CHAPITRE II
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SOPHIE caktésiebue.
Analyse de la Centure.
La Cenêure de la philosophie de Descartes est divisée en huit chapitres et précédée d*uD avertissement et d'une préface. Huet fait connaître les motifs qui l'ont engagé à écrire contre la philosophie de Descartes. Il a cédé aux vives instances du duc de Montausier. On a invoqué l'exemple des SS. Pères ; on a fait valoir , pour le déterminer y Tintérét de la religion. L» philosophie, qui est l'ouvrage de l'esprit humain , doit être soumise à la foi qui vient de Dieu , et Descartes veut qu'on s'en rapporte à sa philosophie. Huet prétend qu'il a combattu Descartes avec modération ; il loue Louis XIV d'avoir défendu d enseigner le cartésianisme dans des leçons ou dans des écrits. 11 ne se propose point de réfuter tous les points de cette philosophie. On renverse l'édifice en ébranlant les bases.
Huet examine, dans le premier chapitre, le doute de Descartes, et cette proposition : Je pense, donc je suis^ qu'il appelle une argumentation. Le doute est le fon-
dément de la philosophie do Descartes ; ce doate est universel, il n'excepte rien; il a pour objet les premiers principes, les théorèmes de la géométrie, Texistence des corps, l'existence personnelle. Descaries l'applique au sommeil et à la veille. II veut, parce doute, que l'on regarde comme faux tout ce qui avait paru très-vrai. Il assigne les causes de ce doute universel. Nos sens sont trompeurs, notre raison est obscure ; nous ne pouvons pas distinguer le sommeil de la veille ; nous ne savons pas si Dieu ne nous a pas créés de telle sorte que nous nous trompions toujours, même dans les choses qui nous paraissent les plus claires. Le doute de Descartes, si Ton en croit ce philosophe , est différent du doute des sceptiques. Le doute n'est pour lui qu'un moyen d'arriver à la vérité et d'éviter l'erreur ; il ne s'applique pas aux usages de la vie , tandis que le doute des sceptiques avait pour but unique de douter, et atteignait les devoirs mêmes de la vie.
Descartes croit avoir trouvé une première vérité , et, quoiqu'il doute s'il dort ou veille, si Dieu ne Ta pas condamné à l'ignorance et à l'erreur, par cela seul qu'il a ces pensées, il conclut qu'il existe nécessairement. « Il répugne , dit-il , que nous croyions que ce qui pense n'existe pas au moment même où il pense , et il pose pour fondement inébranlable de toute sa philosophie , cette argumentation : Je pense , donc je suis. Huet prétend que Descartes , en l'énonçant ; est
tombé dans une pétition de principe. Il examine d'abord Yantécédent de cette argumentation : je pense. Descartes voulait que Ton doutât de tout ; il devait donc aussi douter de son existence. Démocrite a fait profession d'en douter. Or, lorsque Descartes dit je pense^ ce mot je suppose l'existence personnelle ; il cherche s'il existe , et il affirme son existence. Il y a là évidemment pétition de principe.
Les Cartésiens répondent que , quand leur maître dit je pense , il ne s'affirme pas comme une chose qui existe^ mais comme une chose qui pense. Une pareille réponse est inadmissible. Dans toute proposition, le sujet et lattribut doivent être différents ; on ne dit point : Pierre est Pierre. Si, lorsque Descartes dit je pensey il ne s'affirme pas comme une chose qui existe^ mais comme une chose qui pense , son argumentation reviendra à cette proposition : Une chose qui pense est une chose qui pense^ et il n'en pourra pas conclure son existence.
Si les Cartésiens prétendent que ces mots je pense , ne doivent pas être rendus par ceux-ci : Une chose qui pense est une chose qui pense j ils sont forcés-d'accorder qu'ils énoncent celte proposition : Moi qui pense , je pense. Ici parait encore le mot je, qui contient l'idée d'existence. Cette proposition j« pense ^ est l'équivalent de celle-ci, je suis pensant. Or, ces deux mots : je suis , renferment l'idée de l'existence , et il est inutile d*y ajouter le mot pensant , qui serait un terme
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moyen , si l'on employait la forme du syllogisme» et alors on aurait le syllogisme suivant : Ce gui pense , est ; or 9 je pense : donc je suis ; et si on supprime le mot pensant comme inutile, on obtient ce syllogisme : Ce qui esty est; or^ je suis : donc je suis; ce qui revient à l'argument de Chrysippe : S'il fait jour ^ il fait jour; or , il fait jour : donc il fait jour.
Lorsque Descartes dit je penscy il n'affirme pas seulement qu'il existe, mais encore qu'il agit. Ici encore, il suppose pour établi ce qu'il avait regardé comme douteux ou même comme faux. Celui qui doute s'il existe, peut douter aussi s'il périme. Les Cartésiens croient résoudre cette difficulté en invoquant la lumière naturelle, à laquelle Descartes n'ajoutait pas de foi. Ils disent : les choses sont connues par la pensée , et la pensée par elle-même; c'est une erreur. Ce n'est que par la lumière naturelle que nous connaissons et la pensée et les autres objets , ce qui arrive lorsque l'esprit se replie sur lui-môme , c'est-à-dire qu'il connaîtra pensée par une nouvelle pensée.
Avoir l'idée du soleil et penser qu'on a cette idée , sont deux pensées différentes. Le soleil est le terme de la première, et cette première pensée est le terme de la seconde. Ainsi , penser et savoir que l'on pense sont deux pensées distinctes. La conclusion j'existe, ne se tire pas de la première, mais de la seconde.
Huet se propose de développer ces réflexions plus
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longuement, et fait remarquer que Descartes a déjà plusieurs fois abandonné son doute universel.
Descartes a tiré de cet antécédent je pense ^ ce conséquent je suis; il invoque les règles de la dialectique; mais elles sont renferméesdans son doute universel. Si Descartes répond qu*il les a examinées et trouvées vraies , on lui répondra qu'elles ont été repoussées par Épicure. A qui s'en rapporterat-on? Qu'y a-t-il de plus clair que cet argument : Le soleil brille^ donc il est jour ; et cependant n*a-t-il pas été l'objet d'une longue discussion entre Chrysippe , Philon et Diodote ? Et si l'on prétend qu'il soit vrai, en même temps , que celui qui pense existe et n'existe pas , Descartes ne pourra rien répondre, car il pense que Dieu peut faire que les contraires soient vrais en même temps. Les disciples de Descartes qui prétendent que leur maître n'a point soutenu cette opinion, sont réfutés par ses écrits.
D'après Huet , celte proposition ^ ainsi que l'appelle Descartes : Je pense ^ donc je suis ^ n'est pas la première de toutes ; elle a dû être précédée, non-seulement de celle-ci : Tout ce qui pense existe ^ mais encore de cette autre : Tout ce qui agit existe, ce qui suppose que nous savons auparavant ce que c'est que V action, ce que c'est que Vétre, etc. Les règles de la dialectique sont nécessaires pour tirer avec certitude de l'antécédent je pense , le conséquent je suis. Descartes assure que toutes ces notions lui sont connues par la
lumière naturelle ; mais Huet réplique qu'elles sont entièrement inconnues.
Les Cartésiens, au mépris de la doctrine du maitre, qui avait accordé que cette proposition : Toui ce qui pense j existe , est antérieure à celle-ci : Je pense, donc f existe , soutiennent , au contraire, que la proposition générale : Tout ce qui pense existe , dérive de la proposition particulière : Je pense, donc j'existe. 11 est vrai que lorsque nous connaissons les choses par Tinduction , les propositions universelles sont déduites des propositions singulières ; mais cela n'a point lieu quand il est question de choses connues par elles-mêmes et par la lumière naturelle ; telle est celte proposition : Le tout est plus grand que sa partie. Or, d'après Descartes, celle-ci : ToiU ce qui pense existe^ est connue par la lumière naturelle ; elle n'est donc pas dérivée delà proposition particulière : Je pense, donc j'existe.
Nous accordons que Tâme pense avant de penser qu'elle pense ; qu^elle pense qu'elle pense, avant d'en conclure qu'elle existe ; qu'elle tire cette conclusion avant de penser que tout ce qui pense existe. Mais l'âme avait ces notions- avant d'y réfléchir, elle les avait avant d y penser. Ainsi donc, cette proposition : Tout ce qui pense existe, était antérieure comme notion , et postérieure comme pensée * .
Huet reproche de nouveau à Descartes ses variations
* Cap. i , NO i-vn.
an sajet de la lumière natnrelle. De$cartes a établi qu'il fallait douter de tout, même de ce principe : Le iovi est plue grand que /a partie , et il affirme qu'il répugne à la lumière naturelle que ce qui pense n'existe pas lorsquil pense. Pourquoi, fait obsenrer Hnet, croirais-je que celui qui pense existe , parce que cela est connu par la lumière naturelle ; tandis que je re* fuserais de croire que le tout est plus grand que la partie^ principe que la lumière naturelle me fait également connaître ? N'est-ce pas là une contradiction éTidente?
Les Cartésiens ne s'avouent pas vaincus* .Descartes, disent-ils , doutait des premiers principes avant de les avoir examinés, il n'en doutait plus après l'examen. Et qui nous assurera que cet examen a été suffisant ? Caméades, philosophe bien supérieur à Descartes, regarde comme incertain ce principe : Deux choses égales à une troisième sont égales entre elles. D'ailleurs, quelle était la cause du doute universel assignée par Deseartes ? La nature de l'esprit humain, qui est telle qu'il se trompe même dans les choses qui lui paraissent les plus certaines. Descartes n'a point fait disparaître cette cause ; de plus , il répète plusieurs fois que la lumière naturelle ne peut être un guide sûr, que lorsqu'on aura connu que Dieu existe et qu'il n'est pas trompeur ; et cependant, avant cette connaissance.
Cap.!, «•VUI.