LIVRE H. — CHAPITRE II
des circonstances ou de la fantaisie de Fauteur , échos de ses douleurs et de ses joies. Il est probable que le livre de Catulle traça la voie , et que pour la première fois sans doute , un Latin , renonçant aux grandes audaces et aux récits étendus, se contenta de réunir des vers écrits d'après la poétique nouvelle , à la manière Alexandrine , et d'en faire un livre qui se recommandât moins par la nature des sujets que par le fini de la forme et l'industrie savante avec laquelle ils étaient traités. Nous sommes avertis au seuil même de l'ouvrage , de n'y chercher ni les longues épopées , ni les tragédies pathétiques , ni les poèmes didactiques laborieux, mais de petits vers tendres, (i) des vers ingénieux , destinés aux amateurs de bonne langue et de versification habile , à ceux que séduisent les raffinements de l'art et qui savent goûter la perfection d'un hendécasyllabe bien construit.
Catulle était peu propre à la haute inspiration, aux vues larges et profondes , aux écrits de longue haleine. Ni la nature , ni la philosophie , ni la politique , ni l'observation attentive des hommes ne l'attiraient fortement. La nature , c'était pour lui Rome , le champ de Mars , les rendez-vous de Baïes ; s'abandonner à sa passion fut presque toute sa philosophie , railler César presque toute sa politique ; sa maîtresse , ses rivaux et ses amis composaient à ses yeux l'humanité. D'autre part, les maîtres Alexandrins lui interdisaient les grands sujets , lui fournissaient des modèles de courtes épopées mythologiques , d'élégies et d'épigrammes , et lui apprenaient à se défier des entreprises téméraires pour lesquelles il ne se sentait
(1) c. XVI , 4. Molliculi.
pas né". Son genre d'esprit et ses études conspiraient donc à lui imposer le choix des sujets de ses poésies , et se partageaient ses préférences.
On peut en effet faire deux parts dans les poésies de Catulle. Les unes lui ont été suggérées par sa vie même ; les autres sont le résultat de ses lectures ; les unes sont personnelles et passionnées ; la fantaisie et le travail ont produit les autres. L'amour et le plaisir tinrent plus de place dans sa vie que les lettres ; aussi les pièces,, plus faciles d'ailleurs et plus brèves, que les circonstances et la vivacité de ses impressions lui fournirent , sont-elles en bien plus grand nombre que les essais de poésie savante imitée de la Grèce. C'est ce mélange qui constitue l'originalité de Catulle. Partout se retrouvera en lui l'auteur scrupuleux , l'élève le plus distingué à tous égards de l'école Alexandrine , mais partout aussi se présentera à nous le poète ardent et sincère que ses propres émotions remuent et entraînent. Ainsi, les sentiments personnels de Catulle animent parfois des pièces purement mythologiques qu'il empruntait aux Alexandrins et sur lesquelles il comptait établir sa renommée ; au contraire , le souci de la science mythologique , de la versification , de la reproduction des modèles Grecs , se mêle à ses effusions les plus pathétiques. Catulle n'a pas assez de force d'esprit pour se soustraire entièrement , comme Lucrèce , aux influences littéraires qui l'entourent , mais il a trop de véritable sensibilité et d'imagination pour ne pas conserver jusque dans un pareil milieu un coin de personnalité.
Les pièces originales sont de deux sortes et reproduisent les deux aspects de sa vie. Les unes sont amoureuses, les autres politiques ; les premières se succèdent dans son