DES CHAMPS A LA COUR DB CHARLBS V
dits et des sages pensées que des grands coups d'épée^ il a le goût des conversations sérieuses et des hommes instruits. Il les fait « quérir * partout ; il les réunit autour de lui à Vincen* nés, à Saint-Pol, aux Célestins. U ne leur impose aucune contrainte gênante en retour de sa faveur, et prend soin lui'-méme de les avertir « que son inclination n'est mie à flateries mensongères oïr, mais enserchier les points de vérité et de vertu ^ > . Il montre une grande déférence pour l'Université de Paris ; il mande souvent c le recteur, les maistres et les dercs solennels... pour oïr la dottrine de leur science », et user de leurs conseils dans l'ordre des choses de l'esprit. U a témoigné dès sa Jeunesse un goût déclaré pour les œuvres de l'antiquité profane, en particulier pour les ouvrages de philosophie et de morale. Tous les matins, après l'office divin, il lit dévotement la Bible; mais ses lectures pieuses ne l'empêchent pas de prendre un vif plaisir aux livres d'Aristote ; Nicolas Oresme avait traduit < par » son c commandement » l'Ethique, la Politique^ le Livre du Ciel et du Monde. Ses c translateurs t lui avaient fait connaître bien d'autres
* Ghrut. db Pman (Coll. PbtxtoTi l'* •.» t. s).
ouvrages. La traduction de Tite-Live, commencée par ordre du roi Jean, et continuée sous les yeux de Charles V, celle de Salluste et de Suétone, ceUe de Végèce refaite, montrent à quel point sa curiosité était vive et pénétrante. Tandis que son avocat-général Raoul de Presles lui traduisait la Cité de Dieu de saint Augustin, Jacques Beauchamp lui rendait le même service pour Sénèque, Simon de Hesdin pour Valère-Maxime * .
Le roi consacrait à des lectures instructives les loisirs que lui laissaient les affaires; il n'avait pas peur qu'on le raillât de son goût pour les lettres : il le propageait autour de lui . Nous aimons à nous le représenter entouré de ce cortège de traducteurs, d'écrivains, de légistes, avec lesquels il s'entretient familièrement, laissant tomber de sa bouche les mots sensés, les réflexions judicieuses, les graves leçons*. Le voilà donnant audience à son chancelier Pierre d'Orgemont, qui vient lui communiquer, à mesure qu'il les compose, les faits de l'histoire de son règne : ces pages seront insérées dans le recueil des Grandes Chroniques de Saint-Denis. Voici venir maître Jean
* EisU lUt., XXI V, p. 181, sq. q.
* V. Ch. db Pisan.