‹ Étude sur CatulleChapitre 76 sur 144 · LIVRE II. — * CHAPITRE I. I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — * CHAPITRE I. I

quelques mots plébéiens comme muginaris , invalitudo , médius fidius : on sait qu'Auguste se servait plus volontiers des formes vulgaires , baceolum pulleiaceum , vacerrosum , etc. On ne les rencontre pas dans l'école Alexandrine. Au contraire , les tournures et les mots nouveaux ou rares y sont fréquents , même dans les courts débris qui nous sont parvenus. Latescit , noctescunt , virescit , opulescere , dans Bibabulus. Galeare dans Cinna. Les mots composés déjà employés souvent par certains tragiques comme Pacuvius, le sont plus souvent encore par les Alexandrins : noctilucus , tardigenuclus , pudoricolor , irisœclisenex. Ainsi chez nous Ronsard imaginait, plus hardiment encore peutêtre , les composés duspotme , ocymore, oligochronien. Les diminutifs se multiplient et deviennent une des parures les plus recherchées de la belle langue : aridulus, navicula , dans Cinna, et dans Levius, tenellulus, radimlœ, hilarulus. Les lettres de Cicéron sont remplies de mots grecs , mais il en use ordinairement lorsque l'expression analogue n'existe pas en Latin. Dans l'école , c'était une manie. Memmius dédaignait la littérature latine et écrivait de mauvais vers grecs. Lucrèce nous donne une idée juste de la langue raffinée et galante de son temps dans le spirituel passage où , se moquant de la crédulité aveugle de l'amour , il montre les défauts de la femme aimée devenant des qualités dans la bouche de l'amoureux. L'amoureux est un homme à la mode , et parle Grec. Nous pouvons conclure de là que les études grecques avaient répandu dans la société la plus distinguée une langue demi-grecque , demi-latine.

Nous n'insisterons pas sur le style des deux écoles. Cette étude ne conviendrait pas dans ce chapitre. Nous

léo ÉTUDE SUR CATULLE.

aurons à y revenir à propos de Catulle ; qu'il nous suffise d'en marquer les traits principaux. B est évident que le discours sera aussi artificiel que le reste , brillant d'un éclat factice , sans solidité et sans vérité , pompeux à contre sens , faible quand il devrait être fort ,' pauvre et affecté, La répétition des mêmes mots , des mêmes vers , la recherche de l'eftet, une contradiction continuelle entre une naïveté involontaire et une recherche prétentieuse , entre ce qui tient de l'imitation des anciens et ce qui provient de l'auteur lui-même, tels seront les inconvénients de ce style emprunté , choquant par ses disparates, et qui aura besoin de devenir à la fois plus savant et plus simple , surtout plus vrai.

Les circonstances au milieu desquelles se sont dévelop- * pées les deux littératures Alexandrines , en Grèce et à Rome , en expliquent donc le caractère et les défauts, les ressemblances et les contrastes. Il était naturel , étant donnée l'époque où ils vivaient, que les littérateurs Latins du temps de César imitassent les Alexandrins. Il était naturel qu'ils fussent aussi par certains côtés supérieurs , par d'autres inférieurs à leurs modèles. Inférieurs en ce qu'ils disposaient de ressources très-limitées , ils étaient supérieurs en ce qu'ils faisaient partie d'une société moins vieillie. Les fautes qu'une trop grande habileté faisait commettre aux Grecs , c'était surtout leur inexpérience qui y exposait les Romains. Les deux littératures dénotent deux civilisations corrompues , mais à des degrés divers. Les vices de l'une ne devaient aller qu'empirant ; ceux de l'autre pouvaient être en partie corrigés. La naissance et l'histoire de ce groupe de poètes dont Catulle était le plus considérable ne fut dans la marche de la littérature latine

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