‹ Étude sur CatulleChapitre 8 sur 144 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Catulle à Vérone (87-65).

Catulle (i) est né à Vérone (2) , probablement en 87 av. J.-C. C'est la date donnée par Eusèbe, et nous n'avons aucun motif sérieux de la rejeter. Beaucoup de raisons au contraire doivent nous déterminer à l'admettre. Plusieurs savants , MM. Haupt et Lachmann entre autres , fixent aux années 76 et 46 la date de la naissance et celle de la mort de Catulle. Cette conjecture nous paraît inadmissible. S'il est vrai que Catulle fut l'amant de Clodia, appelée par lui Lesbie, il l'aimait certainement en 60, au mo-

(1) Les lettres renvoient aux notes placées à la fin du volume. Voir la note A pour les éditions que nous avons consultées et suivies dans le présent livre.

(2) Le véritable nom de Catulle est G. Valerius Catullus. V. Schwabe, quasstiones Catullianae. Gissae, 1862, p. 6 et suiv.

ment où elle allait être veuve. Or il aurait eu alors seize ans et elle trente-quatre. Son talent eût été aussi précoce; que son amour. Rien dans les vers qu'il adresse à Lesbie n'indique entre eux une différence d'âge si grande , assez étonnante du moins pour que les poésies de Catulle l'eussent fait entrevoir. Les premières pièces de Catulle à Lesbie nous donnent l'idée d'un homme encore jeune , mais déjà fatigué d'amours passagères, qui n'avaient laissé après elles qu'amertume. Mais ce n'est là qu'une vraisemblance. Il est certain d'autre part que Catulle avait perdu son frère en 57 , quand il accompagna Memmius en Bithynie. Dans une lettre qui n'a pu être écrite qu'avant cette époque , puisqu'il y fait allusion à son deuil récent , le poète rappelle son printemps déjà flétri (1) et ses anciennes ardeurs éteintes par les dégoûts et les infortunes. Est-ce là le ton d'un adolescent de dix-sept ou dix-huit ans , si mûr avant l'âge , et si prompt à la désespérance qu'on le suppose ? Rien de plus naturel au contraire si on accepte la date d'Eusèbe, qui seule permet d'expliquer toute la vie de Catulle, (b)

Il ne nous est malheureusement parvenu aucun document sur l'enfance et sur l'éducation de Catulle. Nous aurions aimé savoir quelles furent ses impressions d'enfance, ses premières études, et comment se révéla d'abord son caractère. Mais nous devons nous contenter d'inductions tirées du lieu et du moment où il naquit, et confirmées d'ailleurs par la connaissance plus certaine de son âge mûr. Toutefois, remarquons que Catulle n'a jamais

(1) c. LXVIII, 1$ et suiv.

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Plus tard, après avoir passé une grande partie de su vie à Rome , il revint par instants , et toujours avec une joie sincère , dans sa ville natale ; mais ce n'était point pour

(i) Il existe encore à l'extrémité de la presqu'île de Sirmio, entre le couchant et le levant , les restes d'un édifice assez considérable. On a pensé longtemps que c'étaient les débris de la villa de Catulle, Cette opinion très-douteuse a été réfutée par J. Gérome Orti qui fit des fouilles en cet endroit et y découvrit les ruines de thermes bAtis environ au temps de Constantin. "Il a exposé les résultats de sa découverte dans un livre publié à Vérone en 1856.

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oublier dans la tranquillité silencieuse et consolante des arbres et des fleuves le tumulte et l'injustice des hommes. Une seule fois, au retour de la Bithynie, après la douleur de sa rupture avec Lesbie , après la mort de son frère et les déceptions de son voyage en Orient , il a poussé un cri de soulagement en revoyant sa maison , son lac , son royaume, (i) C'était dans un moment où toute âme , même la moins sensible au charme de la campagne , eût éprouvé cette douceur. D'ailleurs , les vers de Catulle attestent surtout la joie de rencontrer enfin le repos , un chez soi , après les fatigues d'une course vagabonde. Il n'y faut pas voir un mouvement d'admiration pour la beauté» du paysage , ni de reconnaissance attristée pour la sérénité calme des choses. La nature nous repose de la méchanceté des hommes parce qu'elle est innocente , et de notre brièveté , parce qu'elle dure. Ce sentiment si peu antique , presque exclusivement Virgilien , est à peu près étranger à Catulle. Cherchons donc ailleurs que # dans la vue de la nature et dans la réflexion solitaire les sources de sa poésie.

Sa naissance comme ses goûts avaient fait de lui un citadin. Sa famille était sans doute depuis longtemps établie à Vérone , mais la gens Valeria d'où elle sortait , était Romaine. On sent l'influence de cette double origine dans le talent aussi bien que dans la vie et le caractère de Catulle. Fixé à Rome par ses habitudes, ses relations, son esprit , ses vices même , il n'oublia jamais sa province et en garda toujours la mémoire , comme une sorte de parfum agreste. Vérone était une vieille cité gauloise devenue

(i) c. XXXI.

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