‹ Étude sur ÉpictèteChapitre 11 sur 24 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Entrée dans l'école : conditions requises pour donner et recevoir l'enseignement.

Bien qu'Épiclèle ait évidemment une connaissance approfondie des doctrines de ses prédécesseurs et que les termes techniques reviennent à chaque instant dans sa bouche, il n'est pas moins évident que l'enseignement dogmatique est loin d'être pour lui la partie capitale de la philosophie. Soyons certains qu'Arrien, en recueillant exclusivement les causeries familières, a recueilli ce qui avait le plus de prix aux yeux d'Épictète, et que le choix qu'il a fait indique les préférences de son maître autant que les siennes. L'enseignement philosophique n'a plus, à cette époque , le même caractère qu'au temps où les grandes écoles fondaient, chacune de son côté, de vastes systèmes, qu'elles défendaient jalousement et opposaient avec âprelé aux systèmes contraires. Les polémiques entre écoles rivales, sans avoir entièrement cessé*, ont perdu leur violence; le dogme est considéré comme établi; on s'attache moins aux recherches théoriques , aux déductions rigoureuses, aux discussions abstraites qu'à la direction mo- . raie. Au lieu de poser de savants problèmes, on donne des préceptes de conduite et on en surveille l'application. Dès

« Cf. l** parUe, cli. ii, p. 41-42.

lors la personne du maître prend une importance considérable, et sa méthode a la valeur d'un système; d'autre part, la propagande morale varie avec ceux à qui elle s'adresse. L'enseignement de Sénèque rappelle celui des directeurs de conscience du xvii« siècle, qui mettaient leur doctrine et leur expérience au service de quelques âmes ' choisies. DionChrysostome ferait plutôt penser à ces moines mendiants qui allaient, de contrée en contrée, évangéliser la multitude. Entre eux se place Épictète, dont l'école donne l'idée d'une sorte de séniinaire , où se trempent, dans la retraite et l'exercice, de jeunes hommes destinés à rentrer dans le monde et à lui offrir leur conduite en exemple. Il faut le voir à l'œuvre au milieu de cette jeunesse.

Avant tout, demandons-nous ce qu'il pense lui-même de son rôle et de ses fonctions. Pour donner un tel enseignement, — comme aussi pour être admis à le recevoir et être capable d'en tirer profit, — certaines conditions sont requises. Or il a pris soin d'indiquer l'idéal qu'il se fait d'un professeur de morale. S'il n'a pas tracé là son propre portrait, trop modeste pour croire qu'il réalisât la perfection, on sait du moins à quel modèle il s'efforçait de ressembler.

Le métier d'éducateur de la jeunesse est pour lui un des plus beaux, et aussi un des plus difficiles qui soient au monde. On sait quelle haute idée Cicéron se faisait de l'orateur et de son rôle dans la société ; aussi exigeait-il de l'homme qui ambitionnait ce titre une science à peu près universelle et lui imposait-il encore mainte autre condition avant de l'en juger digne. Épictète se fait du philosophe — j'entends de celui qui ne se contente pas d'aimer personnellement la sagesse, mais qui l'enseigne aux autres — une idée plus haute encore. Entre le rôle de l'un et celui de l'autre, il y a la différence d'un ministère à un sacerdoce.

Avant d'enseigner, il faut savoir : or l'art qu'enseigne le philosophe ne s'apprend pas en un jour. Une préparation sévère est la première condition qui s'impose àlui^

1 Èpicièiet Entretiens, IV, vin 6etlo.

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