LA COUR SOUS CHARLES VI
boire : ils se couchent quand ils sont ivres. Des Champs se sent dépaysé à la cour : on y cultive tous les vices dont il a horreur : qui « jingle » (calomnie), qui fait le fanfaron^ et « se fourre » magnifiquement, est assuré d'y réussir * .
Si ce tems tient, je deviendrai hermite ',
s'écrie-t-il ; comme un nouveau Timon, comme Alceste, il ira
Quérir lieu désert pour demeurer.
Que de fermes propos de retraite semblables à celui-ci !
Puisque je voi que servir longuement [appréciés) ,
Et faire bien n*ont pas de cognois^ance [ne sont pas
Que promesse mue soudainement,
Et que vouloir (eapriee) fait nouvelle ordonnance
Sans regarder qui a foit mal ou bien,
Que li bons pert (périt) et li chétis [méchant) s'advance.
Je ne vueil plus fors que vivre du mien. . . '
D'autres fois, il s'exhorte à la patience :
* On tient vaillans qui se set bel armer. • . Honourés est qui amasse finance. . • Sage est tenu qui se set bel fourrer.
* AfiM.,13.
i58 ÉTUDE SUR EUSTACHE DBS CHAMPS
Il faut prendre le tems si comme il ett '.
Il forcera même sa nature jusqu'à rimitation :
Faire convient g {aree) les pors le pourccl. . . G les corbauls font l'aire le corbel. . .
O les reuars renarder ensement. . . '.
D'ailleurs, à quoi bon prêcher? c'est vouloir « prendre les asnes ù la glu » , c'est « battre l'eau avec un pilon », c'est labourer un champ « avec ses ongles » .
Veus-tu faire {rendre^ les loups innocens.
Et que les eufs soiépl velus ?
Veu8-tu les petiLs faùe graos, Et les stfges des ma^o.nts. . . ?
Aulant vaul le vent d'un soufflet * On t'oit (entfnd) biea : c'est tout. . .
Il s'aperçoit qu'on l'écoute avec moins de patience : on commence à lui faire un crime do la liberté de ses propos *. On cherche à le desservir. Sa fortune, si modeste qu'ello soit, a éveillé Tenvie. Il répond aux jaloux ^ :
' Man., 12.
* Man. , 22.
' • Chantei à Tesne, j} vow fera des peta > diHl ailleurs.
(MBm., »).
Aucun dient qae je rai trop bardi, Bl que Je parle un peu trop largement. . •
(Mon., 106)« " Mon., 196.