‹ Étude sur CatulleChapitre 92 sur 144 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

strophes où entrent des glyconiques et des phérécratiens. La part de l'invention faite, il reste , ce qui est bien plus important , à chercher avec quelle adresse il a travaillé tous ces mètres qui lui étaient directement transmis de la Grèce , ou que ses prédécesseurs avaient appliqués avant lui. Nous les diviserons , pour plus de clarté , en trois classes , rangeant dans la première les hexamètres , dans la seconde les distiques , dans la troisième toutes les autres espèces de vers et les strophes.

Catulle a plus que tout autre poète de l'école Alexandrine contribué au perfectionnement du vers hexaniètre héroïque. Il nous en a donné un modèle dans son poème LXIV auquel on peut reprocher le manque d'aisance et de liberté d'allure , l'uniformité et l'observation servile des règles , la recherche visible d'une harmonie extérieure et artificielle , mais non le mépris et l'ignorance des lois de la versification. Les anciens poètes, Ennius surtout, avaient écrit des hexamètres corrects , mais alourdis par l'abus des spondées, chargés de monosyllabes, mal coupés et construits à l'aide d' élisions pénibles. U n'y a rien de pareil dans Catulle ; la construction de ses vers est régulière et touche à la perfection. Un habile mélange de dactyles et de spondées donne à l'hexamètre latin , avec la sonorité et l'ampleur qu'il possédait depuis Ennius, quelque chose de la grâce , de la légèreté qui lui manquaient encore. L'abus même des vers spondaïques si chers à l'école Alexandrine est corrigé quelquefois par d'heureux effets d'harmonie. Ces longs vers majestueux et retentissants se déroulent dans les descriptions de Catulle avec une lenteur qui reproduit dans une certaine mesure la grandeur du spectacle, et élargit pour ainsi dire la pers-

pective, soit qu'il nous montre par exemple le tumulte et l'agitation désordonnée des bacchantes en proie au Dieu, ou l'éveil des vagues de la mer doucement soulevées par le souffle du matin. La régularité cherchée des césures dont le retour monotone fatigue souvent l'oreille , des élisions pénibles de monosyllabes , des contractions inusitées et quelques autres défauts ne sont pas pour nous surprendre , et nous devons plutôt admirer l'art patient et ingénieux du poète déjà assez maître de la langue pour la plier à toutes les exigences du rhythme et de la pensée. C'est grâce à ce travail assidu, à ce maniement habile des mètres , que la langue latine devint peu à peu capable de poésie. Il est permis de regarder le petit poème de Catulle comme un exercice préparatoire aux grandes oeuvres de Virgile et d'Ovide (1).

Si , laissant de côté les règles , nous regardons dans le poème l'harmonie elle-même , c'est-à-dire le rapport des sons et des idées , il faut convenir que les défaillances du fond ont amené celles de la forme et que l'harmonie est un peu vide comme le sujet lui-même. Le manque de rejets, d'enjambements, la symétrie trop calculée des vers, le retour des grands mots de trois longues qui sont les plus nombreux , donnent à l'ensemble du morceau l'apparence d'une mélopée traînante et d'un solennel ennuyeux qui ne répond pas à la variété de l'action. Le rhythme d'une cadence trop banale n'accompagne pas les détours et les complications de la composition : on dirait les sons graves

(1) Nous avons réuni dans les notes toutes les exceptions, toutes les infractions aux règles et toutes les particularités de la versification de Catulle. Il est nécessaire de rapprocher cette nomenclature un peu aride des observations générales pour se faire une idée exacte des services qu'il a rendus à la poésie latine. (Pour les hexamètres, v. n. P.)

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