparés pourtant par leur condition et leur genre de vie. Ils s'envoyaient des traductions des poètes préférés , surtout de Callimaque , ou des essais informes comme ceux dont Catulle se moque avec une verve impitoyable. On se piquait de beau langage , de distinction maniérée , de tout ce qui pouvait contraster avec les habitudes anciennes. Leurs poésies étaient surchargées d'ornements; ainsi une personne étrangère au luxe des bijoux les prodigue le jour où elle en possède. U y avait dans cette entreprise plus de bonne volonté que de talent, et le véritable esprit devait être bien rare dans ces improvisations poétiques , qui suivaient le repas du soir (i). Alors apparaissent à Rome , chose nouvelle , les poètes amateurs , fatigants et infatigables , par exemple ce Suffenus qui avait composé plus de dix mille vers , se souriant à lui-même et s* admirant dans le feu de la composition (2) , puis transcrivant son œuvre avec orgueil sur du papier magnifique, attaché par des rubans de pourpre et frotté à la pierre ponce. Les plus mauvais vers trouvaient ainsi leurs efyévirs. Tous ces écoliers avaient l'entrain de la jeunesse et la fatuité de la demi science. Us se promettaient mutuellement (3) l'immortalité , haussant les épaules avec dédain pour tout ce qui n'était pas sorti de leur laboratoire. Mais aussi , que

Scribens versiculos uterque nostrum * Ludebat numéro modo Ijoc tnodo iîîoc , Reddens mutua per joctim atque vinum ,

(2) c. XXII , v. 7.

Tarn gaudet in se , tamque se ipse miratur.

(3) c. XCV.

Zmyrnam cana diu saecula pervoluent.

de soins, quelle patience, quel respect de l'art ! Comment ne pas mériter la gloire pour un poème lentement composé , où était expliqué un des contes les plus bizarres de la mythologie , qui avait été poli pendant neuf ans , dont chaque mot , chaque césure avait été scrupuleusement pesée , où mille détails arrêteraient certainement et charmeraient le fin connaisseur qui le recevrait enfermé dans une boîte de cyprès brillant, parfumée d'huile de cèdre? Ce même Cinna que Catulle félicite d'avoir consacré neuf ans à un poème illisible (1) , se vantait aussi d'avoir apporté de Bithynie , copiées sur des feuilles de mauve, les poésies astronomiques d'Aratus (2).

Ces disciples se réunissaient autour de quelques maîtres, grammairiens grecs ou latins , dont le plus connu était Caton , la sirène latine (3) , celui qui mieux que tous les autres formait les poètes , poète lui-même , véritable homme de lettres , dirions-nous aujourd'hui. Une jolie épigramme (4) de Bibaculus nous le montre dans sa pauvre maison , aux poutres peintes avec du minium , possesseur d'un petit jardin, et dans une si grande misère,

(1) c. XCV.

Zmyrna mei Cinnae nonam post denique messem Quam cœpta est nonamque édita post hiemem.

Hor. ad Pis. 388.

Nonumque prematur in annum.

(2) Isid. or. VI , 12.

Laevis in aridulo malvae descripta libelle

(3) Suet. de illust. gramm. II

Cato grammaticus , Latina Siren , Qui solus legit ac facit poetas.

(4) Miretur quibus ille disciplinis Tantam sit sapientiam assecutus , Quem très cauliculi et selibra farris , Racemi duo , tegula sub una

Ad suramam prope nutriunt senectam.

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