LIVRE ÎI. — CHAPITRE I. I
la preuve en dehors de Catulle, le seul qui ait laissé des œuvres complètes. Mais d'autre part , comment juger du mérite relatif des essais de ce poète , sans les rapprocher de ceux des autres? Quelques vers de Levius, de Cinna et de Calvus , ne permettent pas de , reconnaître ce que valait chez eux la composition. Peut-être tous les caractères de la composition Alexandrine sont-ils réunis dans le poème de Ciris. Il a été écrit plus tard par un écolier inexpérimenté qui a imité scrupuleusement les modèles laissés par ses prédécesseurs ; un élève maladroit livre sans y penser le secret des maîtres. On est; du reste arrêté à chaque pas dans la lecture de ce petit poème par des réminiscences de Catulle , de Lucrèce et de Virgile. Le sujet est le crime de Scylla, fille de Nisus, roi de Mégare. Minos assiège Mégare dont il ne pourra s'emparer que si l'on coupe sur la tête de Nisus un cheveu de pourpre auquel sa vie est attachée; Scylla éprise de Minos, coupe le cheveu enchanté , cause la prise de Mégare et la mort de Nisus, puis s'enfuit en Crète, avec son amant. Pendant son voyage elle est métamorphosée en une espèce d'oiseau de mer, l'aigrette ■■ — Ciris — , et Nisus en aigle de mer. Sous cette forme nouvelle, Nisus poursuit impitoyablement sa fille et la punit de son crime.
L'écrivain ne pourrait nous intéresser à une aussi étrange histoire que par une peinture des sentiments de Scylla et des progrès de sa passion. Ainsi a fait Virgile racontant la fin tragique de Didon ; ainsi ne fait pas l'auteur du Ciris. Le poème entier comprend cinq cent soixante-treize vers. Il commence par une fort longue invocation aux Muses, dans laquelle le poète récapitule tous les sujets de haute poésie qui le .tendraient. Malheureusement , son
î$ï ÉÏU&E SUR CATULLE.
insuffisance l'oblige à se contenter de fables plus modestes , conime celle de Scylla dont il énumère les différentes légendes , avant d'en affronter le récit. Scyîia a vu ftfïnos, Ta afrné et a formé le projet de perdre son père et Mêgare. Qttelqttes vers, peut être les plus hetoreux du poème, décrivetrt les inquiétudes et les ardeurs de cet amour ; le passage est du resté imité de Catulle : Ariane a servi de modèle à Scylk. Celle-ci, ne sachant comment accomplir son dessein , confie ses craintes à sa titatrriee dans un froid dialogue partagé en couplets de même longueur opposés symétriquement les uns aux autres. Enfin elle se prépare au parricide ; le drame se précipite j et la mort de Nisus, la prise de Mégare, l'enlèvement de SéyHa, tout s'achève en quatre vers d'une rafe condsion.- En revaiidhe , la cours* à travers l'Océan , le* Néréides , Leùcôthoé , Palémon et tous les Dieux marins , et les plaintes de la jeune fille imitées de celles d'Eutope dans Môschus et d'Ariane dans Catulle , et le catalogue des villes, îles, caps, le long desquels passent les deux époux, tout cela se prolonge jusqu'au vers 482. La description minutieuse de là inétamorphôse remplit là fin du poème. Âftisi , Ufie vingtaine de vers , sur près de six cen& , août abandonnés, comme à regret, au sujet lui-^même. Les épisodes accessoires et les digressions ocetipént le reste. C'est bien là un modèle de poésie Alëfcàndrîne. (1)
Là COfnp lication des récits devait ameneir la complication de te prosodie, et puisque là poésie manquait, il fallait bien y suppléer par la versification. Autrefois l'hàrttiônié et la forme des vers é'taient commandées par le
(1) Virgflè, Catatecta. ~ (Cîris) éd. Dûtaer,