LIVRE IL — CHAPITRE II
livre en bien plus grande quantité. Les pièces politiques sont des épigrammes rapides , semblables par la forme à celles des Alexandrins, mais romaines et tout actuelles par les idées qu'elles expriment. Les pièces amoureuses où se joue une grande abondance de mètres , celles-ci joyeuses, les autres émues , quelques unes poignantes , sont aussi composées d'après les maîtres de l'élégie Alexandrine , mais elles appartiennent bien à Catulle par les sentiments qu'elles renferment. Il y a d'ailleurs une assez grande liberté dans les imitations de Catulle. Il ne se contente pas , comme la plupart de ceux qui l'entourent, de suivre les traces des poètes Alexandrins ; sa curiosité d'artiste s'étend plus loin et remonte même à la source de la poésie lyrique , à la poésie éolienne. Une des plus belles pièces qu'il ait adressées à Lesbie est une ode de Sapho. Au contraire , l'élégie LXVIII qui date aussi des premières années du poète et qui marque la transition entre les pièces personnelles et les poèmes mythologiques , représente assez fidèlement par sa longueur et les embarras de la composition les élégies savantes de l'école.
Lés poèines exactement traduits ou seulement imités des Grecs , et qui n'ont pas été tirés des circonstances mêiftes de la vie de Catulle , sont peu nombreux. Comme tous ses contemporains , il voulait mériter le nom de savant en l'art de faire des vers et opposer aux modèles Alexandrins des copies qui en fussent dignes. Le reste n'était que bagatelle. Là, et non ailleurs, le lecteur habile trouverait des témoignages du talent de Catulle et ses titres à la gloire. Aussi tous ces poèmes sont groupés au milieu du volume comme s'ils en formaient la partie principale et la plus belle.
l66 ÉTUDE SUR CATULLE.
Au commencement du troisième livre des Géorgiques , Virgile passant en revue les sujets légués par la fable , les travaux d'Hercule , les autels de Busiris , la disparition d'Hylas , rémarque combien ils sont connus et vulgaires. C'est pourquoi , laissant là cette mythologie autrefois si attrayante , maintenant banale , il tentera des routes inexplorées. C'était au contraire à l'époque de Catulle un fonds tout nouveau et qui paraissait inépuisable. Le poète ne pouvait composer d' œuvre sérieuse et digne de renommée que s'il en tirait la matière de ce fonds commun à tous. Comment Catulle s'en est-il servi ?
On n'y rencontre aucun traité pédantesque analogue à ceux d'Aratus, de Nicandre, d'Oppien et de presque tous les écrivains d'Alexandrie. Catulle s'en est abstenu avec autant de sagesse que de prudence. Son talent sobre et naturel répugnait à ces transformations de théories scientifiques en descriptions versifiées. Il n'était pas homme à mettre en vers la botanique , l'astronomie , la pêche , la chasse et les différents jeux. Il a évité aussi avec soin les contes les plus étranges de la fable, qu'on recherchait autour de lui avec un empressement puéril. Il abandonne à d'autres les aventures bizarres de Zmyrna , la métamorphose de Nisus et de Scylla , et toutes les singularités inventées par l'imagination féconde et mensongère de l'Orient. Peut-être y a-t-il dans cette réserve autant de crainte que de discernement. N' a-t-il pas loué chaleureusement les tentatives de son ami Cinnà ? Peut-être aussi ne se croyait-il pas encore assez rompu au maniement des mètres et de la langue, pour affronter de pareilles difficultés. Pourquoi cependant ne pas voir dans cette répugnance un témoignage de son jugement ? Tout Contribue