‹ Étude sur CatulleChapitre 67 sur 144 · LIVRE II. — CHAPITRE I. I4I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I. I4I

tenter l'entreprise , et lorsque l'un d'entre eux , pliis audacieux que les autres , Apollonius , essaya de faire dans ses Argonautiques une épopée cyclique, il fut unanimement condamné. Au contraire , ils préféraient les courtes et nombreuses épopées où il leur était facile d'étaler une vaste lecture , plutôt que de prouver leur sentiment de la poésie et leur intelligence des mythes. Us arrivèrent ainsi , dans une quantité innombrable d'histoires mises en vers , divisées par séries , comme les Achaïques, les Thessaliennes et les Messéniennes de Rhianus, où se trouvent expliquées l'origine et la vie des premiers peuples de la Grèce, ou dans des poèmes isolés comme YHécale de Callimaque, YAlexandra de Lycophron , le Dionysos d'Euphorion , YHeraclèide de Rhianus , à résumer l'antiquité tout entière. Nulle part n'apparaissent plus clairement la fécondité de l'imagination populaire des Grecs qui avaient créé ces légendes , et la stérilité de cette poésie savante qui les a racontées. Les Romains furent séduits , à une époque où l'inspiration et l'audace leur faisait défaut, par cette abondance de modèles à imiter , et la peine qu'ils prirent à les connaître les leur fit aimer davantage.

Ils se mirent à leur tour , avec une naïveté d'imitateurs maladroits , à composer des épopées mythologiques. N'était-ce pas , en effet , le meilleur moyen de prouver que le génie romain était capable de science , et qu'on entendait les mystères de la théologie à Rome aussi bien qu'à Alexandrie? L'école ancienne protestait vainement en faveur des Dieux nationaux contre l'ingratitude des modernes ; en vain Varron , dans ses doctes antiquités divines , rappelait au souvenir des contemporains toute la

théologie de leurs ancêtres ; les poètes nationaux , avides de choses rares et ne sachant que choisir au milieu de cette science confuse qui leur arrivait de la Grèce , entassaient des Ethiopides , des Modes, des Diomédéides , des Antèhomériques et des Posthomériques , avec plus de confiance que de succès. Les chefs de l'école prenaient les sujets les plus difficiles. Calvus composait un poème épique sur Io la vagabonde ; nous en avons conservé seulement quelques vers , mais il est probable que la géographie y jouait un grand rôle. Cinna , dans son fameux poème de Zmyrna , racontait sans doute la légende de Myrrha , amoureuse de son père Cyniras , légende développée plus tard par Ovide ; Varron traduisait les Argonautiques d'Apollonius ; Catulle , malgré l'originalité de son talent , ne pouvait pas échapper à la contagion.

Cependant la vie politique était encore trop ardente pour que les événements du jour n'eussent pas aussi leurs poètes , et ainsi la réalité pénétrait quand même jusque dans l'atelier où s'élaboraient les poésies à la mode nouvelle. Non seulement Hostius , poète antérieur à César , écrivait un Bellum Histricum , non seulement Cicéron composait son Marius et une apologie pompeuse de son propre consulat ; mais il y avait dans l'école même des récits, épiques , des annales , et malgré le mépris que les admirateurs de Callimaque et d'Euphorion affectaient pour ces œuvres trop communes , Varron chantait la guerre de César contre les peuples de l'intérieur de la Gaule, Bellum Sequanicum , et Cinna célébrait l'expédition de Pollion en Dalmatie , propempticon Polltonis. Le génie Latin tâtonnait, cherchant sa voie , essayant de combiner

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