‹ Étude sur CatulleChapitre 65 sur 144 · LIVRE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I

arrivé à la scîence la plus profonde , se nourrissant dans sa vieillesse de trois choux y d ? une demi-livre de farine et de trois grappes de raisin. C'était aussi Varus , (i) l'ami de Catulle et plus tard celui d'Horace , le censeur rigoureux et honnête des pièces qu'on soumettait à son jugement ; s' était Cecilius , originaire de l'Epire , celui que Domitius Marsus appelle la nourrice des jeunes poètes, « Tenerorum nutricula vatum »; c'était enfin le GrecParthenius qui vint à Rome ouvrir une école de poésie nouvelle vers 54 , et qui préparait pour ses élèves , parmi lesquels nous connaissons Cornélius Gallus , des matières à mettre en vers.

Doctrines, maîtres et disciples, tout suppose une préoccupation récente à Rome, en même temps que beaucoup de présomption et d'ignorance. Cependant les membres de la société se donnaient le nom de docti (savants), à peu près comme les poètes du moyen âge s'appelaient les maîtres de la gaie science.

A considérer de près ce goût des lettres , on voit qu'il n'avait pas pour origin# unique comme en Grèce, le sentiment du beau et l'amour de l'art. L'instinct de la domination amène la fureur d'apprendre , Fardeur pour la poésie est une des formes de la conquête , et l'imitation des auteurs grecs n'est qu'un moyen d'étendre l'empire de Rome sur les autres peuples. (2) « Il est beau de bien » agir pour la république, il est beau aussi de bien parler; » la paix et la guerre peuvent donner de la gloire », disait Salluste , et plus tard Pline l'ancien s'écriait avec orgueil que de tous les triomphes , celui des lettres est le plus

(1) Cat. c. X. — Hor. ad Pis. 438. — (2) Sali. Catil. 3,

grand , et qu'il vaut mieux avoir élargi les frontières du génie de Rome que celles de son empire. (1)

Race essentiellement ambitieuse, ayant le don de l'imitation et de la parodie , les Romains , en s' assimilant les travers et les qualités des autres peuples , comme s'ils eussent voulu que rien , pas même le mal, ne fût» affranchi de leur despotisme, ont étendu le cercle borné de leurs idées et aiguisé leur esprit , mais ils l'ont en même temps corrompu. Incapables d'apporter à leurs recherches une certaine finesse naturelle et ce goût de la mesure qui distinguait la Grèce , ils ont accepté en les exagérant toutes les inventions étrangères. L'Alexandrinisme pénétra chez eux comme le stoïcisme, l'épicurisme , la sophistique, la rhétorique, en flattant leur amour propre. Ils s'en paraient avec une sorte de vanité barbare , sans en connaître le prix, heureux de revêtir les dépouilles des peuples soumis. Dans leurs triomphes ils promenaient pompeusement les armes , les statues , les costumes des vaincus ; ainsi ils se dressaient dans leur littérature des trophées avec les richesses conquises sur l'ennemi, fis imitent avec une servilité emphatique et contente d'elle-même , qui prouve beaucoup d' orgueil et peu de goût. Ce que les Grecs faisaient en artistes, les Romains l'essayent en soldats. Un jour , pour vaincre Carthage sur mer , ils construisent docilement des navires d'après une galère carthaginoise échouée sur la côte d'Italie. C'est dans le même esprit qu'ils ont copié Callimaque.

Aussi la tentative littéraire des Latins a un autre caractère que celle des Alexandrins. Ce ne sont plus seulement

(1) Plin.maj. Vil , 30,

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