CHAPITRE III
La versification dans Catulle.
« Phœbus m'a donné l'inspiration, Phœbus m'a donné l'art » de faire des vers et le nom de poète. » (i) Cette idée d'Horace, si souvent employée par lui, et si fréquente chez tous les poètes anciens , montre en quelle estime ils tenaient leur nom , et quelle importance ils attachaient à l'art lui-même, au sens propre du mot, à la partie technique de la poésie. Nous sommes assez tentés aujourd'hui de considérer comme poètes tous les écrivains qui font preuve d'imagination et de sensibilité, et il y a tel de nos contemporains que nous honorerions volontiers de ce titre. Nous faisons bon marché de la versification , si bien que . nous l'avons opposée à la poésie, pour glorifier l'une aux dépens de l'autre. Les genres se sont rapprochés , confondus, et ont perdu leur caractère particulier. Les anciens se gardaient de cette confusion , et comme il y avait une langue spéciale pour la poésie , il y avait aussi des règles impérieuses auxquelles devait se soumettre quiconque
(i) Hor. od. IV , 6.
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faisait des vers. La versification avait peut-être pour eux autant de prix que la poésie elle-même. On n'était inspiré d'Apollon , ami des Muses et familier des sources saintes , on n'était cet être divin appelé poète , qu'à la condition de savoir toutes les lois , et d'avoir vaincu toutes les difficultés de la métrique ; la science mythologique ne méritait pas seule à l'écrivain le nom de savant ; il fallait y ajouter celle de la structure du vers, avec ses complications ingénieuses et ses nuances les plus fugitives. L'école Alexandrine latine s'y appliqua plus que les autres ; elle se donna pour mission d'enseigner cet art aux Romains , et Catulle se distingua entre tous dans cette tâche. Il est donc nécessaire d'y insister , si nous voulons le connaître. Au reste , ces détails ne paraissent arides que si l'on n'en cherche pas la raison. Observer comment le mécanisme d'un hexamètre ou d'une strophe , l'ajustement difficile des longues et des brèves, rendent les idées et les impressions les plus délicates de notre âme, se demander quels rapports mystérieux existent entre la succession artificielle en apparence des rhythmes dans le vers, et les mouvements de la pensée dans notre esprit , serait-ce une étude aride ? Qu'on nous permette donc à ce sujet quelques remarques.
Il y a en effet dans la poésie deux choses , la langue qui sert à l'expression des idées, et la métrique qui ajoute à cette expression le charme essentiel qui constitue la poésie. Ainsi la peinture se compose de lignes qui reproduisent la pensée de l'artiste , et de couleurs qui lui donnent les nuances, le relief, la vie. L'art repose sur les relations intimes qui unissent l'âme aux sens, et ceux-ci aux choses. Chaque art consiste à exprimer à l'aide des procédés matériels qui lui sont propres et par l'intermé-