‹ Étude sur CicéronChapitre 5 sur 53 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

règles qu'elle donne ne sont pas encore épuisées. Jugez-en. Tout récemment, un habile écrivain, qui est aussi un homme disert, entreprend de faire « unexhétorique populaire. » Sans doute il va inventer, pour cette rhétorique, quelque chose de nouveau ; nullement : en homme d*esprit qu'il est, il dit tout simplement à ses lecteurs : « J'avouerai même qu'à votre intention j'ai lu, et non sans plaisir, certains traités de Gicéron que je n'avais pas ouverts depuis longtemps. C'était un tort. 11 y a, notamment dans le de Oratore, des observations très-justes, très-fines, et qu'on dirait écrites pour nous. J'en ai fait mon profit, et je me permettrai de coudre à mes conseils les préceptes des Grecs et des Romains. Je me sens fort quand j'ai pour moi des artistes qui ont poussé si loin l'étude de la rhétorique. Il y a là pour nous des trésors d'expérience où nous pouvons puiser largement. »

Autre considération : le rôle de la critique historique dans les œuvres de l'esprit, nécessaire, légitime aujourd'hui, était moins indispensable dans l'antiquité; nos œuvres sont, en général, plus troublées. Les anciens, quand ils composaient un ouvrage, s'y mettaient avec calme et recueillement. * Les lettres étaient pour eux un apaisement ; ils se réfugiaient dans l'étude, comme en un sanctuaire. Dans les ouvrages mêmes qui sembleraient devoir le plus se prêter à l'émotion de l'auteur et se ressentir de la secousse des événements, ils sont de sens rassis; ils s'eflacent autant que faire.se peut, aussi sobres de renseignements sur eux-mêmes que de nos jours on en est prodigue. Tacite retrace sans haine et sans partialité : sine ira et studio, ces eflroyables tyrannies dont son âme est ce~ pendant si profondément attristée. Nous, au rebours, nos ou. vrages, même les plus désintéressés en apparence, se ressentent du coup des événements; le fluide électrique des passions contemporaines les agite encore ; il frémit sous la plume de l'auteur qu'il agite. Que sera-ce si l'écrivain lui-même se met

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