CAMPAGNES DE FLANDRES
les brigands ! Chevaux « aumaille » (gros bétail), draps de lit, robes, ils prennent tout. L'un d'eux m'a voulu battre ; je lui demandais de l'argent ! Puisse-t-il n'en pas revenir un seul • ! — Voilà les vœux qui accompagnaient l'expédition vers l'Allemagne .
Mais le jeune roi, qui rêvait d'Alexandre en allant conquérir Juliers, ne pouvait entendre les plaintes des paysans rançonnés^ ses sujets pourtant. Sa propre armée n'était pas assurée d'avoir des vivres et de bons campements. Des Champs compare le prince en campagne à une « geline » (poule) qui couve « à grande fatigue » ses poussins, pour les garder
Tant de huas [milans) comme de la froidure *.
et il conclut :
Donc, tous princes qui mène gens en guerre
Semblablement son ost (armée) avitailler
Et si leur doit toute seureté q;uerre {procurer).
^ Jà (jamaù) piet (un seul pied) n'en puist-il retoarner !
{Jfan.y 110, col. 2).
Cette locution proverbiale se retrouve dans Benoit de Sainte* More:
Quar Jà n*en (Paris et ses compagnons) eschapast piez.
(R. de Troie, y. 22153).
• CiUP., 67.
Dss C. 9
130 ÉTUDE SUB EdSTACHE D^S CHAMPS
Cette ballade, qui résume les devoirs d'un vrai capitaine, est la critique la plus complète de Tincurie, de la légèreté, de la présomption du roi et des chefs de Fentreprise, Le retour fut une véritable déroute S L'armée faillit se noyer dans les cours d'eau débordés, et s'engloutir dans la boue des Ardenn^g. Le roi revint à Reims furieux, et, de colère, congédia ses oncles *.
Campagnes d'hiver , campagaes 4'été , marches, combats, assauts et sacs de villes, des Champs avait vu de près la guerre, et c^ spectacle l'avait rebuté. Témoin deg; pilleries des gens d'armes, il avait fait lui-mônqie par nécessité ce que tout le monde faisait autour
* Voici un soaveiiir de cette retraite, pendant laquelle des Champs fut pris un jour par des routiers allemands, des mains desquels, fort heureusement, on le tira :
Et si (je) ferai un grant cierge allumer Gom pèlerin à la Vierge Marie, Droit k Paris, après mon retourner. . • .
Si Dieux et 11 (elk) vuelent sauver ma vie.
Et que je puisse à honeur revenir Avec le roi, c'est ce que je désir, [de Véti)
De la ducÛé de Guérie, ains cest esté, \fliWK\ h fi» Et eschiver d'hiver la povreté.
Le guet de nuit et la dure froideur.
Je voue à Dieu, se je suis retourné.
Qu'à ma Dame donrrai {je donnerai) chapel de flour.. .
(ifa«|.. 10, col. t)-
' C'était I9 iw da Bourgogne qui l'avait entraîné en Allemagne.
Campagnes db Flandres 131
de lui. Les villes peuvent le plus souvent fermer leurs murs ; mais les bourgs, les villages, le plat pays sont livrés à la discrétion des soldats : on n'entend pas les cris des paysans. Le pillage est interdit ; les hommes d'armes doivent se contenter de leur solde • , et payer tout ce qu'ils prennent en pays ami : ordre dérisoire ! les chefs sont les premiers à l'enfreindre. Et voilà pourtant ce qu'on appelle < quérir honeur! »
Dieu 1 quel honeur en desboneur tourné !
n se dûnpne qui tele guerre suit I
s'écrie le poète *, et nous lui savons gré de son indignation.
Il a comparé bien des métiers :
Mais, entre tous, le pire et plus pesant
Pour ape et corps, selon m'intention, [mon opinion)
Est gucrroier, qui va tout destruisant :
Guerre mener n'est que damnation.
Voilà un jugement rigoureux : il ne paraîtra pas trop sévère. Les campagnes de Flandre et d'Allemagne montrent à quel point la disci-
' Rel. de S,'Denit, IV.
' Man,, 15.
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pline faisait défaut dans les armées féodales. L'entreprise avortée de 1386 montre combien le sentiment de l'honneur national manquait aux chefs et aux soldats.