‹ Étude sur CicéronChapitre 4 sur 53 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

duction tient de Tart : d'elle-même, Tâme humaine ne se ré? fléchit pas dans une œuvre : i*art est le miroir qui nous Ty montre, a Les préceptes, dit excellemment Gicéron, ne nous donneront pas le génie ; mais ils nous donneront un moyen de reconnaître ce qu'il y a de bon ou de mauvais dans tout ce que la nature, l'étude ou la pratique nous ont enseigné ^.i

Ce que nous disons de la poésie est plus vrai encore de la prose; car ici, la spontanéité est moins vive, l'impression moins personnelle. Vous blâmez ces rhéteurs qui, expliquant une harangue de Démosthène ou de Gicéron, s'arrêtent à en faire remarquer la savante composition, les divisions habiles, les beaux mouvements, les heureuses gradations, en un mot, l'économie et la richesse tout ensemble. Je vous l'accorde: s'ils s*en tiennent là^ leur art est mesquin et stérile; mais s'ils vont plus loin, s'ils remontent à la source même de ces grands effets de Féloquence, c'est-à-dire s'ils s'avancent et pénètrent, jusqu'au cœur même d'où ils partent ; en un mot, si, en même temps qu'une analyse littéraire, ils font une étude morale, ih n'auront , ce me semble , perdu ni leur temps , ni le nôtre.

Je le reconnais encore volontiers : ainsi isolée, abstraite eri quelque sorte et purement théorique, cetteH^ritique n'aura pas la vie réelle. Si je ne vois Démosthène, au milieu de l'indifférence de ses concitoyens, lutter seul contre les armes et l'or de Philippe; si je ne replace Cicéroii au milieu des troubles de Rome, entre le poignard de Gatilina et le glaive d'Antoine, je ne connaîtrai ni toute leur éloquence, ni tout leur courage. Il ne faut donc point séparer le citoyen de l'orateur, c'est-à-dire l'éloquence elle-même de ce qui en a été l'occasion, le théâtre et le triomphe. Ge n'est pas qu'après tout la critique analytique pure n'ait ses avantages; et, pour vieilles qu'elles soient, les

* De Ùratore^ I, xxxir.

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