‹ Étude sur CatulleChapitre 81 sur 144 · LIVRE Iî. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE Iî. — CHAPITRE II

à nous donner cette- idée de la sûreté de son goût. On découvre dans ses vers des imitations d'Homère et d'Archiloque en même temps que des Alexandrins, et les sujets mythologiques qu'il a choisis montrent que s'il était Alexandrin , il l'était avec discrétion.

Les imitations de Catulle ne sont donc pas renfermées dans l'école étroite et exclusive d'Alexandrie. S'il a traduit quelques pièces de Callimaque , et si , emporté lui-même par l'engoûment du jour, il a contribué à répandre l'admiration docile du grand maître Alexandrin , quelquefois aussi il a regimbé en disciple irrespectueux , échappant à son maître pour courir à travers toute la littérature grecque et butiner dans les sentiers défendus. Des odes saphiques, un épithalame traduit de Sapho , un poème en vers galliambiques sur le mythe de Cybèle , attestent la liberté d'esprit et le sentiment poétique de Catulle. Son originalité se manifestait en dépit de la mode et des règles. Le chef de l'école Alexandrine abandonnait quelquefois son parti et changeait de camp. En portant ainsi son choix sur des sujets très-divers, empruntés aux différentes périodes de la littérature grecque, et dans lesquels il associait Sapho , Callimaque , Homère et Théocrite , Catulle frayait la route à la poésie éclectique pour ainsi dire d'Horace et de Virgile. S'il n'abordait pas les œuvres plus vivantes , contemporaines et durables , où il aurait retracé les passions et les inquiétudes de son temps, si son génie peu visité d'en haut et fait pour un horizon restreint, ne pouvait guère tenter un poème de la Nature ou une Enéide , il se détournait du moins des pastiches et des plagiats ordinaires , et savait rester lui-même tout

en imitant.

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Dans le poème LXIV , que nous pouvons considérer comme le modèle du genre Alexandrin , il eut le soin de choisir une fable claire, très-connue , propre aux descriptions et aux peintures de caractères , déjà racontée en partie par les poètes , les noces de Thétis et de Pelée. Il y introduisit un des récits les plus touchants des temps héroïques , celui des amours d'Ariane et de Thésée , dont il trouvait peut-être le souvenir dans THécale de Callimaque. Bien qu'il n'ait pas su tirer de cette histoire tout ce qu'elle aurait pu fournir à un poète né dans un temps meilleur , et mieux préparé , il y a cependant tracé quelques traits de passion brûlante , qui demeurent encore et méritent d'être admirés., même à côté des vers de Virgile qui s'en est inspiré. La mythologie, froide chez; la plupart des Alexandrins , s'est animée dans l'imagination de Catulle , et son poème , au liçu de ressembler à un dictionnaire d'antiquités , est parfois un drame plein de mouvement et de vie.

Si heureux que fût Catulle à trouver les sujets de ses poésies , il ne pouvait pas éviter entièrement les inconvénients de son temps et de ses modèles. Dans une œuvre poétique, c'est la composition qui exige le plus d'habileté , de science et d'inspiration ; c'est dojic là surtout que devait échouer son talent. Il n'y a de véritable composition, que si le poète obéit à un sentiment puissant et sincère, à une pensée forte. Satis elle, la composition d'un poème est flottante et vague, ralentie par des digressions et chargée d'ornements inutiles , ou bien elle est maladroitement symétrique et disposée pour l'effet par des procédés trop visibles. C'est ce qui arrive à Catulle et aux Alexandrins. Au lieu d'un tableau représentant la savante

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