LIVRE II. — CHAPITRE I
étaient comme un répertoire de toute? les fonces de vers travaillée? par les Alexandrins.
Les défauts de cette versification , outre la dureté de la langue encore rebelle , sont les mêmes qu'en Grèce. L* force de la pensée ne répond pas au labeur de la versification, Tiiârmonie ronflante des grands mots, l'uniformité des césures , le retour trop fréquent des spondaïques , la recherche des mêmes sons et 4es refrains , témoignent d'un effort savant mais pénible. Gcéron se moque parfois des scrupules et des prétentions de l'école nouvelle (i). Dans une lettre à Atticus , ayant par mégarde laissé échapper un mauvais vers spondaïque , il engage plaisamment son ami à le vendre comme sien à un des poètes de l'école moderne , « hum ojroyBetctïovTa , si eut voles tûv vewT^pwv pro tuo vendit a. (2) » L'école ne pouvait en eflet manquer de payer cher une pareille découverte. -Au reste, pourquoi l'en blâmer ? C'était bien alors une découverte que des vers latins mélodieux et bien rhythmés , savamment disposés pour le plaisir des oreilles, et on comprend l'applaudisssement que ces nouveautés excitaient. *
La langue subit les mêmes épreuves que la versification. L'abondance des richesses entraîna les savants d'Alexandrie à des défauts que le caractère de leur poésie supportait et appelait. De même qu'ils avaient mêlé, limé et ciselé tous les mètres inventés avant eux , de même ils voulurent faire entrer dans leurs œuvres tous les dialectes et toutes les singularités de la langue. Il y a deux façons de néologisme : l'une consiste à créer des mots qui n'ont jamais
(1) « O poetam egregium ! quanquam ab bis cantoribus Euplmionis contemnitur. » (Tusc. III , 19.)
(2) Cic. ad Au. VII, 2.
existé, l'autre, à reprendre des mots depuis longtemps disparus. C'est ce dernier genre de néologisme que recherchaient les poètes plus savants que bien avisés de l'école Alexandrine , comme . Euphorion , Nicandre et autres. Les gloses précieuses, les expressions inusitées , les exceptions grammaticales leur plaisaient ; ils étaient fiers de savoir ce que tout le monde ignorait. Dans leur vaste collection d'antiquités, ils songeaient plus à la rareté qu'à la valeur réelle de l'objet recueilli.
Les Romains avaient moins à craindre l'embarras de l'opulence que les inconvénients de la pauvreté , mais comme la littérature Grecque était pour eux une mine inépuisable , ils pouvaient commettre les mêmes erreurs que leurs maîtres , et introduire arbitrairement dans la langue latine des formes nouvelles. Ce fut en effet ce qui arriva. Le pur Latin conservé dans la conversation et dans un cercle d'hommes distingués et instruits comme Lelius et Scipion , périssait peu à peu. La science moderne et le mélange des races y faisaient insensiblement pénétrer les formes Grecques. La langue , si grecque pourtant , de Plaute et de Lucilius, était considérée comme barbare par une école aventureuse qui acceptait sans choix tout ce qui lui venait de l'étranger. Des mots nouveaux formés sur le modèle des mots grecs , des mots composés , des tournures singulières remplacent les archaïsmes qu'on évite désormais avec plus de- scrupule encore que de goût. Le langage plébéien dont on aperçoit nettement la d'ace dans les comiques et dans les mimes , disparaît du reste de la littérature au temps de César. La correspondance de Cicéron qui a tenu un juste milieu entre les témérités des révolutionnaires et l'obstination des vieux Latins, renferme