CHAPITRE IV
Travaux récents.
§ I er . Hermann Dunger (Die Sage... Dresden, 1869).— § II. Arist.
Joly (le Roman de Troie Paris, 1870-1871). — § III. Kôrting
(Dictys und Dares, Halle, 1874) - § IV. Gaston Paris (Revue critique d'hist. et de littérature, 9 mai 1874. — Romania, 1874). — § V. Ch. Wagener (Philologus, Gôttingen, 1878). - § VI. Hermann Dunger (Dictys-Septimius 1878).— § VII. Louis Havet (Revue philologique, 1878 et 1879).— § VIII. H Hanpt (Dares, Malalas, Sisyphos. — Philologus, 1881). — § IX. Résumé des opinions exprimées dans ces 17 dernières années. — Observations.
En général, les savants dont nous allons parler n'ont pas assez connu les travaux de leurs devanciers. C'est une partie qu'il ne faudrait pas aller chercher dans leurs écrits, car on ne l'y trouverait pas. Et pourtant, il leur aurait beaucoup servi d'être mieux renseignés à cet égard ; car il ne serait pas arrivé à plusieurs d'entre eux de donner comme neuve telle ou telle opinion déjà très ancienne et vingt fois réfutée.
Dans l'examen des ouvrages, j'adopte l'ordre chronologique. Cette méthode, si Dictys et Darès n'avaient pas été jusqu'ici examinés à part, entraînerait une certaine confusion. Mais comme maintenant le lecteur sait parfaitement ce que c'est que Dictys ou Darès, rien ne m'empêche de suivre l'ordre que je viens d'annoncer.
§ 1 er . — Hermann Dunger (Die Sage Vom Trojanischen Kriege in den Bearbitungen des Mittelalters und ihre antiken Quellen, Dresden, 1869, in-8 # , 81 pages).
Ce livre, dès sa première apparition, a valu à son auteur les éloges unanimes des lecteurs compétents, et Ta mis d'emblée en grande réputation. J'avoue toutefois qu'il n'a rempli mon attente qu'à partir de la 23° page. Jusque-là, on ne trouve à louer que la réplique de l'auteur à ceux qui admettent un original grec (p. 7, 44).
Mais quand H. D. soutient (p. 14 sqq) que Darès était un Romain, et suivait Valérius Flaccus, parce que chez lui, comme chez celui-ci, Philoclète est rangé parmi les Argonautes ; quand il ajoute que si l'imitateur a fait régner Pelias sur le Péloponèse, c'est parce qu'il ne comprenait pas le nom d'Hœmoniœ qu'il trouvait chez son guide (Val. Flac, 1, 22), on peut désirer une argumentation plus solide. J'en dirai autant de sa conjecture sur les emprunts faits par Darès au Pseudo-Pindare dans les deux catalogues des héros grecs et troyens. Enfin, il soupçonne chez Darès l'imitation de Dictys; mais il ne la rend pas sensible II veut par exemple que le premier ait pris à l'autre le passage où Agamemnon est déposé en faveur de Palamède. Mais ceci n'est qu'une conjecture, quïl est permis de repousser.
A partir de la 23 e page, tout est à louer : partout une science^très étendue et très sûre, et une exposition lumineuse'. Il passe en revue les nombreux écrivains du moyen âge qui ont imité Darès ; parfois même il signale des imitations de Dictys. Il commence par Joseph Iscanus, le premier qui cite Darès dans notre Occident. Ensuite il parle d'Albert de Stade (p. 26), dont le poème latin manuscrit est conservé à la bibliothèque de Wolfenbultel.
Il arrive à Benoît de Sainte-More (p. 32), qui ne connaissait pas seulement Darès et Dictys, mais suivait à l'occasion Ovide, par exemple, dans le récit de l'expédition des Argonautes. Il prouve, par des exemples heureusement choisis (p. 37), que le vieux trouvère s'est servi du Darès que nous avons, et non d'un autre. Il en fait autant pour Dictys ; il note les passages où Benoît s'est trompé pour n'avoir pas compris ou pour avoir lu trop précipitamment le texte de l'Ephéméris ; il montre par là que ce texte était identique au nôtre. Il passe ensuite (p. 39) à Jacob Van Maerlant, Hollandais du 13 e siècle qui traduisit Benoît de Sainte-More ; puis à l'Allemand Herbort von Fritslar (p. 40), du commencement du 13* siècle ; à un autre Allemand de la fin du même siècle, Konrat von Wurlzburg, sur qui il fait une étude assez détaillée (p. 43-66), montrant que ce poète imitait librement au lieu de se borner à traduire; et que dans son imitation indépendante il savait unir Ovide et Stace avec Benoît de Sainte-More. Après une courte notice (p. 66) sur un poète du 14° siècle, Jean Mair, de Nôrdlingen en Bavière, qui, quoique connaissant Darès même, suivit Guidode Columna, il arrive aux imitateurs de Konrat von Wurtzburg. C'est d'abord Ulric Weickmann du 45° siècle (p. 68), dont la Bibliothèque de Monaco garde deux manuscrits ; c'est un prosateur anonyme, dont le manuscrit est à Gotha; c'est Budolf von Ems ; et un poète du 16 e siècle, Jean Sachsius (p. 69). Il revient ensuite aux imitateurs de Benoît, ou si l'on veut, à ceux qui ont imité Darès en passant par Benoît. Il parle (70-74) d'un long poème allemand du 14 e siècle, en douze livres et trente mille vers, dont l'auteur paraît s'être dissimulé sous le pseudonyme de Wolfran von Eschybach. Enfin (74-80), il traite d'un ouvrage anonyme en prose, intitulé Trojumanna Saga qui est écrit en langue Scandinave, et qui contient en 31 chapitres l'expédition des Argonautes, l'enlèvement d'Hélène et la guerre de Troie. C'est encore une
imitation de Benoit de Sainte-More; elle est conservée à la bibliothèque de Stockolm. Telle est en gros la substance du remarquable livre d'Hermann Dunger.
§11. — Arist. Joly (Benoît de Sainte-More et le roman de Troie. — Paris, 1870-1871, 2 vol. in-4°).
C'est une œuvre considérable, qui fera époque dans l'histoire de notre littérature romane. Le 1 er volume donne le texte de Benoît, et par conséquent ne nous regarde pas. Le 2 e volume comprenant 598 pages a des proportions trop vastes pour que nous puissions l'examiner en entier. Des huit chapitres qui le composent, nous sommes obligés de ne prendre que le 4 e (pages 146-218), relatif à Dictys et à Darès, et de laisser les autres relatifs à Benoît et à son influence en Europe. C'est à regret que nous passons sous silence ces sept chapitres d'une érudition copieuse, solide et toujours claire. Pour les trois derniers chapitres particulièrement (p. 310-598', où l'auteur reprend le sujet traité par Hermann Dunger(à qui d'ailleurs il confesse hautement avoir fait des emprunts, p. 453); il eut été intéressant de le comparer avec son devancier et de montrer sa supériorité sur celui-ci, en faisant voir la richesse et l'importance des documents nouveaux qu'il a apportés.
Malheureusement le quatrième chapitre, auquel notre examen doit se borner, est faible, le seul faible, à cause des erreurs qu'il renferme, et de la confusion qui y règne, et qui tient à ce que l'auteur mêle les questions sur Dictys avec celles qui sont relatives à Darès. Et comme ici nous allons le suivre pas à pas, il se peut que notre examen se ressente un peu de cette confusion.
Ce n'est qu'à la page 159 qu'il aborde le sujet du 4 e chapitre, et qu'il arrive aux deux sources où Benoît a puisé, c'està-dire Dictys et Darès. Il montre (p. 459-168), quelle fut la
vogue des deux faussaires au moyen âge. Rien de plus juste; mais il a tort <p. 164) d'attribuer à Dictys ce qui appartient à Darès : 1° le songe de Paris sur les trois déesses que lui amène Mercure ; 2° la disparition de Castor et Pollux pendant la traversée de la mer. De plus il prête à Dictys trop de connaissances, quand il suppose que Maurus (Ovide Am. 2, 18) et Camérinus (id Pont, 4, 46, 6), sans parler de Virgile et d'Ovide, lui étaient familiers. Nous verrons plus loin que Dictys connaissait peu les poètes et mythographes latins. Pour conclure, tout en dédaignant les deux faussaires, A. .T. fait pourtant une différence en laveur de Dictys pour son érudition, comme pour sa latinité.
P. 168-172. Tous les Byzantins du 7* au 12° siècle, scoliastes, rhéteurs, grammairiens, chronographes, etc., citeraient et imiteraient Dictys. — Il y a ici plusieurs erreurs : Dictys n'est cité qu'à partir du 9 e siècle; 2° il n'est pas cité par tous les Byzantins (v. d'ailleurs p. haut, p. 12; ; 3° Suidas n'est pas d'une époque « plus voisine de Justinien que Malalas ». Quant aux prétendues citations de Constantin Porphyrogennète et de Constantin Manassès (v. p. haut, page 13).
P. 172-177. L'Occident préfère Darès. l'Orient Dictys. La l r « partie de ce jugement est vraie ; la seconde, inexacte. L'Orient ignore Darès (v. p. haut, p. 18) et par conséquent ne peut lui préférer personne.
P. 177. ce Enfin le 17 e siècle, si pénétré de l'antiquité, son adorateur, non plus idolâtre, mais éclairé, les adopte (Dictys et Darès), avec l'autorisation de Bossuet et du duc de Montausier ; ils sont solennellement installés au rang des
classiques, parmi les auteurs à l'usage du Dauphin Enfin
l'esprit même qui animait Darès pénètre nos imitateurs de l'antiquité » . En droit, conclure de l'édition de M Ue Tanneguy-Lefèvre : 1° que le crédit des deux faussaires était encore intact au 17 e siècle ; 2° que Racine a pris dans Darès l'habitude et le goût d'altérer les traditions antiques, c'est
violer toutes les règles de la logique. Les deux faussaires ont été trois fois édités au 19 e siècle ; en concluera-t-on qu'ils soient admirés aujourd'hui? De plus, en fait, le 17c siècle les appréciait, comme nous, à leur juste valeur (v. p. haut, p. 24 et surtout p. 27 j.
P. 178. A. J. énumère les écrivains citant Darès, c'està-dire Elien, puis Ptolémée Ghennus et Eustathe, qui tous deux suivent « Àcanthius ». — C'est « Antipater d'Acan- « the » qu'il fallait dire — Puis vient Syrianus. Sur cette erreur, v. p. haut, p. 12. — Vient ensuite Priscus Panites. Mais h peine Ar. J. a-t-il eu cette complaisance pour Dederich (v. p. h , page 14>, qu'il la regrette, ajoutant, dans une incroyable conjecture, que c'est Dictys qui pourrait bien avoir usé de Priscus Panites. Mais comment aurait-il pu le faire, puisque cité, d'après A. J., par Syrianus, contemporain de Priscus Panites, il serait antérieur à tous deux.
P. 179. Si l'on ne remarquait que les idées exprimées par Dictys et par Darès, on les reculerait très avant dans le moyen âge ; mais des témoignages formels ne permettent pas de les faire descendre au-dessous d'une certaine époque.
P. 180-185. Les anciens poètes, philosophes, sophistes et rhéteurs avaient l'habitude d'altérer les légendes troyennes. Philostrate en particulier, l'auteur des Héroïques, a appris à nos deux faussaires à traiter librement ces antiques traditions. Ce passage est emprunté à M. Chassang (ouv. cité).
P. 185-188. Après avoir cité l'opinion de Dederich sur la latinité de Septimius, A. J. veut qu'elle offre de grandes ressemblances avec la latinité d'Ammien Marcellin, de Sulp. Sévère, de Boèce et d'Isidore ; puis, après une longue dissertation sur l'institution des Consulaires, il rapporte Septimius à l'époque de Théodore P r . Alors il annonce qu'il montrera que l'original grec de l'Ephéméris n'a jamais existé, et, sur cette promesse, il passe brusquement à Darès.
P. 188-191. Voici trois pages qui me semblent regrettables. A. Joly, n'était le manuscrit du 9 e siècle, rapporterait volontiers Darès au 12 e siècle, et cause de la nature chevaleresque de ses sentiments, et de la « succession monotone de batailles qui semble faite pour l'auditoire des chansons de gestes ». (Sur ces batailles, v. p. haut, page 8). Enfin, réfléchissant que Darès était connu d'Isidore et de Frédégaire ; que l'Epître préliminaire abuse du nom de Salluste ; que l'empereur Julien, en introduisant cet historien latin dans son banquet des douze Césars, avait dû ramener l'attention sur lui, il conclut que Darès pourrait bien appartenir au 6 e siècle, ou mieux encore, au temps de l'empereur Julien. Contentons-nous de remarquer que ni Isidore (v. p. haut, p. 17), ni Frédégaire (1) n'ont connu notre Darès. Les autres assertions se réfutent d'elles-mêmes.
P. 191-202. Onze pages confuses, parce que l'auteur dans sa discussion ne sépare pas nettement les opinions d'autrui des siennes propres. Il se demande si Dictys a eu sous les yeux un original grec; et il se prononce pour la négative. Les tours grecs remarqués dans l'Ephéméris ne prouveraient rien, à cause des emprunts fréquents que se faisaient grecs et latins. Il suppose qu'un grec (2) aura traduit Dictys dans sa langue, en joignant à l'Ephéméris les portraits de Darès (3 . Cela expliquerait pourquoi les Byzantins parlent des portraits de l'Ephéméris, que nous n'y trouvons point ; et pourquoi Malalas, qui le premier cite Dictys (4), et chez qui les autres Byzantins ont pris ce qu'ils
(1) Il sera question, dans le § 4 du présent chapitre, du manuscrit dont parle ici A J.
(2) Barth avait déjà émis cette opinion (v. p. haut, page 26).
(3) Inutile de remarquer que ceci suppose chez les Byzantins la connaissance de Darès ; or, ce point est faux (v. p. haut, p. 18).
(4) A.J. n'est pas d'accord avec lui-même; car, plus haut, p. 33, nous avons vu qu'il faisait citer Dictys par tous les Byzantins à partir du 7° siècle.
disent de ce compagnon d'Idoménée, a tant de latinismes. L'Ephéméris, ajoute A. J., ne peut être attribuée aux Alexandrins; « car un Alexandrin aurait eu une composition moins sage ». C'est la supercherie d'un latin. Quant au manuscrit trouvé dans le tombeau entr'ouvert de l'auteur, c'est une fiction familière aux faussaires. Le prologue serait dû à l'auteur même de la tromperie; l'épître à quelque copiste ; mais c'est un autre copiste, qui longtemps après l'aurait mise en tête de l'opuscule, avant le prologue. Que de conjectures ! Il y a même des discussions inutiles. Ainsi à quoi bon maltraiter les Alexandrins, puisque la mention de Néron, faite dans l'Ephéméris, empêche de remonter jusqu'aux Alexandrins, pour trouver l'auteur de ce livre?
P. 202-214. Il réduit à rien, et avec raison, les témoignages d'Elien, de Ptolémée Ghennus et d'Eustathe sur Darès; et prouve que Benoît de Sainte-More, en imitant soit Darès, soit Diclys, n'a pas eu entre les mains un texte différent du nôtre. Il conclut que c'est dans Elien que le faussaire a dû prendre l'idée de jouer le personnage de Darès. Il faut louer l'érudition et la clarté de ces douze pages entières. Plût au ciel qu'on pût en dire autant de tout le chapitre!
P. 214-218. A. J. recherche les autres sources antiques où Benoît a pu puiser.
En résumé, voici ce que l'auteur pense de nos deux faussaires : il les rapporte tous deux au 4 e siècle ; toutefois, pour Darèè, il descendrait au besoin jusqu'au 6° ; il nie l'existence d'un original grec de l'Ephéméris ; il attribue le prologue au faussaire, et l'épître à un copiste, qui pourtant n'aurait pas osé la placer lui-même avant le prologue; il croit qu'un Byzantin atraduit en grec l'Ephéméris, en y intercalant les portraits de Darès, et qu'il n'y a pas eu non plus d'original grec de l'Excidium Trojce.
§ III. — Kôrting : Dictys tend Darcs, Halle, 1874.
En lisant cet ouvrage qui répète des erreurs plusieurs fois réfutées, quand on voit ainsi la critique recommencer 9ur nouveaux frais l'œuvre qu'elle avait elle-même ruinée, on songe involontairement à la fameuse toile que Pénélope défaisait au fur et à mesure qu'elle la tissait. En vain, Hermann Dunger et Arist. Joly (suivis par F. Meister dans ses deux préfaces) avaient prouvé que Benoit de Sainte-More n'avait pas eu entre les mains un Diclys et un Darès plus détaillés que les nôtres. En vain, ils avaient montré, après plusieurs autres érudits, qu'il ne fallait pas prendre à la lettre les témoignages des Byzantins. Voici que Kôrting défend l'opinion contraire ; et pour la soutenir, il ramasse de vieux arguments qu'on pouvait croire à jamais discrédités.
Je me contenterai de résumer son livre sans le réfuter.
Cet ouvrage, qui a 120 pages, en consacre à Dictys 55 (1-55), qui sont suivies d'un appendice souvent en désaccord avec ce qui précède (55-65); le reste est consacré à Darès (65-4 '20).
Après avoir parlé des sources excellentes de Dictys, de son imitation de Salluste, de sa prudente « objectivité », quand il laisse le choix entre plusieurs explications d'un fait, des libertés romanesques qu'il a prises avec les traditions antiques, Kôrting soutient que ce faussaire est un grec, non un latin (1-8). Un latin n'aurait pas été aussi hostile à Enée, et ne lui aurait pas fait coloniser Corcyra Mélœna au lieu du Latiurn ; il ne se serait pas placé dans son récit au point de vue grec contrairement aux intérêts des Troyens. En outre, un latin d'une époque aussi avancée n'aurait pas si bien connu les Cycliques et les Tragiques grecs. On objectera qu'on n'a jamais pu produire d'original
grec. Qu'importe? C'est que les manuscrits ont péri. Mais à leur place, nous avons des témoignages formels, qu'on ne peut révoquer en doute sans ébranler tout l'édifice de l'histoire des deux littératures anciennes (8-12). Dans les 16 pages qui suivent (13-49), où il passe en revue les témoignages des Byzantins, il y a peu de points à retenir. Les voici : il dit que les Grecs, qui avaient tant d'écrits en grec sur la guerre de Troie, ne devaient pas être tentés de lire un récit latin (p. 14) . que Malalas, en écrivant que le tombeau de Dictys s'était ouvert ènl KXovîfoy, songeait à l'empereur Claude et non à Néron (p. 16); que ce même Byzantin,malgréses mots latins mêlés à son grec, ignorait le latin (p. 18) ; que c'est à Cédrénus qu'est due l'invention du titre d'vTïoypocyevç ïôofxe'vecoç donné à Dictys; et que ce chronographe a suivi, non pas celui-ci, mais Malalas. Après deux pages étranges sur les portraits de Darès (1), qui n'auraient rien de commun avec ceux de Dictys (29, 30;, il arrive à son argument principal, qui est pour ainsi dire la clef de voûte de toute sa thèse.
Car comme Malalas nous donne moins de portraits qu'Isaac Porphyrogennète, etlsaac Porphyrogennète moins que Tzetzès, Kôrting, à la stupéfaction de tous ses lecteurs, en conclut que Malalas a utilisé un Diclys plus étendu que le nôtre; Isaac Porphyrogennète, un autre Dictys plus étendu que celui de Malalas ; et Tzetzès, un troisième Dictys encore plus étendu que le précédent (p. 30-47). Puis, après avoir montré que le prologue et l'épître dédicatoire sont en désaccord ; que l'un ou l'autre doit être une supercherie (p. 48), il cherche dans notre Dictys des lacunes pour prouver qu'il y en a eu un autre plus complet (p. 51). Il en
(1) Darès, à en croire Kôrting, noterait les qualités morales des héros; tandis que Dictys (entendez par la les Byzantins qui mettemt ce nom en avant) noterait les traits du visage et les qualités physiques.
trouve aussi la preuve dans Benoît de Sainte-More qui, notamment pour le récit de la mort de Palamède, donne beaucoup plus de détails que l'Ephéméris : Benoist aurait donc connu, comme Malalas, Isaac Porphyrogennète et Tzetzès, un Dictys plus détaillé que le nôtre (p. 54». Quant au temps du Diclys grec et de son traducteur latin, il pense que celui-là a écrit au l r siècle, ou plutôt au second siècle de notre ère, et que Septimius a fait sa traduction vers Tan 400 (p. 55). Dans l'appendice (55-65), Kôrting abandonne son opinion sur ènl KXavSfou (p. 16), et applique ces mots à Néron. Il remarque ensuite que le rhéteur anonyme, cité par Allatius, parle de discours qu'on ne retrouve pas dans notre Ephéméris (p. 57). Puis il revient (p. 58 et sqq) sur l'ignorance de Malalas en fait- de latin.
Arrivons à la deuxième partie sur Darès. Kôrting nie qu'il soit hostile aux Grecs et favorable aux Troyens ; il veut que notre Darès soit le résumé d'un livre grec disparu. Il combat l'assertion de Dunger qui prétendait que Darès, dans l'expédition des Argonautes, avait suivi Valér. Flaccus. Il soutient que ce faussaire dans son récit s'écarte du poète latin, et qu'il a dû utiliser un roman grec aujourd'hui perdu (p. 72). D'ailleurs, on trouve dans notre texte actuel de l'Excidium Trojœ des preuves qu'il y a eu un texte grec plus développé. Ainsi au chapitre l'i et au chapitre 44, l'auteur, qui dansl'épître préliminaire s'est engagé à traduire mot à mot, avoue qu'il résume (p. 80). De plus, il y a des passages où il n'a pas su comprendre l'original grec, et où, par conséquent, il a trahi son rôle de traducteur. Ainsi quand Paris débarque dans l'île de Gythère où se trouve un temple « de Vénus », il sacrifie aussitôt, dit notre Darès, « à Diane » (Dianœ, ch. 9). Qu'on n'explique pas cette faute par une erreur de copiste ; car Benoît de Sainte-More et Albert de Stade qui ont suivi notre Darès, ont tous deux ce Diane ». Qui donc ici ne devinerait pas que l'original grec, traduit ou plutôt résumé par notre Darès portait
« ~r, ùkivvY) ê'Oucv, » ou quelque chose de semblable; et que le traducteur latin a confondu Dianœ et Dionœ ? Ailleurs trouvant Bpiaw&a, il Ta pris pour un nominatif, et en conséquence, il a écrit au chap. 13 « Briseidam ». (p. 89 et sqq). Ensuite Kôrting s'engage dans une discussion très pénible sur les deux catalogues des héros grecs et troyens, sur les noms omis par Darès, sur le nombre des vaisseaux qui ne concorde pas avec celui qu'indiquent les autres témoignages. Il veut arriver à cette conclusion, que Darès n'a suivi ni Homère, ni Dictys, ni le Pseudo-Pindare. Malheureusement, ce n'est pas à travers les fleurs, mais en se frayant un passage dans des buissons d'épines, qu'on arrive à ce terme de son étude.
§ IV. — Gaston Paris (Revue critique d'Hist. et de Littérat., 1874; Romania, 1874).
Tout à l'heure, forcé par mon sujet de rendre compte d'un chapitre d'Arist. Joly, chapitre faible d'un ouvrage excellent, j'éprouvais un grand embarras ; car c'est une tâche ingrate de relever les fautes d'un bon livre; il est plus agréable de rendre hommage aux qualités qui y sont déployées. Maintenant, mon embarras redouble, parce qu'il me faut critiquer un savant de premier ordre, M. Gast. Paris, qui un jour est sorti des études où il est passé maître, et de notre littérature romane, qui est comme sa province, pour parler un peu à la légère de Darès. Heureusement sa réputation est attachée, non pas à deux articles de revues, écrits trop précipitamment, mais à des travaux plus étendus et plus considérables; elle ne sera pas entamée, parce qu'on aura noté les erreurs de ces deux dissertations.
Etudier à fond l'historique d'un sujet, c'est se mettre en garde contre les solutions hâtives, contre les conjectures
aventureuses, qu'une lecture fait éclore soudainement et qu'un examen attentif ne tarde pas à faire abandonner. Il est probable que cette fois M. Gast. Paris ne connaissait l'historique de son sujet, que par un ouvrage de vulgarisation, soit un dictionnaire biographique, soit une histoire de la littérature latine : il était donc mal défendu contre les hypothèses risquées.
Dans le 1 er article (Revue critique d'hist. et de littér., 9 mai 1874), il veut prouver que notre Darès est un résumé, écrit au 5 e siècle, d'un Darès plus complet datant du 3<> siècle. En somme, du manque d'art du livre que nous avons, il conclut que c'est un abrégé mal fait d'un livre meilleur. On irait loin avec ce principe. Voyons maintenant ses arguments particuliers : 1° Il signale l'omission de faits dont le récit suppose ensuite la connaissance ; par exemple les services de Palomède, mentionnés au chap. 20, auraient dû être exposés avant. 2° Il note « la préparation à des épisodes qui n'existent pas » : ainsi Darès nous donne les portraits de Briséis, de Machaon et de Podalire, trois personnages qui ne jouent plus aucun rôle après. 3° Notre Darès reconnaît lui-même (chap. 12 et 44) qu'il résume, au lieu de traduire. 4° Ce Darès plus étendu aurait été connu d'Isidore de Séville, au 6« siècle. Ecartons d'emblée ce 4" argument (v. p. haut, page 17;. Ecartons encore le 3 e , tant de fois reproduit et réfuté. Pour montrer la faiblesse des deux autres, appliquons-les à l'Enéide de Virgile. Ce poète (8, 531) parle de promesses faites par Vénus à Enée, qui ne se trouvent pas dans ce qui précède. Voilà pour le 1 er argument de G. Paris. Virgile au 7e livre nous présente des héros, Aventinus 7,665, Œbulus 733, Virbius 761, qui ne sont plus nommés ensuite, quoiqu'ils aient été annoncés avec tant d'intérêt. Voilà pour le 2° argument. Or, si un artiste consommé, tel que Virgile, a pu commettre ces inadvertances, à plus forte raison un méchant barbouilleur de papier, tel que Darès.
Arrivons à la 2 e disserlalion (Romania, 1874). Ici G. P, tire ses arguments d'un résumé de Darès introduit dans la chronique de Frédégaire, résumé qui se trouve à la bibliothèque de Montpellier, et dont M. Arist. Joly nous a déjà entretenus (v. p. haut, p. 35). Seulement M. A. Joly avait le tort de croire que cet abrégé était de la main même de Frédégaire, et de conclure que ce chroniqueur connaissait Darès. M. Gaston Paris ne commet pas cette erreur-là ; mais il ne s'est pai mis en garde contre d'autres. Après avoir constaté que ce résumé, « fait de mémoire par une mémoire infidèle », et < œuvre d'un moine ignorant », s'écartait souvent de notre Darès, il veut que ce soit l'abrégé d'un Darès antérieur au nôtre. Il y aurait donc deux résumés de ce Darès hypothétique, le nôtre et celui du moine ignorant. D'une manière générale, on peut répondre que si l'on appliquait le même raisonnement à tous les Byzantins, on arriverait aux conclusions les plus absurdes. Ils auraient connu un autre Virgile que le nôtre, un autre Ovide que celui qui nous est parvenu, etc., etc. Que peut-on bien conclure des différences qui existent entre le texte de ce « moine ignorant », et celui de Darès, quand ce moine a été capable défaire de Memnon le mari d'Hélène? Insistons sur ce nom de Memnon substitué à celui de Ménélas. Quel est celui de ces deux noms que devait porter le texte du Darès du 3 e siècle? Evidemment le nom de Ménélas, puisque ce Darès du 3 e siècle valait mieux, d'après M. Gast. Paris, que celui du 5° siècle, qui sur ce point spécial ne se trompe pas, et donne le nom de Ménélas. Pourquoi donc le moine qui a confondu Memnon avec Ménélas, n'aurait-il pas commis cette erreur sur notre Darès ? A quoi sert l'hypothèse d'un Darès antérieur ? Elle n'explique rien ; et complique inutilement la question.
Il reste deux arguments que M. Gast. Paris regarde comme décisifs. Voici le premier : l'abrégé de Montpellier énumère ainsi les rois réunis pour un sacrifice à Jupiter:
« Pelias et Jason nepos ejus ; Agamemnon et Memnon frater ejus ; Ajax et Palamedes ; Achilles et Triptolemus ; Menelaus atque Polippus ; Castor itaque et Pollux ; Aléa
qui primus tabularum usum repperit ; » M. G. Paris
veut que cet aléa désigne Palamède, quoique celui-ci soit déjà nommé ; — que le moine ait pris le nom commun (aléa) pour un nom d'homme ; — que le Darès hypothétique du 3* siècle ait énuméré ici les services de Palamède ; — que cette énumération se soit fractionnée en passant dans les deux abrégés ; — que l'abrégé de notre Darès ait mentionné, au eh. 20, cinq services, en oubliant l'invention des jeux de hasard (aléa) ; — que l'abrégé du moine ait réparé cette omission, en ne mentionnant précisément que cette invention-là. Nous répondrons : 1° que rénumération des services de PalamèJe serait loin d'être complète, quand même on réunirait les deux abrégés (v. les mythographes) ; 2° que tous les noms propres (jusqu'à aléa), étant rangés deux à deux, pour garder cette symétrie, ilTaudrait mieux lire : « Aléa et qui primus » ; et qu'alors l'inventeur des tabularum (comment faut-il traduire ?) serait anonyme ; —3° que le moine, en réparant si exactement l'omission de notre Darès, aurait agi ou par hasard, ou par calcul ; qu'ici le hasard serait si singulier, qu'il vaut mieux ne pas l'invoquer du tout: que le calcul du moine, qui abrégeait « de mémoire », supposerait chez lui une mémoire prodigieusement sûre, alors qu'on a reconnu qu'il avait « une mémoire infidèle ».
Venons à l'autre argument prétendu décisif. Triptolème (Usez Néoptolème), en immolant Polyxène à Achille, s'écrie : « Accipe puellam, pater, pro quâ vità caruisti ; in futuro uxorem posside eam ». M. G. Paris croit que ce petit discours est d'un sentiment antique ; — qu'il dépasse la portée de l'esprit du moine ; — que celui-ci a dû le prendre dans le Darès du 3 e siècle, puisque ce passage n'est pas dans noire Darès. L'argument est aussi peu décisif que possible.
1° Ce petit discours n'exprime pas un sentiment propre à l'antiquité (1) : si Ton en doute, on n'a qu'à lire les inscriptions des cimetières de villages, et surtout certains chants de la Grèce moderne. 2° Cette même observation prouve que ces deux lignes c< accipe... » ne dépassent pas la portée de l'esprit d'un moine même ignorant. C'est la paraphrase très simple d'une phrase de notre Darès « inferis non satisfactum esse.... etc ». Le moine qui aime les discours directs, en a placé un ici, qui est suggéré par notre Darès. Une tempête s'est élevée ; Calchas a déclaré qu'Achille réclamait sa fiancée : dès lors, rien de plus simple que de faire dire à Néoptolème « reçois cette jeune fille, etc. ». Un moine, même ignorant, peut hausser son esprit jusqu'à cette invention-là.
Ainsi, on voit que les deux arguments principaux de M. G. Paris ne sont pas plus concluants que les autres; et que l'existence d'un Darès du 3 6 siècle est loin d'être démontrée.
§ V. — Karl Wagener, Philologus (1878, p. 91-125) .
Le commencement et la fin de cette étude sont très louables, car ils apportent des idées nouvelles et aboutissent à des résultats positifs. Mais la partie intermédiaire est une fatigante dépense d'érudition qui paraît faite en pure perte .
Dans la première partie (91-97), fauteur établit que notre Darès ne traduisait pas un original grec. Il part de ce principe, à peu près incontestable, que le nombre des expressions de l'original qu'un traducteur laissa passer dans sa traduction, est en raison inverse de son intelli-
(1) A-t-on encore des sentiments vraiment antiques au 3 e siècle de notre ère ?
gence Chez Darès, qui est la sottise même, on trouverait une foule d'héllénismes, s'il traduisait. On en trouve fort peu ; donc il ne suivait pas de modèle grec. L'idée est neuve, ingénieuse, très juste, et conduit à une conclusion plausible.
Depuis la page 97 jusqu'à la page 115, l'auteur s'embarque dans une démonstration, où il déploie une grande érudition, mais sans profit bien sensible. Il veut prouver que Darès s'est servi, pour l'expédition des Argonautes, non pas de Val. Flaccus, mais d'Hygin ou de quelque abrégé d'Hygin ; pour les deux catalogues de héros, non pas du Pseudo-Pindare, ni de Dictys, ni d'Hygin, ni d'Homère, mais de quelque traduction d'Homère ou de quelque manuel scolaire ; pour ses portraits, non pas de Dictys, mais de quel auteur? C'est ce qu'il oublie de nous dire.
Sur la fin de cette deuxième partie (112-114 1/2), il va plus loin, et prétend que Darès n'a utilisé ni Homère, ni Dictys, ni Pseudo-Pindare pour aucun passage de son opuscule. A l'appui de cette assertion, il allègue 17 exemples, où Darès s'écarte du récit de chacun des trois auteurs. Il aurait pu en citer davantage ; mais en eût-il cité le double, sa démonstration ne serait pas plus concluante.
Nous arrivons à la dernière partie (115-fin), où nous avons à louer de nouveau, comme au début. Il signale, pour l'expédition des Argonautes et celle d'Hercule contre Troie, une ressemblance frappante entre Darès et le Mythographus Vaticanus primus (1). Cette ressemblance est incontestable; il faut féliciter Wagener de l'avoir montrée. Elle m'étonne d'autant plus, que partout ailleurs ce mythographe suit Hygin, dont s'éloigne généralement Darès. Il signale, pour le rapt d'Hélène, une autre ressemblance
(1) C'est la 24" fable de ce mythographe découvert par A. Maï, et rapporté par lui au 5* siècle. V. Classicorum e Vaticanis codicibus editorum, tom. 3. — A. Maï, Rome, 1831.
non moins frappante entre le chapitre 10 de Darès et le poème de Dracontius, intitulé Raptus Helense. Toutefois ici il fait une conjecture, que je ne saurais admettre : il suppose que Darès et Dracontius ont tous deux puisé dans une source commune, c'est-à-dire dans un mythographe dont il déplore la perte S'il était plus familier avec Dracontius; s'il savait que ce poète africain a l'habitude d'altérer les légendes mythologiques, comme les traditions historiques (1), et se plaît d'autre part à imiter Virgile ; si enfin il avait remarqué que les plus fortes altérations delà légende, dans le poème sur le Rapt d'Hélène, procèdent du désir d'imiter le 1 er livre de l'Enéide, il n'aurait pas pris la peine de recourir à l'hypothèse d'un mythographe perdu : il aurait vu que Dracontius avait puisé les singularités de son récit dans sa propre imagination, et avait été imité par Darès : d'où il y avait lieu de conclure que celui-ci était postérieur à Dracontius, qui est de la fin du 5 e siècle (2).
Malgré cette restriction, il faut louer hautement Gh. Wagener d'avoir si bien prouvé que Darès n'avait pas joué l'office de traducteur, et d'avoir fait ses deux rapprochements avec le Myth. Vatic. l us d'une part, et Dracontius d'autre part.
§ VI. — Hermann Dunger (Dictys-Septimius, Dresden,
Voici un livre qui passe pour avoir tranché toutes les questions relatives à Dictys (c. f. Literarisches Gentral-
(1) Par exemple l'histoire du jeune Manlius, de Scipion l'Africain, de Léonidas, etc., etc.
(2) Notez que le Mythographus vaticanus primus, à qui Darès ressemble sur un point, a été aussi placé au 5 e siècle par A. Maï.
blatt, 1878. — R. Peiper, dans Zeitschrift fur deutsches Alterthum, etc., 1880. — H. Haupt, dans Philologischer^ Anzeiger, 1880) ; et dont les idées ont été adoptées avec empressement par W. Teuiïel (Histoire de la Liltérat. latine, 3° édition). Cet ouvrage est écrit avec beaucoup d'ordre et de clarté ; mais le fond ne me paraît pas mériter tant d'éloges ; j'insisterai principalement sur le 4 a chapitre, qui a valu à l'auteur le plus de félicitations, pour en montrer la faiblesse.
Après une sorte de préface (1-4) sur la vogue, la latinité et le prologue de Dictys, l'auteur divise son sujet en cinq chapitres : 1° Dictys n'était pas grec ; 2° anciens témoignages sur lui; 3° Dictys considéré comme source des Byzantins ; 4° sources de Dictys ; 5° conclusion.
Dans le l' r chap. (4-8), H. Dunger veut prouver- contre Kôrting qu'un latin a pu parler d'Enée, comme a fait Dictys. Il rappelle qu'au témoignage de Constantin Lascaris, il n'y avait pas de manuscrit grec de l'Ephéméris au 15 e siècle. Il remarque ensuite que les Byzantins Eudocie, Suidas et Tzetzès, ne connaissent pas de Dictys grec ; que Cédrénus et Isaac Porphyrogennète, qui suivent Malalas, auraient préféré à cet inepte chroniqueur un Dictys grec, s'il y en avait eu un. Il ajoute qu'on ne s'expliquerait pas que son manuscrit eût disparu juste au temps de la vogue des légendes troyenne.s. Suivent des observations, déjà faites par Dederich, sur la latinité de l'Ephéméris, et l'imitation de Salluste. Il termine par une preuve, qu'il croit neuve et très solide : c'est que Dictys fait allusion à des usages romains dans le sacrifice à Mars et à la Concorde (1,15), dans la mention des licteurs (2,33) et des légions (4,14), dans les applaudissements donnés par « la foule des bons » au discours d'Ajax (5,14).
Je crois avec H. Dunger que Dictys n'est pas un traducteur. Mais il ne s'est pas demandé, si un grec bilingue, puisqu'il y avait tant de professeurs de latin à Constanti-
nôple, n'avait pu écrire l'Ephéméris en latin : c'est l'opinion que je soutiendrai tout à l'heure. Quant à l'hostilité de Dictys à l'égard d'Enée, elle n'est pas niable, quoi qu'en dise H. Dunger. Les prétendues allusions aux usages romains ne méritent pas d'arrêter notre attention : les trois derniers exemples ne prouvent absolument rien. Quant au 1°, c'est tout simplement une imitation d'Apollonius de 'Rhodes (2,718) ; jamais les Romains n'ont eu cette habitude, ni dans la déclaration, ni au début d'une guerre.
Le second chapitre (8-12) ne contient rien qu'on n'ait vu chez Dederich et Aristide Joly. Passons donc.
Le 3 e chapitre comprend 16 pages (12-28). H. Dunger, dans les dix premières, examine si Malalas savait le latin. Il dit oui ; Kôrting dit non : pour moi, après avoir entendu l'un et^Fautre, je reste indécis. Ensuite H. Dunger se demande si Malalas a vraiment lu Septimius ; et il tient la chose pour certaine. Mais les exemples qu'il donne (de Teucer, de Tithon, etc., surtout celui d'Ilus) prouveraient contre lui ; car il s'ensuivrait que Malalas se serait grossièrement trompé en lisant Septimius, et n'aurait pu le comprendre. Au reste, si Ton s'intéressait assez à cette partie de l'étude de H. Dunger, pour lui faire des objections, on pourrait lui citer un passage qui pourrait le gêner beaucoup. Septimius est le seul mythographe qui fasse sauver Oreste enfant par Talthybius : or, Malalas (liv. 5, 168) raconte tout autrement l'histoire d'Oreste, qui aurait été envoyé à un certain Schœnée par Agamemnon partant pour la Troade, et qui ne serait rentré à Mycènes qu'à la nouvelle du meurtre de son père. Pourlant Malalas, dans ce même passage, se couvre du nom de Dictys, bien qu'il n'ait rien de commun avec lui.
H. Dunger passe ensuite aux portraits ; et soutient que Malalas les a imaginés (23-27). Puis il combat l'assertion de Kôrting, qui voulait que Gédrénus eût suivi non point Malalas, mais un Dictys plus étendu que celui de Malalas.
y . Mil,. M -
Les raisons de H. Bunger sont si faibles, qu'on n'en petot; dégager aucune conclusion sérieuse (27-28). On en jugera par ces deux exemples : 1° Kôrting remarquant que dans CédrénuMe commandement suprême avait été enlevé à j Agumernnon pour être déféré à Palamède, et que Malakts se taisait sur ce point, en concluait que Cédrénfcs n'avait pas pris Malalas pour guide. *— «Il y-a une lacune dans^ Malalas », réplique H. Dunger. Cotfime ce n'est pas la mièr^fois ni la dernière que H. Dunger recourt à l'ar ment des lacunes, je trouve qu'il en abuse un peu trj et qu'il affaiblit ainsi sa démonstration. 2° Kôrting note que chez Cédrénus une prophétesse, outre CaLchas, ré-*' clame Je sacrifice d'iphiginie, et que cette particularité manque chez Malalas. - «C'est très simple, répond^ H.v Dunger, Cédrénus n'a pas compris la réplique est détestable. Tout à l'heu Dunger, Malalas, qui aurait su le latin, pris Septimius; l'assertion était déjà bie!
plus fort : un grec n'aurait pas compris une phrase grecque^ très simple.
Nous voici arrivés au 4° chapitre, qui est do beaucoup^ le . plus long (28-52), et le plus important, du moins au jugement des panégyristes de l'auteur,, et au jugement de l'aur \ teur lui-même ; car il se vante d'être le premier qui rër. cherche les sources de Septimius. Il a certainement voulu i étaler ici son érudition, et il a réussi à en imposer à plus « d'un savant de profession. Pour moi, je trouve que l'érudi- \» tion de son précédent ouvrage (v. p. haut, page 30) était -, de meilleur aloi, et aboutissait à des conclusions plus/ sûreâ. . j
Il n'aborde l'étude annoncée qu'à la page 38. Dans Jes > 10 pages précédentes, il montre que Dictys a yoi: son>rôle de témoin. oculaire, antérieur à Homère.; qualité de Grec, il arrange les faits de la:façon la pi rable pas Grecs. ;. que comme Cretois,, il fait vaToir^S^f
Cretois ; que s'il ne traite pas tous tes Grec* avee ia même sympathie, s'il en maltraite même quelques-uns, son lan* gage lui a été dicté, dans ces cas divera, par le désir de contredire Homère, à l'autorité duquel il veut substituer la sienne. Ensuite dans tout le reste du chapitre (38-52), il entreprend de prouver que Diclys a puisé dans Homère, Apollodore, Lycophron, Ptolémée Ghennus et Philostrate li les Grecs ; chez Vïrgite et un géographe parmi les Peut-être s'est-il servi d'Hygin et d'Ovide ; mais \ n'est pas sûr.
Ici une observation préalable. Puisque Dictys est un latin, et un latin du 4° siècle, c'est-à-dire d'un siècle où les latins ne savaient plus le grec, comment se fait-il qu'il ne suive' guère que des Grecs, et en particulier ce Lycophron V" V|B|Mp|^Bi*taqf^m&is ou presque jamais été cité par lejflK^faltoft p«T ceux qui savaient le grec à l'âge d'or ^> t m . et&lfagMf&tigmfc'êi la littérature latine ? Comment se faitil encore *quë Diefysfne soit jamais cité par les latins, mais seulement par les Byzantins ? Voilà certainement deux questions que H. Dunger ne s'est point posées. Et maintenant abordons les sources de Dictys.
Il commence par Homère. Nous ne retiendrons qu'un
point de cette partie : c'est que le début du discours de
Priam (Dictys, 3, 21) peut être comparé à un passage de
l'Iliade (3, 464). Mais ce rapprochement avait déjà été fait
depuis longtemps. Les autres remarques sont futiles ;
deux exemples suffiront pour le montrer, 1° Dictys en
donnant Phénix, et non Agénor, pour père à Europe sui-
""" vrait Homère. Je réponds aussitôt : « pourquoi pas Mos-
chus(idy. 2, 7) ; ou Pausanias (Achaic. 7, 4, 1, Edit. Didot),
ou Conon (Narrât. 32, 37), ou le scoliaste d'Euripide
; - flm » ? — 2° Dictys en disant qu'Hecube était fille de
* ♦ S- ** r-ynl&%'# non deCissée, suivrait encore Homère. Je me
~ * ^. -if*<33£ *f nouveau : « Pourquoi pas Hygin (chap. 3), on
>^ Ovide (Môtam. 11, 761, — 13, 620). ou Apollodore, qui
rapporte trois traditions différentes (lib. 3, 12, 5) »?
Passons maintenant à Àpollodore. Dictys lui a certainement emprunté les noms des 36 Priamides . Mais cette remarque a été faite depuis longtemps par M ,le Tanneguy- Lefèvre. Toutes les autres observations de H. Dunger sont conjecturales ou erronées. Montrons-le par quelques exemples. 4° Dictys fait de Phénix le fils d'Agénor ; suivant H. Dunger, il imiterait Apollodore. Or, le scoliaste d'Apollonius (Argon. 2, 478), nous apprend que cette tradition relative à Phénix se trouvait dans Hésiode, piade, dans le géographe Phérécyde et le poète A En tout cas, nous la trouvons chez Hygin (ch. 4 Dunger prétend que Dictys a emprunté à Apollodôf généalogie des Atrides, en y faisant toutefois changements. Sur ce point, Dictys ressembl Apollodore qu'à Porphyre (passage cité pa; d'Homère, Iiad. 2, 576), ou au scoliaste d'Eu — 3* Dictys suivrait Apollodore, quand tt Rapporte comment le roi Ilus reçut du ciel le Palladium. Pourquoi ne suivraitil pas Ovide, qui a raconté la chose tout au long et avec son esprit habituel (Fast. 6, 449) ? — 4° J'en dirai à peu près autant de la guerre survenue entre Pelée et Acaste. Au lieu d'Apollodore, Dictys pourrait très bien imiter ici Euripide (v. Fragmenta Wagneriana, Edit. Didot, p. 768).
Venons à Lycophron. Je commence par rappeler ma remarque de la page précédente sur ce qu'il y a d'étrange dans ce fait, que Lycophron soit cité par un latin du 4 6 siècle. Et maintenant, si nous passons en revue les exemples allégués par H. Dunger, nous trouvons qu'il n'y en a pas un de concluant. Dictys aurait suivi Lycophron en prenant Chœradas scopulos (6, 1) comme nom propre ; en racontant la mort d'Œnone et celle d'Ulysse frappé d'une lance armée d'une arête de poisson ; en faisant épouser Nausicaa à Télémaque ; et en ajoutant au catalogue des héros grecs les noms de Démophoon et d'Acamas. Le mot Xotpadeç est pris comme nom propre chez Thucydide (7, 33)
et chez Théocrite (Idyl. 13). Dans le ré:it de Ja mort d'CEnone, Dictys ressemble beaucoup moins à Lycophron, chez qui elle se précipite d'une tour, qu'à Parthénius (Erot. chap. 4). Pour la mort d'Ulysse il est encore plus difficile de comprendre le rapprochement tenté par H. Dunger ; car tout diffère. Tandis que Lycophron fait mourir ce héros chez les Eurytanes dans la ville de Trampya (v. 799), Dictys le fait tuera Ithaque. Il y a au contraire trois écrivains grec s, qui, sur le genre de mort d'Ulysse, parlent co/nrae est Nicandre (Thériac, 828-837), Parthénius* . 3) et Oppien (Halieut. Jiv. 2, 462-506). Pournger est-il allé chercher si loin ce qui était si près ? Quant au mariage de Télémaque avec Nausicaa, le voir chez Hellanicus (v. Eustathe, ad chez Aristote (Edit Didot, fr. 261, 6). Reste noms d'Acamas et de Démophoon. Dictys avait-il besoin de Xycophron pour avoir cette idée ? Elle a pu lui être suggérée par Pausanias (Phoc. 10, 25), ou par Parthénius (Erot. 16), ou par Plutarque (Vie de Thésée, § 32, 33, 34, Edit. Didot). Si je ne cite pas Tryphiodore (v. 177), ni Quïntus de Calabre (lib 13, 496-535-544), c'est qu'on n'est pas d'accord sur l'époque où ces deux poètes ont vécu.
Mais H. Dunger veut que Dictys ait utilisé jusqu'aux commentateurs de Lycophron. Nous ne prendrons pas la peine de le réfuter sur tous les points, car sa 43° page fourmille d'erreurs ; nous nous contenterons d'un exemple. Il s'agit de la guerre entre Ilus et Pélops H. Dunger, trouvant dans Tzetzès (ad Lycoph., v. 355) une courte mention d'une guerre entre Ilus et Tantale (remarquez bien ce Tantale, qui ne ressemble guère à Pélops), croit que Dictys a suivi ici, non pas Tzetzès qui lui est bien postérieur, mais un commentateur utilisé ensuite par Tzetzès. Est-ce que H. Dtinger ignore le passage où Pausanias (Corinth. 2, 22, 3, Edit. Didot) parle d'une guerre entre Ilus et Pélops (je dis Pélops et non Tantale) ?
ÀrHvoris à Ptoléméë Chénnus. It y a certainement des ressemblances entre lui et Dictys ; c'est une question dont s^eist déjà occupé Dederich (Préface de Dictys, p. 28). Mais on à exagéré le nombre de ces points communs. Ainsi il faut retrancher la fiction du tombeau entr'ouvert; qui comme je le montrerai (dans mon chap. 5), a été imaginée d'après le récit de la découverte du corps de saint Barnabe. Il faut retrancher aussi la guérison de Philoctète, qui n'est pas soigné par les mêmes personnes chez les deux auteurs. J'en dirai autant de la blessure faite à Achille par HSlénos, car cette unique ressemblance est perdue dans une foule de détails qui diffèrent complètement.
En ce qui concerne Philostrate, toutes les assertions d'H. Dunger sont fausses. 4° Dracontius (Carmen 9) qui pourtant n'avait lu ni Philostrate, ni Dictys, nous montre aussi Pelyxène accompagnant Prîam au camp grec. 2° Hygin (fab. 110), bien avant Philostrate, avait fait tuer Achille au temple d'Apollon Thymbréen. 3° Dictys, dans la lutte d'Oreste contre Ménélas, se rapproche beaucoup plus d'Euripide (Oreste), que de Philostrate (Héroic. 6, p. 705). 4* Homère (Iliad. 2, 653), Apollodore (liv. 2, 7, 6) et Diodore de Sicile(4, 32, 2—4, 36, l)font de Tiépolème le fils d'Hercule. D'autre part, comme tous les mythographes s'accordent à dire que Télèphe aussi était fils d'Hercule, pourquoi H. Dunger s'étonne-t-il que Dictys nous donne Tiépolème comme frère de Télèphe (en supposant qu'il le donne comme tel ; ce que je ne trouve pas)? Pourquoi aurait-il nécessairement suivi Philostrate ? — 5° Sur la haine de Dictys contre Ulysse, H. Dunger n'est pas d'accord avec lui-même: il l'a expliquée (p. 23) par l'intention de contrédire Homère ; il l'explique maintenant par l'imitation de Philostrate. — 6° Sur le sacrifice de Polyxène, il se trompe étrangement; car Dictys se conforme au récit de presque tous les mythographes (Eurip. Hécube, 518. — Lycoph. 323. — Ovide, Métam. 13, 448. — Hygin, ch. 410. —
Sénèque, Troj., 1126); tandis que Philoslratç s'en éloigne. 7° Sur le tremblement de terre de Crête, on verra plqs loin (chap. 5) quelle erreur ont commise tous ceux qui, comme H. Dunger, y ont trouvé une imitation de Philostrate.
Voilà les Grecs qui, d'après H. Dunger, seraient imités dans l'Ephéméris. Ensuite, il passe aux latins (1). Mais quoi! vais-je faire sur ceux-ci ce que j'ai fait sur les autres ? N'ai-je pas assez fatigué le lecteur par cette foule de menus- détails? Je lui fais donc grâce de toutes les remarques que j'avais préparées, sauf ^une qui tiendra lieu des autres, et qui est relative à la mort de Cycnus tué par Achille. H. Dunger voit dans cet épisode une imitation probable d'Ovide. Mais, puisque Dictys connaissait si bien la littérature grecque, pourquoi n'aurait-il pas lu ce récit chez Pindare (Olymp. 2, 146. Edit. Weise), ou chez Aristote (Rhet. 2, 22), ou chez l'Alexandrin Hégésianax (cité par Athénée, liv. 9, p. 392. Edit. de Gasaubon, 1598), ou chez le scoliaste de Théocrite (ad Idyl. 16) ?
Tout ce qui précède prouve que l'érudition d'H. Dunger a été beaucoup trop vantée, qu'elle est peu sûre et môme très insuffisante. D'ailleurs l'étude des sources de Dictys, qu'il avait tentée, ne pouvait pas aboutir à des résultats satisfaisants. H. Dunger aurait dû réfléchir à l'infinie variété des légendes, au grand nombre des mythographes perdus, à la liberté que chacun d'eux prenait avec les traditions mythologiques : il en aurait conclu que c'était une entreprise chimérique, que de vouloir marquer l'endroit précis d'un auteur ou Dictys avait pu prendre telle ou telle idée.
Dans le 5° chapitre (52-54), après un court résumé des
(1) Dans les programmes scolaires de Tannée 1886, on voit que H. Dunger est revenu sur un point particulier de son étude, sous ce titre « De Septimio-Dictye, Virgilii imitatore ».
quatre chapitres précédents, il nie cju'il y ait jamais e*u tiiie Ephéméris grecque ; demande qu'on cesse de regarder Biotys comme un bon guide en fait de mythologie ; et fixe le temps de Septimius entre celui de Philostrate imité dans PEphéméris, et celui de Syrianus, qui cite cet écrit, c'estt à dire, entre les années 250 et 400. Il resserre encore cet intervalle, en adoptant les deux dates (300-350) proposées par W. Teuffel (l ro édition).
§ VII. — Louis Havet (Revue Philologique, deux articles, en 1878, 1879),
J'éprouve encore ici, pour remplir mon rôle de rapport teur, le même embarras que tout à l'heure, quand j'avais à rendre compte des opinions de MM. Arist. Joiy et G. Paris, Ici encore, mon sujet m'oblige à critiquer un érudit qui fait admirer l'extrême activité de son esprit autant que ses vastes connaissances; un latiniste, qui, dé bonne heure, a vu sa réputation franchir les frontières de notre pays, et qui fait le plus grand honneur à la France auprès des savants étrangers. Malheureusement, dans la question qui npus occupe, il a été induit on erreur par tous les éloges prodigués à H. Dunger. Il Ta abordé avec des dispositions trop favorables ; et, sans avoir rien vérifié, il a joint sa voix» au concert de louanges, dont il ne s'était pas asses défié. Il a félicité H. Dunger d'avoir enfin vidé les débats sur Dictys, et surtout d'avoir fixé le temps où vécut ce faussaire entre' deux limites immuables, entre le temps de Philostrate et celui de Syrianus.
Ici, on voit bien que M. L. Havet connaît peu l'historique du sujet ; car en admettant que H. Dunger eût raison dans la fixation des deux limites, il ne serait pas juste de' lui attribuer l'honneur, tout l'honneur de ce résultat. D'autres, bien avant lui, avaient prétendu trouver chez Dictys
Visitation de. Philostrate. (Dederich, A^Âst. Joly),. et ,ei^5 Syriapji^unç citation de Diçtys (Fabricius, Sib. grœca, i> & 8, n^.p^riçh, : — : Arist. Joiy),: Ces trçis i#<ttç$ipi*s 49 f^^ç^.dell^ric^ et d'4. Jply. doivent 4jtre Gpiw*es49 quiconque écrit sur Dictys. Ep vpici »ne quatrième qu'on n'sst pas obligé de ; savoir, et qui est (lej. Meursiup (157^n £639), Elle se; rencontre dans l'ouvrage. « Çreta, Rhodus, Cyprus ». Amsterdam, — à la page 235, c Syrianusf in H^r-j
mogenem hi re twv Tpcowt&v etc. ». C'est donc à J.
Meursius, et non à H. Dunger, que devraient revenir les fctxmmaged de M» J»,Havet.i :. , : ■>-■''■;
Mais, hâtons-nous de le dire, il tùy avait lieu de rendre hommage à personne; il y avait simplement une erreur à corriger, erreur très excusable chez J. Meursius, Fabricius çt Dederich, qui n'avaient entre les mains que le teite d$ Syrianus, pjiblié en 1509, dans les Rhetores d'Aide (torn. 2), mais moins excusable chez Ar. Joly, H. Dunger et L. Havet, qui auraient pu consulter la collection des Rhetores Grseçi <Je Christian Walz (Stuttgard et Tubingue, 1833). Dans la. préface du 4 e volume, ils auraient pu voir qu'il y avait deux textes forts différents : 1° celui qui est donné par Aide ; 2° celui d'un manuscrit de Venise, qu'Aide n'a point connu. Le premier est dû à un professeur, qui, pour les besoins de son enseignement, a pris et résumé, pour chaque passage d'Hermogène, ce qui s'y rapportait dans les trois commentaires de Syrianus, de Sopater et de Marcellinus. Mais il l'a fait avec une rare étourderie (tantâcum levitate, dit Walz), se permettant des changements et des transpositions arbitrairçfs, attribuant à Syrianus ce qui était de Sopater, et réciproquement, etc., etc. Bref, son travail est qualifié par "Wàlz tyi : mot de farraginem. Le vrai texte de Syrianus et d^Soçater, c'est celui du manuscrit de Venise, qu'il met e^reggrd <jlu, précédent (page 43 du même tome). Or, ce, te^tcjvaultb^ntique, le seul authentique, porte le nom de Piffliéç au Jieu de celui de Dictys. Ainsi tombent toutes les.
argumentations fpndées sur œtte pr^tçndu^ citation .g$
Syrianus. .^ • "-.,:.• •:. v.-.v* i,- ^v
Est-il nécessaire maintenant d'examiner la oonséqueno^ que M* Havet tire du titre de Consularis donné $ RuUUu# RuCus avec le sens d'administrateur d'une province? Il tient de Léon Renier qu'on ne trouve d'exemple de l'en>ploj de cç ternie en ce sçns, qu'à partir de Constantin. ;l Sou$ Néron, la Crête et la, Cyrénaïque formaient une provins gouvernée par un proconsul. Ce n'est pas au lendemain de la substitution officielle du titre de Consularis, au titre de Proconsul, que Dictys a pu confondre l'un avec Tautre; ce n'est qu'après un certain temps. Cette ; remarque* permet à M. L* Havet d'abaisser jusqu'en 350 la limite supérieure placée par H. Dunger au temps de Philostrate. Gardons cette observation sur Consularis, avec la conséquence qui en découle. Seulement, s'il reste une limite supérieure, il n'y en a plus d'inférieure.
J'aime moins ce que M. L. Havet conjecture de trois, éditions successives de l'Ephéméris, la première ne comprenant que les 5 premiers livres avec la postface qui termine le 5 e ; la seconde ne contenant que le 6° livre avec l'épître dédicatoire ; la troisième comprenant les six livres avec le prologue et sans l'épître. Pour expliquer la suppression de l'épître dans cette édition définitive, M. L. Havet suppose que Q. Aradius était mort dans l'intervalle entre la 2 e et la 3 e édition. Plus tard un copiste retrouvant la 2? édition, aurait transcrit l'épître « dans un blanc » en tête de la troisième. Telle est l'hypothèse, assurément très compliquée, de M. L. Havet. Je crois qu'il aurait mieux valu ne donner aucune explication.
§ VIII. — H. Haupt « Darès, Malalas et Sisyphos » Philologus, 4884.
J'avoue franchement que je n'ai pis lu et que je ne veux
pas lire ce livre. J'ai été édifié en quelques instants, sur sa valeur scientifique par ce résumé que j'ai trouvé dans la Revue de Philologie, 1882, p. 158 : «La description des héros et des héroïnes homériques dans Darès et Malalasf offre des ressemblances si considérables qu'elles ne peuvent s'expliquer que par la connaissance que l'un des auteurs avait de l'autre, ou par l'emploi d'une source commune. Cette source est Sisyphos de Cos, qu'on peut considérer comme l'inventeur de ces portraits. Darès ne se sert de Sisyphos que subsidiairement II est souvent difficile de distinguer dans Malalas ce qui appartient à Dictys et ce qui appartient à Sisyphos ; il semble du reste que de ces deux auteurs eux-mêmes, l'un ne soit qu'un plagiaire de l'autre *. Il y a des problèmes qu'il est sage de ne pas aborber : ce sont ceux dont les données sont évidemment si insuffisantes, qu'elles ne peuvent conduire à aucune solution. Tel est le problème que se propose ici H. Haupt ; tel est encore celui de ce savant d'Allemagne, qui recherchait pour quelle part le père et la mère de notre Villon étaient entrés chacun dans la composition du sang de ce poète.
§ IX. — RÉSUMÉ DES OPINIONS EXPRIMÉES DANS CES 17 DERNIÈRES ANNÉES. — OBSERVATIONS.
En ajoutant aux noms précédents ceux de F. Meister et de Will. Teuffel, dont nous n'avons point parlé à part, on pourrait résumer ainsi tous les travaux récents.
Tous les érudits, sauf Kôrting, regardent Dictys comme un latin. Seul Kôrting veut que ce soit un grec du 2« siècle. Tous le placent au 4 e siècle ; car Kôrting lui-même pense que le traducteur de PEphéméris vivait vers l'an 400. Sur le prologue et l'épltre, on est moins d'accord. Nous voyons reparaître chez Arist. Joly et F. Meister l'ancienne opinion de Jos, Mercier, qui attribuait le prologue à Septimius et
l'épitre à un copiste. Mais H. Dunger, W. Teuffel et L. Havet admettent tous les trois que ces deux morceaux, malgré leurs différences, sont de la même main, et notf* viennent de Septimius. Toutefois ils se séparent bien vite pour le reste. Selon H. Dunger, le prologue serait la pré» face du prétendu original grec , et répitre serait la préface du traducteur Septimius. Selon W. Teuffel, il y aurait eu deux éditions de Dictys, Tune avec le prologue en tête, l'autre avec l'épître et sans le prologue. M. L. Havet (v. p. haut, page 56) admet trois éditions, la l re comprenant 5 livres sans êpître ni prologue, la 2* comprenant le 0° liv. seulement avec l'épître, la 3e contenant les 6 livres avec le prologue. Au fond , l'opinion de H. Dunger est celle d'Obrecht, de Périzonius, de Fabricius, etc., etc., appropriée à cette hypothèse qu'il n'y aurait pas eu d'original grec.
Grand désaccord aussi sur les portraits. Ar. Joly veut qu'un Byzantin ait introduit dans l'Ephéméris de Dictys les portraits pris à Darès. Ch f Wagener croit que Dictys avait fait des portraits fort différents de ceux de Darès, qui ensuite auraient été enlevés de l'Ephéméris par Matelas. H. Dunger eslime au contraire que l'Ephéméris n'a jamais contenu de portraits , et que Malalas a imaginé les siens.
On n'est pas d'accord non plus sur Darès. Tandis que Kôrting et G. Paris veulent qu'il y ait eu un Darès grec beaucoup plus étendu, tous les autres soutiennent qu'il n'y a jamais eu d'autre Darès que celui que nous avons. Presque tous le rapportent au 6 e siècle ; Arist. Joly le placerait peut-être au 4 e ; G Paris fait remonter l'original grec au 3% mais place le traducteur au cinquième.
Darès a-t-il utilisé Val. Flaccus, le Pseudo-Pindare et Dictys ? H. Dunger l'affirme , mais Kôrting et Ch. Wagener le nient ; celui-ci veut même qu'il ne se soit jamais servi d'Homère. Nous venons devoir que les portraits de Darès, selon Ar. Joly, auraient passé dans l'Ephéméris de Dictys %
et de là chez Malalas et les autres Byzantins, Mais Ch. Wage- #er proteste . contre cette assertion ; -et repréèfenfcè *qùe lés portraits des Byzantins n'ont rieD.de commun avec ceux 43,D$rèB
. Qn yoit; quelle est la diversité des opinions , des contemporains. On n'est vraiment d'accord que sur un point, la date de l'Ephérnéris, qu'on place au 4 f siècle. Eh bien 1 sur ce point môme je déclare qu'Ion se trompe , et je le prouve d'un mot : Dictys fait une allusion précise à un lait qui s'est produit à la fin du 5° siècle. C'est ce que je montrerai dans le chapitre suivant. Mais cette seule remarque rompt l'accord qui s'était fait sur la date de PEphéifléris.
Maintenant qu'en exposant et en discutant les opinions des autrçs, j'ai fait disparaître le témoignage de Syrianus, je voudrais rappeler une observation que j'ai faite plus haut (page 18), c'est que Dictys est cité non point par les Latins, mais par les Byzantins, et cela à partir du 9* siècle seulement ; que Darès n'est pas connu des Byzantins, qu'il n'est cité dans notre Occident qu'au 12 a siècle ; mais qu'un de ses manuscrits remonte au neuvième. Or tout cela ne peut être expliqué par les hypothèses que nous avons passées en revue. Remarquez que pas un des chronographes remontant jusqu'à la guerre de Troie, tels qu'Aurélius Victor, Cassiodore, etc.; que pas un des mythographes, tels que Fulgence, Lactantius Placidus, etc. ; que pas un des commentateurs des poètes, tels que Servius, Macrobe, etc.; que pas un des biographes d'Homère, tels que le Pseudo-Plutarque et les deux anonymes cités par AJlatius (de patriâ Homeri, pages 36 et 38) ; que pas un des chercheurs érudits et crédules, tels que Pline l'ancien, etc., ne dit mot de Dictys et de Darès. Pourtant la vogue des légendes troyennes était immense. Je ne puis absolument pas comprendre pourquoi au 6 e siècle Cassiodore, par exemple, qui dans sa chronique remonte jusqu'à Enée et au sac de Troie,
n'allègue pas, comme ont fait plus tard les chroniqueurs, du moyen âge, l'autorité de Dictys ou de Darès, s'il les connaissait. Si d'autre part, Cassiodoreet Fulgenee nfe connaissaient pas nos deux faussaires, qui donc les, connaissait au; 6" siècle? Ceux-ci avaient-ils déjà fait leur supercherie?. Je crois que les savants de notre temps n'ont pas remarqué ce
côté de la question.
l\ me r$ste à exposer mon opinion personnelle» Je parle-: rai d'abord de Diclys et ensuite de Darès. Quand, il me faudra donner des arguments déjà présentés avant moi, je me contenterai de les resserrer en quelques mots.