‹ Étude sur CatulleChapitre 69 sur 144 · LIVRE II. — CHAPITRE I. I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I. I

qui dirige , encourage et forme les poètes. Si quelques lecteurs laborieux suffirent aux épopées et aux élégies de l'école , ses oeuvres dramatiques auraient eu besoin de spectateurs plus nombreux. De ce côté , il y avait une triste ressemblance entre les deux sociétés et les deux littératures Alexandrines.

En revanche , les genres secondaires , l'élégie , l'ode , l'épigramme, attiraient les écrivains des deux écoles, parce qu'ils ne désespéraient personne. Chacun comptait trouver dans sa lecture ou ses propres sentiments des développements poétiques que rendraient attrayants la variété des rhythmes et l'habileté des procédés. Les plus simples accidents de la vie commentés par la science mythologique , la connaissance de l'antiquité venant en aide à l'expression de l'amour, l'art de tresser à une maîtresse souvent imaginaire des couronnes poétiques dont les fleurs avaient été soigneusement recueillies dans l'histoire antérieure , et de composer en son honneur toute une anthologie ; telle est la poésie élégiaque dans les deux écoles. Hermesianax consacre à sa Léontium trois livres d'élégies dans lesquelles sont racontées et habilement disposées les légendes antiques, dont les personnages, groupés autour de l'héroïne , lui font comme une cour d'amour galante et respectueuse. Ainsi à Rome Calvus écrit des élégies au nom de Quintilia ; ainsi feront plus tard Tibulle, Ovide et Properce ; ainsi Catulle a chanté Lesbie.

L'ode réclame l'inspiration , l'enthousiasme , un sentiment profond ; aussi était-elle abandonnée ; nous ne pouvons considérer comme des oeuvres lyriques les hymnes de Callimaque. Mais les petits poèmes erotiques, lascifs, qui n'exigent ^que de l'esprit , de l'application et unç

certaine facilité spirituelle, abondaient. Levius écrivait des 'Efovrorcafyvia (jeux d'amour ) d'une prosodie savante et compliquée , où la science de la versification se prêtait aux fantaisies d'une imagination corrompue et aux grossièretés d'une littérature encore barbare. Les plus nobles histoires de l'antiquité , celle d'Hector et d'Andromaque par exemple , y étaient maladroitement travesties. Nous avons vu en France , et pour des causes analogues , le rondeau , le triolet et le madrigal devenir à la mode. Chaque poète Alexandrin écrivait à Rome ses hendécasyllabes, comme au temps de Catherine de Médicis, sous l'influence du mauvais goût italien, les raffinés composaient des sonnets amoureux. A la façon dont les jeunes poètes vantaient ces nouveautés, nous avons le droit de croire qu'on y attachait une grande importance , et qu'alors des hendécasyllabes sans défaut valaient de long poèmes. Pourtant ces travaux n'ont pas été inutiles. Ils ont obligé les écrivains à enfermer leurs pensées dans une forme sévère et régulière, à rechercher l'harmonie et la pureté du style, les mots heureux ; ils leur ont fait goûter le prix d'un beau vers, le charme indéfinissable d'un son, d'une image, d'une couleur.

La différence des deux écoles se reconnaît particulièrement dans la manière dont elles ont compris l'épigramme. Autrefois politique , vivante , inspirée par les événements , armée pour le combat, l'épigramme n'était plus en Grèce qu'une forme de l'élégie amoureuse ou didactique. Quelquefois pourtant elle vise plus haut et elle a dans sa brièveté énergique la force et la largeur d'un hymne. Mais ordinairement elle sert à juger un homme ou un écrivain , à louer la beauté d'une courtisane , à décrire un

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