XIV, XIII
du sénat. On voit^ la crainte que Cicéron avait des vétérans de César. Il avoue lui-même ses inquiétudes'. La liberté était due tout entière à une protection armée. Octave, neveu de César, avait, sans aucune commission publique, en son propfe nom, fait des levées. Après les avoir rassemblées, illes met à la disposition du sénat, et cherche à gagner Cicéron et, par lui, le sénat, afin d'en obtenir une lettre qui consacre sa position'. Cicéron est obligé de lui adresser des compliments, de faire cause commune avec le neveu et le vengeur de César, dont il a toujours la condamnation sur les lèvres. D*abord sans inquiétude sur Octave, bientôt Cieéron en conçoit de la défiance*; mais Octave le flatte et le trompe encore^. Enfin, quelques paroles imprudentes d'Octave achèvent de lui ôter ses dernières illusions *• Cicéron sentait bien le faux de sa position ; aussi étaitil réduit à des bons mois contre Octave, dont il avait besoin; il disait de lui : Laudandum adolescentem^ ornandumj tollendum %* dans ses lettres il faisait part de ses embarras à ses amis. Mais en public, au dehors, il feignait encore de se confier à Octave '. Il allait être cruellement détrompé.
* Philippique II, xxiv.
' Ad Famil.^ XII, m, xxii.
5 Philipp. m II.
♦ Ad AUic., XIV, vi; XVI, xvi.
» Ad Attic.y XIV, xii.
« Ad Attic,, XIV, yiii.
'' Ad Famil.f XI, xx.
• PkUipp,, V, XXI.
Trois ou quatre mois après cet accord intéressé entre Cicéron et Octave, celui-ci faisait alliance avec Antoine, dressait avec lui des tables de proscription et y faisait mettre le nom de Cicéron. Cicéron pouvait se sauver, et un moment il l'essaya ; il voulut partir pour la Grèce, où il aurait retrouvé Brutus; mais, après quelques jours de navigation, contrarié par le vent, souffrant de la mer, tourmenté surtout de regrets et de tristesse, découragé de vivre, il se fit descendre à Gaête, et revint dans sa maison de Formies pour y mourir * . tiette mort a consacré les Pbilippiques.
Toutefois, admirables comme témoignage de son éloquence et de son courage, au point de vue politique, les Philippiques ne sont pas irréprochables; elles trahissent plus d'une fois Tembarras, l'inconséquence de Cicéron, et aussi l'inutilité de ses efforts. En effet, la cause qu'il défendait était une cause perdue; ce n'était point véritablement la cause delà liberté, mais la cause d'une aristocratie privilégiée qui revendiquait la liberté pour elle seule, au prix de la servitude du reste du monde'. Les Philippiques n'en sont pas moins un soulagement pour les esprits, une vengeance anticipée sur la tyrannie.
* In altum provectum cuin modo venti adversi retylissent, modo ipse jactationem navis cseco volvente fluctu pati non posset, tsedium tandem eum' et fugœ et vitœ cepit , regressusque ad superiorem villam : Moriai%inquit, inpatriassepeservata. — Tite Live, Sutuoria ,VII.
^ Populum Romanum servire fas non est, quem dii immortaksomnibus gentibus imperare voluerunt. Aliœ nationes seryitutem pati possunt; populi Romani res est propria libertés. — PhiUpp, Vf, vu.