‹ Étude sur Eustache des ChampsChapitre 15 sur 77 · DES CHAMPS A LA COUR DE CHARLES V · texte numérisé non relu

DES CHAMPS A LA COUR DE CHARLES V

Desmarest, l'habile et intègre avocat général, à qui sa ferme opposition aux empiétements de l'Église commence à faire des ennemis. Voici Raoul de Presles, avocat du roi en Parlement, comme Desmarest, et qui rédige, à l'usage des lettrés, un manuel du Gouvernement Politique*, expression fidèle de la pensée du roi lui-même ; voilà le vénérable et naïf Philippe de Maizières qui, après une vie semée de traverses et d'échecs héroïques au service du roi Jean, avait trouvé, à la Cour du roi son fils, l'accueil le plus honorable ; il devait, avant d'entrer dans sa retraite des Célestins, faire encore une fois acte d'adhésion manifeste à la politique des rois contre l'Église, en écrivant le Songe du Vergier. J'ai nommé le savant Nicole Oresme, récompensé par l'évéché de Lisieux de ses traductions d'Aristote; il survécut deux années à celui qu'il avait pu un instant appeler son élève. Et combien d'autres personnages recommandables par le caractère et la science, depuis le premier président Arnaud de Corbie jusqu'au dévoué chambellan Bureau de la Rivière, l'ami, plus encore que le serviteur du roi son maître ! Ce sont là des gens graves, de

' Compendium morale de Repuhlira.

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sens rassis et d'âgée mûr. Si ron voulait trouver une société plus bruyante, plus occupée de jeux, de fêtes, de chasses, de galanterie et de plaisir, il faudrait la chercher à Bicétre, dans cette maison princiôre où le duc de Berri prodigue Tor, Plus sévère est la Cour du roi Charles V : un ordre parfait préside aux ré* ceptions, qui ne laissent pas d'être fréquentes et nombreuses.

Des Champs» sans être au premier rang de ceux que leurs fonctions approchent du roi> n'est pas non plus perdu dans la foule. Quelques ballades» où il se fait avec justesse et à propos Tappréoiateur des événements du jour, où il célèbre ces vaillants princes du sang, ces nobles barons, ces preux chevaliers, les Bourbon, les Couci, les Sampy, les la Trémoille, les Sancerre S tous ces illustres seconds de du Quesclin, lui valent une sorte de notoriété. Il a l'œil ouvert aux campagnes qui se poursuivent contre l'Anglais en Picardie, en Normandie, en Guienne, ou qui, par d'heureuses diversions, entraînent les c routiers » hors du royaume*. Il conunence^ peut-être à l'instigation

' Tarb., h 11* 13, 33 et pass.

* Tarb., I, 25.

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du roi, ce « livre de mémoire * » où il doit, trente-deux ans durant, consigner < l'histoire • du sage roi et les % prouesses 9 de son bon connétable ^, Les marques de la bienveiUance royale viennent le trouver. En reconnaissance des bons services rendus par des Champs à < ses oncle et tante d'Orliens, » et à sa sœur, en Lombardie, le roi lui assigne une pension viagère ^ur la recette de Vitry ^. Dès la naissance de son fils Louis, comte de Valois» il l'avait attaché, en qualité d'écuyer, à la personne du jeune prince. Des Champs dut recevoir au même moment (vers 1372), la charge de Bailli de Valois, car il en prend le titre en diverses pièces antérieures à 1380 ; il est en outre investi de la maîtrise des Eaux et Forêts pour la circonscription de Villers-Cotterets, en Valois.

C'est une époque fortunée dans la vie de des Champs : les soucis viendront plus tard. Il partage son temps entre les affaires du roi et les siennes, entre les travaux et les réunions joyeuses. Un jour, il tient à Crespy les assises de Valois ; une autre fois, les soins de l'admi-

* Crap., 110.

* Ce livre est perdu.

' Grap., 41.

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nistration forestière du Comté ramènent à Vîllers-Cotterets ; il va, il vient, de la Ferté-Aleps à Gournay, de Gournay à Epernay ; il est à Vitry, il est à Vertus. Il a partout des relations, des rendez-vous. Une absence, une maladie, un incident de voyage, un contre-temps, un envoi de vin à des amis, une anecdote à conter, une communication burlesque à la Société des Fréquentants de Crespy ou des Bons Enfants de Vitry, voilà les sujets qui font pétiller l'esprit du poète et le mettent en verve. La Muse de des Champs est d'abord une muse bachique : c'est sous la bannière de la « baboô * » (bouteille) qu'il fait ses premières armes.

* Tarb., I, 157.

CHAPimE V

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