‹ Étude sur CatulleChapitre 85 sur 144 · LIVRE H. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE H. — CHAPITRE II

mais quelques vers pathéthiques feraient mieux l'affaire du lecteur.

Nous aurions à peu près les mêmes observations à reproduire sur la petite épopée LXIV, le plus savant, le plus travaillé et le plus étendu des poèmes de Catulle. Il appartient sans doute aux dernières années de sa vie. On sent qu'il était déjà plus maître de lui-même, et que si sa pensée n'embrassait pas encore l'ensemble d'un grand sujet, elle en savait au moins disposer plus habilement les détails. Nous allons cependant y retrouver les mêmes défauts que dans la pièce précédente , et sous un air de symétrie , le désordre et la disproportion des parties. Au reste, les divisions du poème sont fort difficiles à retrouver, et chacun de ceux qui les a cherchées , a proposé une analyse différente. D'après M. Ellis, le poème tout entier se partagerait en trois parties dont l'histoire d'Ariane formerait le centre ; chfacune de ces parties se subdiviserait en trois autres , lesquelles contiendraient à leur tour des subdivisions , et le poème tout entier se composerait de pièces de dimensions à peu près égales dont les agencements variés représenteraient un harmonieux édifice. Agréable image, sans dçute , mais ce n'est qu'une image. Laissons donc de côté ces calculs trop ingénieux, et attendons , avant de les vérifier , que les calculateurs se soient mis d'accord pour prouver qu'il y a par exemple dans les plaintes d'Ariane juste quatre strophes et une épode , les deux premières strophes de onze vers chacune , les deux dernières de dix-sépt vers , et l'épode de quatorze vers. Aussi bien , quand ces hypothèses seraient des réalités , il en résulterait que Catulle s'est donné beaucoup de mal pour avoir l'air de composer un poème où la composition

fait presque entièrement défaut. U est inutile, en effet, de prouver longuement en quoi la composition diffère de la symétrie. Toutes les chansons ont un refrain revenant nécessairement à la fin de chaque couplet ; s'ensuit-il que toutes les chansons soient bien composées ?

Le sujet du poème LXIV est la description des noces de Thétis et de Pelée. Mais ce n'est pas là un véritable sujet de poème épique. Aussi n'est-il qu'un prétexte à épisodes de toute espèce. Le navire Argo affrontait pour la première fois la mer ; les nymphes sortent de leurs demeures humides pour le voir passer ; le héros Pelée est pris d'amour pour Thétis , Jupiter les unit , et tous les Dieux accourent à la fête de l'hyménée , à l'exception de Phœbus et de sa sœur. Au milieu de toutes les magnificences déployées dans le palais où se célèbre le mariage , un objet surtout attire l' attention de Catulle et des visiteurs, c'est l'oreiller du lit nuptial, entouré d'une étoffe de pourpre où sont peintes des aventures antiques, et parmi toutes ces aventures , celles d'Ariane et celles de Thésée. Le poète aussitôt abandonne les conviés et les époux afin de raconter par le menu l'histoire plus intéressante qui décore le coussifl merveilleux. Ce n'est qu'après avoir consacré deux cents vers à ce récit , qu'il reviendra au sujet lui-même , non sans avoir fait dans sa route une autre description inutile dont il trouve toujours le motif sur la pourpre de l'oreiller. Cependant les convives se réunissent, chaque divinité apporte des présents , les Parques chantent un épithalame majestueux et sonore en l'honneur dir couple florissant , et Catulle conclut par un épilogue sur les malheurs de son temps. De la Thessalie héroïque , joyeuse de sa forte jeunesse et de ces

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