CHAPITRE IV
La langue dans Catulle.
La langue est } comme la versification , l'instrument de la poésie. On peut la considérer de deux manières dans un poète : au point de vue de la grammaire , en examinant s'il a été fidèle au génie de l'idiome qu'il emploie , quelles modifications il lui a fait subir , dans quelle mesure il a respecté les lois qui le gouvernent ; au point de vue de l'art proprement dit, en cherchant comment il fait servir le langage à l'expression de ses idées. Il y a nécessairement dans tout poète un écrivain et un grammairien. Ce dernier est surtout à considérer dans la littérature latine, où la grammaire , au commencement du moins, était faite par les poètes. Dans une littérature plus originale, comme la littérature grecque , les grands écrivains précèdent les critiques. Le génie hellénique avait produit ses plus belles œuvres- avant que les commentateurs eussent essayé d'en tirer les lois du langage. Dans une littérature d'imitation comme la nôtre , ou comme celle des Latins , les poètes qui écrivent les premiers dans la langue nationale sont aussi les premiers à en discuter et à en fixer les règles. De
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même que Ronsard , Malherbe et Boileau en France , de même Attius , les disciples de l'école nouvelle Alexandrine, et après eux Horace, sont à la fois poètes et critiques. La langue dont allait se servir Catulle était en voie de transformation. De jour en jour elle perdait son caractère archaïque pour se mêler plus intimement au grec. Nous n'avons pas à rechercher si ce changement était bon ou mauvais. Il n'est guère possible cependant de regretter une métamorphose sans laquelle tant de chefs-d'œuvre n'eussent pas existé ; en outre , toute oeuvre parfaite est nécessairement originale , et ne peut être le produit de l'imitation. Les emprunts qu'Horace et Virgile ont faits à la Grèce n'enlèvent pas plus à leurs poésies le caractère qui ies distingue entre, toutes , que les nombreuses imitations de Racine ne font de ses tragédies des pastiches d'Euripide. Mais au commencement des littératures savantes , la peine même que donne l'étude des modèles étrangers en augmente le prix. Les écrivains encore inexpérimentés dépassent le but , se font une servitude de ce qui devrait être seulement un secours, acceptent sans scrupule , en haine de leur propre langage , les tournures et les mots les plus rebelles de la langue qu'ils copient , se font une gloire de leur insuffisance , et mettent toute leur originalité à devenir plagiaires. Ainsi l'imitation grecque , déjà sensible dans les vieux poètes , devint une mode avec les nouveaux, dont tout l'effort consista à gréciser la langue latine.. Pareils aux disciples de l'école de Ronsard , ils sont fiers de cette soumission qu'ils regardent comme une conquête ; c'est en triomphateurs qu'ils appellent et subissent le joug de l'étranger. Horace s'est moqué de cette manie qui durait* encore de son temps. Il