‹ Étude sur CatulleChapitre 95 sur 144 · LIVRE II. — CHAPITRE III. I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III. I

mots de trois syllabes à la fin des pentamètres , des contractions et des quantités rares ou arbitraires , défauts ordinaires des distiques de Catulle , prouvent-ils moins son inexpérience que la hardiesse de l'entreprise qu'il osait ; en voici quelques exemples :

Nescio quid cette est , an vert fama susurrât.

In misero hoc nostro , hoc perdito amore fore.

Nilo mundius hoc, niloque immundior Me.

Non jam illud quœro, contra me ut diligat illa ,

Aut , quod non potis est , esse pudica velit.

Quant modo qui me unum atque unicum amicum habuit. (q)

En résumé, les révoltes de la langue et la nouveauté de la tentative condamnèrent Catulle à un travail qui devait seulement profiter à ses successeurs. Il ne réussit pas à écrire des élégies harmonieuses et aisées , comme plus tard Tibulle et Ovide. La dureté est le principal caractère de ses distiques , même dans les endroits où la pensée est le plus touchante et le plus émue. Les vers que nous venons de citer , si mauvais qu'ils soient , ne peuvent pas être considérés comme des raretés , ceux du moins où les règles sont observées , — car nous relèverons plus loin à peu près toutes les exceptions , — mais ils nous donnent une idée assez exacte de l'ensemble des élégies et des épigrammes de Catulle. Ses pentamètres sont rocailleux , duriusculi , (i) selon l'expression de Pline le jeune qui reprochait ce défaut à toute l'école Alexandrine. Par

(1) Plin. jun. 1 , 16. « Versus facit , quales Catullus aut Calvus

quantum illis leporis , dulcedinis , amaritudinis , amoris ! Inserit sane , sed data opéra, mollibus levibusque duriusculos quosdam, et hoc, quasi Catullus aut Calvus. »

moments cependant , Catulle a triomphé dans ce combat contre une langue ingrate et difficile, et notre étude serait incomplète si nous ne rappelions quelques vers d'une harmonie suave et caressante , dignes de ceux que soupirait Tibulle :

Surripui tibi dum ludis , mellite Juvénti y Suaviolum dulcidulcius ambrosia.... (1)

Tu mea tu moriens fregisti commoda , f rater , Tecum una tota est nostra sepulta domus ,

Omnia tecum una perierunt gaudia nostra , Quœ tuus in vita dulcis alebat amor. (2)

Il cherchait à les rendre plus harmonieux encore par des artifices empruntés aux Grecs , et comme dans la composition de ses poèmes et de ses épigrammes , il avait employé les refrains et le retour périodique des même$ vers , ainsi , il chercha , en dehors des règles de la métrique , à flatter l'auditeur par la répétition des mêmes sons et par une cadence uniforme et doucement murmurante. L'oreille encore émue du prolongement des sons disparus , les entend tout- à-coup reparaître et se plaît à ce ressouvenir. C'est le charme de la rime qui , abandonnée tout-à-fait par les classiques latins , se retrouva dans les chansons populaires , dans les hymnes des chrétiens et dans nos langues modernes. Parmi les quarante premiers vers du poème LXVIII , il y en a dix qui présentent ce caractère :

Conscriptum hoc lacrimis mittis epistolium.

Naufragum ut ejectum spumantibus aquoris undis.

(1) c. IC, 1. - (2) LXVIII, ai.

Page 1