‹ Étude sur CatulleChapitre 86 sur 144 · LIVRE IL — CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL — CHAPITRE IL

noces divines, le poète est passé brusquement dans l'Italie corrompue et chancelante, ensanglantée par les crimes domestiques et les guerres civiles. Telle est l'économie du poème. Il est impossible d'y trouver ni idée dominante, ni mouvement d'ensemble, ni inspiration, ni unité. Les différentes parties correspondent les unes avec tes autres, mais sans profit pour l'ordre général. Catulle a peutêtre songé à Apollonius de Rhodes qui, dans ses Argonautiques , (i) revêt Jason d'un manteau sur lequel sont peintes différentes histoires , les Cyclopes , Amphion et Zéthus , Vénus portant les armes de Mars, Hippodamie. Mais ce n'est là qu'un hors d' œuvre de quelques vers, perdu au milieu d'une longue épopée. Dans Catulle , au contraire , ces détails ont pris la place du sujet.

La même affectation et parfois la même inexpérience nous apparaîtront si nous examinons le détail. Dans l'histoire d'Ariane et de Thésée , après avoir décrit en beaux vers Ariane abandonnée et furieuse , contemplant en pleurant l'immense mer , Catulle , par un procédé d'ailleurs assez fréquent , revient sur ses pas et explique tout ce qui s'est passé auparavant. (2) Il a cherché un début saisissant , et cette fois , l'a trouvé. Ainsi les Alexandrins , Théocrite et Callimaque surtout , entrent impétueusement dans le sujet. Ces explications données , Catulle s'aperçoit qu'il fait fausse route, qu'il s'oublie; (3) « mais pourquoi ni écarter ainsi de mon sujet , » dit-il , et il

(1) Apollonius, Argon. I, 721 et suiv.

(2) c. LXIV , v. 71 et suiv. Pour la rapidité de l'entrée en matière , v. le début du poème de Mégare et de l'enfance d'Hercule dans Théocrite , l'élégie sur les bains de Pallas, dans Callimaque.

(3) c. LXIV, v. 116. — C'est encore une habitude fréquente chez Théocrite et Callimaque.

se hâte soudain à travers un récit heurté et trop rapide , pour nous ramener enfin auprès d'Ariane. Alors , à cette femme éperdue , frissonnante de terreur et de regrets , tout à l'heure muette comme une statue , il prête un interminable discours où se déploient, il est vrai, des vers magnifiques. Combien dans Virgile les imprécations de Didon sont mieux amenées ? Elles ont été provoquées par sa lutte avec Enée ; elles sont la suite naturelle de l'entretien qu'il viennent d'avoir ensemble ; elles nous apprennent ses desseins ; elles nous font pressentir sa fin tragique. Elles sont d'ailleurs plus courtes , interrompues, précipitées par les événements qui poussent fatalement Didon à l'abîme. Par elles , nous suivons la marche du drame, les transports de l'amour, puis les inquiétudes, la colère et les derniers cris de malédiction implacable. Les plaintes d'Ariane ressemblent à une véritable amplification oratoire. Elles sont suivies de l'expiation , du châtiment de Thésée , dont le récit est du reste disposé dans le même ordre ; l'annonce de la punition précède l'explication des causes qui l'ont amenée , et les plaintes touchantes du vieil Egée répondent pour ainsi dire à celles d'Ariane. Le chant des Parques écrit avec beaucoup de soin et rempli de vers énergiques est aussi mal composé. Le refrain qui en sépare les strophes les divise en une suite de tableaux qui pourrait être aisément changée. On n'y voit pas une marche insensible vers une conclusion qui résume le tout et en fortifie l'impression.

Ces reprises , ces méandres du récit , ces interruptions cherchées, sont des procédés familiers aux Alexandrins. Tantôt Catulle s'interrompt pour faire remarquer qu'il est hors du sujet , tantôt il s'arrête pour invoquer ses héros

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