‹ Étude sur CatulleChapitre 71 sur 144 · LIVRE II. — CHAPITRE I. I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I. I

action , mais pour exposer agréablement mille petites actions sans lien entre elles , non pour exprimer un sentiment , mais pour faire admirer son habileté , ce poète là , quelle que soit d'ailleurs soft adresse , ne saura pas développer un grand sujet.

Il n'est donc pas étonnant que les Alexandrins aient mieux réussi à composer des épigrammes et des pièces rapides que de longues épopées. Les délicatesses du détail font le mérite des premières ; les autres se recommandent par l'unité de l'ensemble et la grandeur de l'idée principale. Quelques expressions heureuses suffisent dans un sujet restreint : telle pièce de Théocrite , telle épigramme de l'anthologie , forme un tableau exquis , ayant dans sa petitesse des plans distincts, un horizon, une savante gradation d'ombre et de lumière. Rappelons par exemple la peinture du cyclope, rustre et brutal, mais touché, d'une passion vraie, assis au bord de la vaste mer, l'œil fixé sur l'étendue , attiré par une vision vague , blanche et délicieuse qui toujours lui échappe , et répétant éternellement sa complainte monotone et caressante. Citons encore le tableau de l'amour piqué par une abeille ou de l'enfance d'Hercule. On pourrait aussi , des longs hymnes de Callimaque et du poème d'Apollonius, tirer des motifs de tableaux que l'on désirerait seulement isolés et enfermés dans un cadre convenable. Les répétitions , les épisodes , les allusions mythologiques ou géographiques ne déplaisent pas dans un poème dont on a tout le loisir d'examiner les délicatesses sans perdre le point de vue ; elles fatiguent dans une cçuvre de longue haleine qui demanderait plus d'unité et de force.

Le poème d'Apollonius est une exception dans l'école

Alexandrine , bien qu'il en tienne beaucoup de défauts. Les hymnes de Callimaque ne donnent peut-être pas une idée exacte du plus célèbre poète Alexandrin, de celui que les Latins reproduisaient avec un respect religieux. Néanmoins, dans la composition de ces hymnes se trouvent les faiblesses que nous venons de signaler, et nous y distinguons la marque de l'école. Dans l'hymne à Demeter par exemple , après une rapide invocation au Calathos , corbeille sacrée qui servait aux mystères d'Eleusis , Callimaque décrit brièvement la course douleureuse de Cérès à la recherche de Proserpine, mais le sujet étant trop connu, il tourne court brusquement pour raconter en détail l'histoire d'Erésichthon , fils de Triopas , puni par la Déesse d'avoir osé abattre un peuplier qui lui était consacré. Alors se succèdent plusieurs descriptions patientes, celle du sacrilège , celle du supplice d'Erésichthon dévoré par une faim insatiable , épuisant d'abord sa maison , puis mendiant au milieu des places publiques ; le tout se termine enfin par une courte invocation à Demeter. On chercherait inutilement à travers les dédales de cet épisode la grandeur de la divinité outragée , le sentiment religieux ému , le mystère profond des douleurs de la fécondation caché sous la légende de Proserpine. De même l'idée si élevée et si chère aux Grecs de la divinité d'Apollon ne suggère au poète qu'une fatigante énumération dans laquelle il commente chaque surnom du Dieu , pour finir par une allusion personnelle à sa propre gloire et à l'envie qui s'attache à ses œuvres.

Ces défauts assez habilement dérobés dans l'école grecque sous les grâces du style, devaient être plus apparents encore dans l'école latine. Il est difficile d'en trouver

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