‹ Étude sur Eustache des ChampsChapitre 12 sur 77 · LA JBUNESSE DE DES CHAMPS · texte numérisé non relu

LA JBUNESSE DE DES CHAMPS

Il ne set (sais) rien, qui ne va hors ! *

Jusqu'où l'a mené pourtant cette liumeur vagabonde et curieuse ? pas plus loin, soyezen sûr, que ne l'exigeaient les obligations de son emploi*. Celui qui témoigne si peu de

^ Mam., 358.

* Des Champs alla-t-il en Angleterre ? Il est difficile de répondre affirmativement. Je note pourtant la pièce suivante, comme se rattachant à l'idée d'un voyage outre- Manche :

Adieu vous di, bois, rivière et païs,

DesduU de chiens, d'oiseauls et de voler (chasse au faucon) .

Adieu, frois (frais) vins, dames qu'on doibt loer,

Adieu la terre où l'on puet reposer.

Douce eaue aussi, adieu ; trop me fait mal

Quant je vouslaiz (laisse) ^ pour éprendre à humer :

Dès or me faut boire à un vermical (bocal, cruche) .

— Adieu, mol lit, adieu, piteux regars ; Adieu, pain frais que Ton souloit trouver ;

Il me convient porter honeur aux lars (lard) . . .

Il me convient auls (ail) etsecuit (biscuit) rifQer (avaler).

Et chevauchier un périlleux cheval (la mer).

Voirre (verre) n'arai ne tasse pour trinquer (boire) :

Dès or me faut boire à un vermical.

— Mais, qui pis est, j'orrai (j'entendrai) de toutes parts En ces vaisseauls bruire la haute mer,

Frapper ces gens et escrier ces gars

L'un mettre à bord, l'autre desgosiller (vomir).

L'un dessus l'autre, et venir et aler,

Et soi bouter en soute et fond aval

Pour le {à cause de) tempest ; c'est au (il y a de quoi) désespé-

Dès or me faut boire à un vermical. [rer :

— Princes veuilliez aux fourriers commander Qui (qu^ils) me logent ou (au] palais principal, C'est en pouppe ; car, pour moi condempner,

Dès or me faut boire à un vermical. (Man.t 210, col. 2).

Les vers qui suivent, sur l'aspect des côtes d'Angleterre, pourraient sembler contenir une impression personnelle -.

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goût pour la mine rébarbative des hôteliers de Bohême n'est pas homme à chercher les dangers inutiles. Un Champenois a l'esprit plus positif et le caractère plus rassis. Il ne s'en va pas, à la manière des chevaliers errants, d'un Jean de Bohême ou d'un Boucicaut, guerroyer sur les bords de la Vistule, et, à peine sorti des prisons du Soudan, faire campagne en Frise ou en Islande. Ces folies sont bonnes pour la jeune noblesse* Ne voyez-vous pas qu'il s'amuse, quand il vous conte les mille épreuves qu'il eut à soutenir ' , esclavage chez les Sarrasins en Syrie, naufrage, rencontre de brigands, pierrierset canons battant en brèche le château-fort qui lui sert de refUge, mine éclatant sous les pieds de l'assiégé ! U en dit trop pour être cru.

Mainte falise (fataiêê) a (elU tf), tar la mer posée. Haute et blanche, dont (jirâeê ûuwpiêllêi)^ mainte r^on La puetvéoir ; ponr ce ainfi {Àliiôn) fût nommîe.

* V. Crap., 100.

CMPIIBE ly

DftS CHAMPS A LA GODR DB QUABlinS V.

Il parait qtie les talonts de ded Champs comme < ambassetir et messagier » ftirent appréciés, car un titre plus honorable M flit donné, au moment même où la mort de la duchesse de Milan lui enlevait une de ses proteo* trices (1372). Le roi Charles V l'attachait à sa personne en ({ualité d'huissier d'armes. Cô n^étaitplus seulement un emploi, c'était un office, et des plus considérés. L'huissier d'armes portait la masse devant le prince ; la nuit, il couchait en travers de la porte de la chambre royale : le jour, il en défendait l'entrée . A la guerre, il avait son logement près des quartiers du roi, privilège fort envié et très-disputé, comme nous l'apprennent un peu plus tard les

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doléances de des Champs ^ . Charles Y, le moins belliqueux des princes, n'imposait pas à ses huissiers un bien rude service. Sa faible santé, ses goûts de retraite et d'étude, ses habitudes de vie sévère et presque monacale, s'accommodaient peu des voyages. Il ne quittait guère son bel hôtel Saint-Pol, sa Tour du Louvre et sa Chambre des Livres que pour l'agréable séjour de Beauté sur Marne ; c'était sa résidence favorite pendant l'été. Des Champs dut l'y suivre plus d'une fois. Il a vivement ressenti l'impression de ce paysage si frais et si cahne « au gentil mois de mai », quand le rossignol chante ; il a célébré ces prairies, ces jardins c déduisables », ces grands viviers, ces parcs, ces garennes où viennent s'ébattre < daims ■ et c conins » (lapins) ; au centre, le haut donjon sévère, qui garde au loin les € détroits • , et fait souvenir que ce lieu de .délices est aussi

Huissiers d'armes fut jadis noble estai

A court royal, dont Fen (on) ne fait plus compte ;

Près du seigneur furent ; mais sur le plat (mi plaine)

Les envoi on logier. Si le roi monte,

Ils n'ont cheval ne valet : c'est grant honte. • . .

Estre deussent, de quoi Je me débat,

Près du seigneur, quant il monte ou desmonte . . .

Pour li servir ; mais chascuns les seurmonte :

L'en leur oste leur drois de jour en jour.

(GfliLP.^ 101).

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