‹ Étude sur CatulleChapitre 91 sur 144 · LIVRE II. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE III

est aussi un langage articulé , et elle a besoin du secours des mots. Il y a nécessairement lutte entre ces deux éléments , et victoire alternative de l'un sur l'autre. Tantôt la versification Ta emporté, et la poésie a ressemblé à la musique; tantôt le langage a pris le dessus, et la poésie a tourné à la prose. Dans les langues antiques , la poésie chante , dans notre langue , elle parle , plus matérielle dans un cas , plus idéale dans l'autre. En considérant le caractère essentiel de la poésie , on voit que la perfection en serait dans un juste équilibre des deux éléments dont elle est formée. L'antiquité y avait atteint plutôt que les modernes, car, sans négliger l'expression des idées par les mots , elle s'était incomparablement mieux servie de la versification : celle-ci , trouvée par l'instinct des peuples anciens , était d'abord indépendante des mots , et c'est ainsi que nous devons l'examiner pour en comprendre le mécanisme. Ce rôle prépondérant de la métrique explique l'emploi de bien des mots qui nous semblent inutiles ou redondants , et qui n'étaient là que pour la musique , pour servir de motifs aux modulations du rhythme. C'est pour cette raison qu'on avait recours aux dédoublements d'expressions , aux épithètes , aux répétitions , choses que les modernes évitent avec soin pour laisser, à la pensée toute sa force , mais qui alors , avec l'aide de la versification, contribuaient à l'harmonie des phrases. Bientôt, la langue devenant de plus en plus exigeante, la versification lui obéit. Dans Homèrç, la langue souple et mobile est docile aux lois^ de la métrique qui la modifient presque à leur gré ; dans Virgile , au contraire , la métrique suit les tournures du langage et accepte la contrainte de la grammaire. C'est à ce moment que musique et langage mar-

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chent d'un pas égal , et que la voix de Tune répond plus exactement aux pensées de l'autre. Mais on n'était pas arrivé à ce point de perfection sans de longs efforts, et ce ne sera pas une gloire insignifiante pour les poètes de l'école Alexandrine , que d'avoir continué l'œuvre d'Ennius et de Lucilius , en introduisant à Rome la métrique grecque, en assouplissant une langue rude et rebelle , en donnant enfin à l'idiome latin l'harmonie qui lui faisait défaut. Catulle fut le, premier parmi ceux qui travaillèrent à cette réforme ; lui aussi , il a prétendu , comme Horace , enseigner au Latium rustique et grossier les artifices subtils de la versification.

Catulle a employé douze espèces de vers : le dactylique hexamètre catalectique (i) , le pentamètre (2) , Viambique trimètre pur (3) , ïiambique trimètre régulier sca%pn (4) , Viambique trimètre Archilochien (5) ., Viambique septénaire hypermètre (6) , Vhendécasyllàbe ou phalécien (7) , le saphique (8), le gly conique (9), le phérécratien (10), le priapéen (11), le grand asclèpiade (12), et enfin le galliambique (13). On voit par cette longue énumération que Catulle avait devancé Horace qui a employé vingt-cinq espèces de mètres. Parmi ces mètres variés , il y en a quatre dont Catulle a fait usage le premier , l'iambique trimètre pur , le grand asclèpiade et le galliambique. Le premier aussi , il semble s'être servi des strophes saphiques et d'un autre genre de

(1) c. LXII, LXIV. — (2) c. de LXV à CXVI. — (3) c. IV, XXIX.

— (4) c VIII , XXII , XXXI , XXXVII-, XXXIX , XLIV , LIX, LX.

- (5) c. LU. — (6) c. XXV. — (7) c. I , III , V, VU , IX , X, XII, XVI, XVIII, XXIII, XXIV, XXVI, XXVII, XXVIII, XXXII,

XXXIII, XXXV, XXXVI, XXXVIII, XL, XLI, XLII , XLIII , XLV , XLVI , XLVII , XL VIII , XLIX , L , LUI , LIV , LV , LVI , LVII , LVIII. - (8) c. XI , LI. — (9) c. XXXIV, LXI. — (10) c.

XXXIV, LXI. — (11) c. XVII. — (12) c. XXX. — (13) c. LXIII.

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