‹ Étude sur Eustache des ChampsChapitre 54 sur 77 · DERNIERS ÉVÉNEMENTS · texte numérisé non relu

DERNIERS ÉVÉNEMENTS

mort, selon toute vraisemblance, le surprit à temps, et lui déroba la vue des derniers désastres, de ceux qui durent sembler irrémédiables. U ne vit pas, durant les tristes années qui suivirent l'assassinat du duc d'Orléans, la France s'agiter sans trêve au milieu des factions en lutte, les provinces soulevées, l'Ile de France, la Champagne, l'Orléanais livrés en proie aux violences des Bourguignons et aux attentats des Armagnacs, l'Université, essayant vainement de s'interposer entre les princes, et finissant par se diviser à son tour et par laisser le champ libre aux factieux, les traités entre les partis aussitôt rompus que signés, Paris se remettant soas le joug des bouchers pour échapper aux fUreurs des brigands du midi, la désolation des campagnes et le pillage des villes, les supplices, les massacres se succédant sans relâche, et les exécutions amenant de plus atroces représailles, l'épouvante et la terreur devenues Tunique moyen de gouverner, la seule puissance reconnue des hommes, deux partis enfin marchandant tour à tour l'appui de l'étranger, jusqu'au moment où la défaite d'Azincourt livre à la discrétion du roi d'Angleterre la France déshonorée, meurtrie, et se déchirant encore de ses propres mains.

OHApmiB iTm

ut « PICT DU l^YON ».— LE <C MIROUSR DE MARIAQS )>. — DES CHAMPS IMITATEUR DE JEAN DE MEUNQ,

Aa moment où il mourat, des Champs travaillait encore à la composition de deux vastes poèmes intitulés le « Blet du Lyon > et le « Mlrouër de Mariage ». Il a laissé inachevées ces demiàres confidences de sa vieillesse.

Le triomphe de Tallégorie applîeiuée à Thistoire eût été sans doute le Dict du Lion S cette immense moralité « sur le mauvais gouvernement du royaume » . Nous n'en possédons que le début en trois mille vers, étrange chaos où se heurtent, dans une indescriptible confusion, la mythologie, la Action, Fhistoire, le sacré et le profane. L'exposition des vues de Fauteur

' Mon,, m.

U IIIROIR DU XàRIAOB 251

ior la gouvernexueut, annoncée coixune le premier ol]Jet du poëme, fait place à une interminable lamentation sur le débordement des vices et sur la corruption des sociétés humaines.

On voit, dans un conseil tenu par les dieux, Jupiter et Mars réclamer le châtiment du genre humain, tandis que Nature et Vénus viennent tour à tour plaider sa cause et s'opposer à sa destruction totale. L^ur requête est repoussée; et les dieux conviennent de faire mourir le monde, mais lentement, pour que la punition soit plus exemplaire. Le dieu Mars ouvre les hostilités contre l'humanité en mandant Renard. Né vers les marches de Pampelune, aux défilés de Roncevaux, ce personnage est immortel. Jadis il tat le traître Ganelon : maintenant il se trouve chargé de mettre aux prises « Lyon > et < Liépart » (les rois de France et d'Angleterre), et de déchaîner sur deux grands peuples les maux d'une guerre sans merci. Renart * figure donc ici Robert d'Ar-

' II avait conservé Jusque là, dans le poème, quelques-uns des traits de sa première nature :

Lièvres et connins engoulolt {déîfwrait) En cheminant o suis en pais, [dé/léâ)

Et {ils) ne s'en gardassent JamaiSf (#'m fiêêêint jamais Pour la douceur de son visagi. • • (Jtfsji., 183).

C'est avec la mêiqsidovsew b^pooitt «t ip^Usisvits que le per-

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tois ^ Cette laborieuse préparation devait ainsi aboutir à une sorte de chronique dans laquelle, on peut le croire, eussent figuré, sous des noms d'animaux, les premiers acteurs de la guerre de cent ans. Tous ces efforts d'invention, ces ornements empruntés à Tallégorie et la fable, semblaient, aux yeux de des Champs et de ses contemporains, inséparables de la haute poésie. Plus un poète s'éloignait de la réalité, plus ses conceptions paraissaient admirables ; plus il déployait de science, (et le discours de Nature, dans le Dict du Lyon, est à lui seul l'esquisse d'une encyclopédie) , plus il se rapprochait de Jean de Meung, le maître inimitable.

C'est dans le Miroir du Mariage que se ré- A vêle surtout l'influence de ce dernier écrivain . Même esprit de satire à outrance, même étalage de science, même cliquetis d'arguments

sonnàge, dans le Roman de Jaquemart Gbléb, prélude au pèlerinage de Rome qui doit faire de lui un saint.

^ V. Texorde du discours de Renart au Liepjyart de l'Ile des Géants, cité et analysé par Crapelet, Préf. XXXIV :

Doulz sires, il n'est nulz trésors Avoir, seigneurie^ puissance.

Force, beauté, ne corpulence.

Ce ssi>JebieD, quant est de mi, Qui puist valoir un vrai ami, etc. . •

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