LIVRE II. — CHAPITRE III
à l'excellent dans la composition ; il y touchait aussi dans l'emploi des rhythmes.
Il nous resterait encore à examiner la division des strophes dans les pièces isométriques de Catulle. Il y en a quelques unes où cette division est très-apparente , et où Ton voit que Catulle avait suivi jusque li l'exemple des Grecs : la poésie ayant d'abord été une musique , devait naturellement être partagée en strophes , puisque la strophe et le refrain sont les conditions essentielles du chant. D'ailleurs, lorsque la poésie, perdant peu à peu son caractère primitif , se fut affranchie de la musique , la division en strophes perdit sa raison d'être , mais subsista néanmoins , en particulier dans la poésie bucolique. A Rome , l'école nouvelle, dans sa docilité à tout imiter de la Grèce, même ce qui avait disparu , reprit aux Grecs la division en strophes. Horace a écrit des vers isométriques (l'ode XVI du livre i par exemple). La pièce XXX dans Catulle , est composée d'asclépiades divisés par strophes de deux vers. Ce système de strophes a été emprunté sans doute à Sapho ou à Alcée. Les pièces iambiques d'Archiloque , destinées à être chantées avec accompagnement d'instruments de musique , étaient de même disposées en strophes. Catulle avait lu Archiloque, dont il a imité quelques vers , et dont il traduisit les vers iambiques dans un un mètre qui lui est particulier; il est donc probable qu'il conserva du poète grec l'habitude des strophes. Nous en avons la preuve dans la pièce XXIX où l'on trouve des refrains , quelque disposition des vers qu'on adopte , et dans les pièces XLII et XLV, écrites en vers iambiques. (i)
(1) Ellis , ouvr. cit. de œquab. part. carm. Cat.
Ainsi , marchant sur les traces des Grecs , Ioniens , Eoliens , Alexandrins , doué d'un sens musical délicat et juste , Catulle avait exercé son esprit vif et flexible aux difficultés les plus secrètes d'une métrique sévère. Si nous songeons au moment où il parut , aux modèles qu'il avait sous les yeux , à l'instrument dont il disposait, nous devons nous étonner , non point qu'il y ait dans ses vers quelques rares infractions aux lois de la prosodie , mais qu'il n'y en ait pas davantage. Du reste, ce soin même du rhythme , cette recherche curieuse de tous les mètres rares , cette persistance à employer en latin les procédés inventés par les Grecs , tout cela s'accorde bien avec l'idée que nous nous faisions de Catulle. La science de la versification était du plus grand prix pour les anciens ; Horace y mettra presque toute sa gloire, Catulle y a conquis une partie de la sienne. Lui aussi , il aurait pu dire qu'Apollon lui avait donné l'art de faire des vers.