LIVRE II. — CHAPITRE II. l
unité des choses naturelles , ramenant l'esprit et les yeux à un point de vue unique , à une idée principale sous laquelle les détails se subordonnent, et dont ils portent selon leur importance un reflet plus ou moins vif, chacun de leurs poèmes ressemblera plutôt à une mosaïque ou à un panorama , dans lequel se déroulent successivement des perspectives diverses , étrangères les unes aux autres , et où le regard distrait se promène à travers des surprises sans fin. Comme il y a des harmonies de la nature , il doit y avoir aussi dans les œuvres d'art une harmonie secrète qui en accorde toutes les parties. La lumière répandue sur un beau paysage lui donne l'unité , le sentiment , la vie. Ainsi la pensée qui préside à l'ensemble d'une œuvre , doit la revêtir tout entière et en distribuer harmonieusement les plans , comme une lumière.
Les défauts de la composition sont moins choquants dans les pièces amoureuses ou politiques de Catulle , et cel^, pour deux raisons. Elles sont d'une brièveté qui ne permet pas le désordre , et l'émotion du poète en fait l'unité. Son esprit peu étendu et plus vif que profond s'y trouvait mieux à son aise. Au reste , dans une époque où tout était en voie de formation, la versification et la langue , c'était beaucoup que de réussir à composer de petites élégies et des épigrammes mordantes. Catulle y excellait , car l'habileté de main y avait plus d'importance que dans une longue épopée. Le procédé , insupportable dans des œuvres d'une plus haute portée, dont il ne peut dissimuler la faiblesse , surprend et charme dans une épigramme. L'imprévu du tour y a tout son prix.
Les procédés de composition de Catulle sont très-apparents. Le plus employé est le refrain. Une même idée ,
un même sentiment, se représentant sous ses aspects variés, enfermé et résumé dans des vers qui reviennent de temps en temps , soit à intervalles réguliers dans le corps de l'épigramme , soit au commencement et à la fin , telle est fréquemment la composition des épigrammes de Catulle.
Prenons pour exemple l'épigramme LV1I dirigée contre César et Mamura : « • Ils sont bien faits l'un pour Vautre , ces deux infâmes débauchés » , s'écrie le poète au commencement de l'épigramme , puis il continue symétriquement le parallèle des deux amis et termine par le même vers : « Ils sont bien faits l'un pour Vautre , ces deux infâmes débauchés l » Ainsi l'épigramme XXXVI contre le poète Volusius est enfermée tout entière dans ce vers intraduisible en français, « annales Volusi, cacata charta » qui forme l'exorde et la conclusion de l'épigramme.
Ailleurs le refrain est à l'intérieur, comme dans les épigrammes XXIX , XLII , où le retour alternatif des mêmes sons frappe agréablement l'oreille , en même temps que l'idée est comme enfoncée à coups répétés dans l'esprit du lecteur. Ou bien , l'épigramme se déroule lentement, laissant notre esprit incertain et suspendu, pour le prendre ensuite brusquement par une conclusion vive et inattendue enfermée dans le dernier vers. La surprise qu'on éprouve donne à la pensée plus d'énergie, (voir les épigrammes XI, XIII). Il y a enfin quelques pièces disposées comme des tableaux où quelques personnages se détachent sur un fond harmonieux ; ainsi la pièce XLV : « Pressant contre son cœur Acmé , ses amours , Septimius lui disait. » Tout le reste de la pièce continue la douce impression de cette mise en scène , et le poète en résume l'effet dans les derniers vers : « Avez-vous jamais vu deux êtres