CHAPITRE II
La doctrine d'Épictète
Les chapitres décousus dont se composaient les cahiers d'Arrien paraissent, on vient* de le voir, se prêter mieux qu'un traité dogmatique à Tétude de l'enseignement et de la personne d'Épictète. Et pourtant il faut commencer par essayer d'en extraire les principaux articles de sa doctrine, et de les présenter précisément dans cet ordre méthodique dont l'absence n'est pas le moindre charme des Entretiens, L'auteur des Moralistes sous l'Empire Romain^ à propos de Marc-Aurèle^ désapprouve l'idée de reconstituer uo système de morale avec des pensées éparses. A quoi bon, eo effet, dit-il, lorsqu'il s'agit d'un homme qui n'a rien inventé ni rien discuté dans l'enseignement reçu de ses maîtres, qui se croit en possession de la vérité et dont l'esprit est rarement traversé par un doute sur le fond même du stoïcisme? C'est faire tort à Marc-Aurèle, ditil ailleurs, que de rajuster en un corps de doctrine ces pensées décousues et de faire de ces libres et paisibles effusions un sujet d'érudition et de controverse ^ Ces mots peuvent-ils s'appliquer à Êpictète? Outre qu'on a bientôt fait de dire qu'il a reçu toute faite la doctrine de ses prédécesseurs, une différence essentielle est à noter ici. Marc-Aurèle se bornait à méditer, et « ces libres et paisibles effusions > étaient sans doute la seule forme que