LIVRE II. — CHAPITRE I. I
objet quelconque ; c'est une élégie plus rapide , presque toujours désintéressée , dont le plus grand attrait est dans le choix des expressions , la finesse et la limpidité du style. Il y a cependant bien de l'agrément dans ces pièces légères et ailées , qui ne prétendent point toucher notre âme , mais seulement éveiller la curiosité littéraire et caresser les plus délicates exigences du goût. On les a heureusement comparées aux fleurs dont elles ont le brillant, la grâce et l'inutilité.
A Rome , les épigrammes , d'abord destinées aux inscriptions des monuments, écrites dans ce genre lapidaire dont les Romains ont trouvé la concision majestueuse , étaient devenues comme en Grèce des élégies réduites et ramassées en quelques vers. Mais les luttes politiques en étaient l'objet le plus fréquent. Aiguisées avec un grand art , souples et courtes , elles atteignaient comme des flèches l'ennemi redoutable , César , Pompée. Tous les Alexandrins de Rome s'y sont exercés , et c'est à l' épigramme qu'ils doivent en partie leur réputation. Non seulement Catulle , mais Calvus , Cinna , Varron , Bibaculus et quantité d'autres sans doute ont écrit des épigrammes. L'amour de la poésie nouvelle et le caractère pratique des Romains y étaient également satisfaits ; le poète pouvait à la fois prouver son talent et défendre son parti.
Ainsi les poètes du temps de César, soucieux d'introduire à Rome la poésie Alexandrine , avaient puisé aux mêmes sources que leurs maîtres les sujets de leurs compositions. Us évitaient prudemment l'épopée et le drame ou la grande poésie lyrique , et préféraient les poèmes didactiques , l'élégie , l'ode amoureuse et l'épigramme. Pourtant la vitalité de la race latine se manifestait encore
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par quelques infractions aux règles rigoureuses des Alexandrins. Les épopées tirées de l'histoire contemporaine , l'ardeur et la vie dont l'un des plus* grands poètes latins avait su animer l'aridité d'une exposition systématique de la doctrine épicurienne , la politique mêlée constamment aux épigrammes , les allusions aux événements et aux idées du jour pénétrant jusque dans les légendes mythologiques , démontrent que si la société romaine était déjà en décadence , elle avait encore plus de vigueur et de jeunesse que celle d'Alexandrie.
La nature des sujets choisis par l'écrivain amenait les défauts de la composition. Toutes les parties de l'art sont unies par des rapports très étroits ; la composition , l'harmonie , le style , souffrent également du manque d'inspiration. La science et le travail ne suppléent que d'une manière très-imparfaite à la sincérité du sentiment. Une vue nette qui embrasse tous les aspects d'un sujet , une idée générale qui, toujours présente à l'esprit de l'écrivain*, range autour d'elle toutes les idées secondaires qu'elle contient et les dispose dans le meilleur ordre , un mouver ment continu et de plus en plus rapide qui pousse, chaque partie de l'œuvre vers la conclusion attendue , une même passion qui en anime l'ensemble et les détails , et se fait sentir d'un bout à l'autre du poème , n'est-ce pas. là le triomphe de l'art , et qu'est-ce autre chose pourtant que le plus grand naturel? Il n'y a pas de composition pins naïve que celle de l'Iliade ; il n'y en a peut-être pas de plus savante. Présent ou absent , Achille courroucé la domine tout entière. Un poète qui aura conçu un sujet, non pour le sujet lui-même , mais pour les ornements dont il est susceptible , non pour, développer une grande