‹ Étude sur Eustache des ChampsChapitre 37 sur 77 · LA COUR SOUS CHARLES VI · texte numérisé non relu

LA COUR SOUS CHARLES VI

Ne TOUS chaille de ma vie. . .

Mon bien ne vous gône mie.

Ni mon sens ni ma folie

N' amenrit (amoindrit) vostro valeur {wtre eapêcit/) ;

et il lance quelque vive satire contre les modes ridicules de la jeune cour S ces « surcots »

bigarrés', ces longues manches < à chalumeaux », qui pendent à terre, ces hauts-dechausses collants, ces souliers à bec, ces chaperons tailladés et rabattus jusqu'aux talons ^, Croient-ils valoir mieux que leurs pères, ces beaux damoiseaux, ces jolis servants d'amour^, dont la prouesse consiste à se tenir t fermes en selle* » et à « bien faire de la lance* » ?

L'irritation de des Champs est d'autant plus vive qu'il est lui-même peu satisfait de sa fortune. Il se plaint des volontés changeantes des princes, de leur ingratitude, de leur manque de foi. Il déplore amèrement l'inutilité de ses peines. Tous ont fait leur cueillette dans le « verger » royal "^ : seul il reste les mains vides.

' Tarb., I, 139.

* Ib., ib.

* CiULP., 106.

' Ib., ib.

« Ib., ib.

' Tarb., I, 124.

Et quelle existence que la sienne * I Se coucher tard et se lever tôt, subir tous les caprices, s'humilier devant le « félon » qu'on méprise, faire bonne mine à des gens qu'on déteste, voilà le lot d'un « ofl3cier » à la cour'! Aussi, quel profond dégoût, quelle intensité de mépris et de haine dans les vers qui suivent !

Dix et sept ans ai au Satan seiri *, Au monde aussi et à la char pourrie,

* n ne la conseille à personne :

Ne doit chaloir à homme qui sens a

Et qui set art lun métier), d*estat royal suïr (iuivre) ;

Car li riches com le povros mourra, [maiire) .

Et si (aussi) fait bon sa franchise ensuïr (vivre son

Qui sert à court, il ne fait que fu!r

Puis ça puis là, et vit à grant dangier :

Il fait trop bon son pain en paix mangier. . •

{Man,, 208. c. 3).

* — Cils qui ait set, par jour (chaque jour)^ en ouvrera ;

Qui (instruit) sages est, son sens le doit chevir (faire

Se (si) il a propre (du bien à lui), il 8*en gouvernera ;

Et chascuns d'euls se pourra enrichir

Sans graiit péchié, reposer et dormir [changier.

Quant nuit sera, sans son estât {son train de vie)

Et sans débat ; pour ce vueil (je veua) soustenir :

Il fait trop bon son pain en paix mangier.

— S'il vit à court, sa vie abrégera ;

Car comme serf faut aler et venir,

Matin lever et trop tart se couchier,

Et si le faut parjurer et mentir,

Trair derrière, et pardevant blandir,

Estre flateur, tralstre, losengier [insulteur) ;

Pour ce conclu, et pui bien maintenir :

Il fait trop bon son pain en paix mangier.

(Man., 208, c. 3. V. aussi Crap., «).

LA COUR SOUS CHARLES Yl 161

Oublié Dieu, et mon cors asservi

A celle court, de tout vice nourrie * . .

L'âme se ruine dans cet « enfer », après le corps. C'en est fait ; il n'en veut plus :

Adieu, court, je te laisse.

Trop m'a tenu;

Qnand il écrivait ces lignes, il venait sans doute de recevoir sa nomination au Bailliage de Senlis, février 1388 (1389). Il faut suivre des Champs dans ces nouvelles fonctions qui, sans l'éloigner absolument de la cour, rendaient pourtant ses absences plus prolongées et plus fréquentes.

' Crap. 10.

DB8 c. 1i

Page 1