LIVRE II. — CHAPITRE III
hiatus trop nombreux, — sunt eu m odore^ simul cum eo — sed y àum , quœ , qui , quo , si , non élidés devant des voyelles , quelques césures inusitées , voilà les seules exceptions qu'il soit possible de signaler dans un long poème qù la nature du sujet et la rencontre fréquente de mots rares ou scientifiques , devaient rendre plus difficile l'observation scrupuleuse des lois de la versification, (i) En revanche , les recherches de l'Alexandrinisme y font défaut. Lucrèce se plait , un peu trop peut-être , comme les anciens poètes , aux allitérations , et comme les nouveaux , aux consonnances des voyelles à la fin des vers ou dans l'intérieur d'un même vers , mais il n'aime pas les vers spondaïques; son poème tout entier n'en contient que trente et un. La régularité des césures, l'heureux accord des spondées et des dactyles , — car les spondées y paraissent surtout aux quatrième, troisième et deuxième pied, beaucoup moins dans les autres, — et malgré l'abus des longs mots composés , la cadence musicale et savante des vers , sont les qualités principales de la versification dans Lucrèce et chez les classique5. Virgile n'avait qu'à suivre la voie ouverte par Lucrèce et*Catulle pour trouver enfin la forme la plus parfaite de l'hexamètre latin.
Les anciens poètes latins n'avaient laissé à Catulle que fort peu de modèles de distiques. Les Alexandrins , au contraire , qui aimaient particulièrement ce système de vers, en avaient composé d'innombrables poèmes. Mais il y avait là de très-grands obstacles à vaincre. La langue latine , à cause de sa rudesse , remplie presque exclusivement de spondées , d'iambes et de trochées , ne devait
(1) V. Kuehn , qtuestiones Lucretiana , Breslau , 1869. -p. 35 et suiv.
s'accommoder qu'au prix de bien des efforts , d'un mètre où les dactyles entraient nécessairement en très-grande quantité. En outre, les sujets écrits ordinairement en distiques , ne supportaient pas volontiers la dignité lourde et l'harmonie pompeuse du vers héroïque : ils demandaient surtout de la grâce et de la douceur. Il fallait que le langage habitué à une démarche lente, prît des aiks, que la voix sourde et grave se mît à chanter. En même temps les règles et les périls se multipliaient. Le sens de chaque phrase devait se renfermer dans l'enceinte étroite de deux vers , les petits mots criards qui abondaient dans la prose latine et en obstruaient la marche , comme des graviers sur une route , seraient bien plus apparents dans le pentamètre raccourci , divisé en deux membres séparés l'un de l'autre. Les élisions n'avaient plus le droit de s'introduire dans la seconde partie du vers dont la souplesse et la légèreté feraient le mérite. Autant enfin la langue grecque recherchait le distique , autant le Latin y répugnait. La flûte argentine d'Arcadie suivait sans peine ces modulations mélodieuses que la voix de cuivre de la flûte latine n' obtiendrait qu'à grand peine. Catulle , le premier , lutta contre ces difficultés , et au nombre relativement considérable de distiques qui nous restent de lui — toute la troisième partie de son livre — on voit qu'il avait obéi dans son choix à l'influence de l'école Alexandrine \ mais on s'explique aussi les irrégularités qu'il ne sut pas éviter.
Aussi l'enjambement du pentamètre sur l'hexamètre suivant , les élisions trop fréquentes , les constructions embarrassées , l'abus des adverbes , conjonctions , pronoms et autres mots parasites , les hiatus , l'emploi des