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raison maîtresse d'étudier à son gré les choses natu* relies et profanes , la physique et l'histoire * . »
Cette exposition n'est pas exacte. La foi ne se laisse pas précéder de la raison; c'est une nécessité qu'elle reconnaît. Huet l'établit formellement. « La foi , dit-il, est fondée sur ce raisonnement : Tout ce que la première vérité a révélé est vrai ; or , Dieu , première vérité, a révélé les mystères de la foi chrétienne: donc ils sont vrais. » Ainsi la foi suppose la croyance à l'existence d'un Dieu qui ne peut ni se tromper ni nous tromper, et la conviction que ce Dieu a révélé les mystères du christianisme : c'est la raison qui nous donne cette croyance et celte conviction.
La foi suppose , d'après Huet , conformément à l'opinion de tous les théologiens, certaines vérités qui ne sont pas des articles de foi y mais des préambules à ces articles , telles que l'existence de Dieu , Texistence personnelle, l'existence du monde et plusieurs autres vérités qui , selon saint Paul , sont attestées par la raison. « Si la raison ne précédait pas la foi , fait remarquer Huet, nous adopterions indifféremment toutes sortes d'erreurs , et une pareille foi nous ferait perdre le caractère de créature raisonnable ^. »
Les vérités qui appartiennent à la religion, dit-il aussi, sont connues , ou par la raison seule^ ou par la raison
1 Huet, ou le scepticisme théologiquef pag. 34, 36 . 3 Alnet. Quœst., lib. 1 , cap. II, n» t J ,
et par la foi y ou par la foi seule. Dans la première supposition, la raison et les sens seuls interviennent. Saint Thomas vit et crut ; ses sens et sa raison intervinrent : les premiers, pour attester ce qu'ils voyaient et touchaient ; sa raison, pour juger qu'il devait s'en rapporter au témoignage de ses sens.
L'existence et les attributs de Dieu , la création , la distinction de l'âme et du corps, etc., sont des vérités enseignées par la raison et par la foi. Alors la raison doit prendre pour règle les enseignements de la foi ; mais Huet fait observer que cet assujettissement n'est point de nature à faire craindre à la raison que ce qui est vrai d'après ses lumières puisse être faux suivant la révélation. Il invoque, comme Descartes S le concile de Latran, qui ordonne aux philosophes chrétiens d'établir par le raisonnement l'immortalité de l'âme , que la raison et la foi proclament de concert.
M. Christian Bartholmèss ne reproduisait donc pas exactement la pensée de Huet, lorsqu'il lui attribuait «de soutenir que la raison, ou ne veut pas, ou ne peut pas s'élever jusqu'à la Divinité ; que, incapable ou corrompue, absurde ou impie, elle doit être bannie du domaine des sciences morales et spéculatives'. »
Dans la troisième supposition que fait Huet, c'est-
^ Médit, métaphyi,j Épîstre.
2 Huet, ou le scepiicisme théologiquei pag. 38 .
IMt)pose à croire ' . » M. Christian Bartholmèss loimême cite cette définition de la foi donnée par Huet - « La foi est un don de Dieu qui , en éclairant l'intelligence et en inspirant la volonté , nous fait accepter ce que l'on nous propose à croire ^ »
Concluons. L'autorité de la raison n'est pas anéantie dans les Quesiionê d*Aunay ; la part qui lui est faite est digne d'elle. La. raison est une préparation nécessaire à la foi ; le domaine des sciences physiques et naturelles appartient à elle seule ; son concours est réclamé pour les sciences morales ; et on ne peut pas lui imposer l'obligation de donner son assentiment à ce qui est évidemment contraire à ses lumières.