‹ Étude sur Eustache des ChampsChapitre 6 sur 77 · V. le £4i€r paraiolarum (dans le Octo Àuctor · texte numérisé non relu

V. le £4i€r paraiolarum (dans le Octo Àuctor

* Man.j 40.

' Ciup., p. 261.

* Harangue prononcée en U05 (Paris, cbes V. Sertenas, 1560).

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Champs compose la bibliothèque d'un homme sérieux? Qu'on écoute ces instructions :

Qu'il soit fondé en Grammaire, en Logique, Qu'il ait véu maint acteur ancien (auteur) , Valérium, Tulle et Policratique, Tite-Live, Séoèque et Persieo, Virgile aussi , Socrate, Lucien, Qui de parler à droit [teUm le» règle») furent lumière, Saas dire mot ne devant ne derrière, Fors que tousjours faire vraie oroison En tous leurs dis : s'il est qui bien y quière, / Rhétorique a en ce perfection *.

Voilà sans doute une nomenclature assez étrange, qui place au nombre des écrivains anciens, entre Cicéron etTite-Live, le Polycror tique, c'est-à-dire Jean de Salisbury. Mais, que dire du 'genre de mérite attribué à ces divers auteurs? que penser de l'efflcacité de leurs leçons, quand on les entend louer en un style qui répond si peu au leur ?

Ce passé que l'on connaît si mal et qu'on travestit si librement, on y revient sans cesse, on y puise à chaque instant les rapprochements, les comparaisons, les exemples. Qu'il s'agisse d'une biographie, d'un sermon ou d'un discours politique, cet étalage de vaine science 1 est le même. L'auteur du c Livre des Faits du

' i/aw., 384.

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maréchal de Boucicaut t ne se croit pas quitte envers son héros qu'il n'ait comparé ses premières années à l'enfance miraculeuse de Paris, fils de Priam, à la jeunesse de Cyrus. à celle de Romulus et de son frère. Jamais on n'a moins compris l'antiquité : jamais on ne l'a citée davantage. Elle projette une lumière fausse sur les figures les plus originales. Des Champs ne trouve pas de plus bel éloge à faire de du Guesclin que de le comparer, en largesse à Alexandre, en douceur à Paris, en science de la mer à Bacchus * .

On sent que de pareilles habitudes de langage doivent altérer à la longue la rectitude et la justesse de la pensée : l'antiquité dénaturée sert à fausser à son tour l'interprétation des laits et des personnages contemporains.

Les plus grands esprits, les plus sincères, n'échappent pas à cette contagion du mauvais goût : Gerson, l'éloquent adversaire du schisme, l'avocat convaincu de la paix de l'Église, exposant, dans une conjoncture solennelle, les difficultés d'une œuvre que les passions humaines viennent à l'envi contrarier, cite, comme autant d'exemples mémorables de

' Crap., 162.

là fragilité humaine, Ajax, Médée, Caton et les Apôtres * . Christine de Pisan n'ose pas s'en remettre à elle seule du soin de retracer dignement la vie du « sage roy Charles le Quint. » Il faut qu'elle construise, pour démontrer chacune de ses vertus, un argument en règle, dont elle emprunte les éléments à l'Éthique ou à la Politique d'Aristote. Elle ne saurait faire un pas sans confronter son opinion avec les vues du philosophe, et son admiration pour Charles V lui semblerait moins légitime sans l'appui d'une autorité si respectable. Parfois, il arrive que ces laborieuses constructions ne recouvrent que le vide. Ouvrez l'écrit en prose* de des Champs intitule : « Dolente et piteuse complainte de l'Église moult désolée aujourd'hui», et composé en 1393, pendant les conférences pour la paix qui se tenaient à Lolinghem. C'est une espèce de mémoire sur les misères dont ^e schisme menace la chrétienté. Vous vous attendez à rencontrer des faits, des raisons, un tableau de la situation déplorable du monde chrétien. Détrompez-vous : le premier soin de l'auteur est de se dépouiller de sa personna-

* V. MiGBBLET. t. IV, p. 71.

' Ecrit d'abord en latio, ce discours fat traduit en français par l'auteur lui-même, à la prière du duc de Bourgogne.

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lité ; il cède la parole à un être allégorique qui n'est autre que TÉglise elle-même; il lui met à la bouche une sorte d'homélie, remplie des généralités les plus vides sur la nature humaine, sur les vertus et les vices, empruntant à l'apôtre saint Matthieu les huit divisions de son discours. Rien ne manque à ces développements, que l'idée même qui les a suggérés. C'est que l'école apprend à construire des syllogismes : elle ne saurait apprendre à penser.

On a vu tout à l'heure des Champs citer Virgile. A-t-il jamais ouvert l'Enéide ? Tout porte à croire qu'elle lui était profondément inconnue. Le nom d'Énée, la figure sainte du poème, se rencontre sous sa plume : sait-on de quelle mention il le fait suivre î C'est le nom d'un traître. Les Troyens furent détruits, dit-il,

Par Enéas, qui convoita finance ^,

et, sacrifiant le «bien commun» (rintérêt général), à sa passion pour l'or,

Contre ce bien fit ans Grecs alliance.

Ailleurs au contraire, le poète nomme avecres-

^ Man., 344.

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pect le héros de la défense de Troie, Hector, et, selon l'usage constant du moyen âge, le range parmi les preux, dans ce groupe illustre où figurent César avec David, Alexandre à côté d'Arthur et de Charlemagne, Josué et Macchabée en compagnie de Godefroy de Bouillon* D'où vient ce crime de lèse-Énéide? Il n'a qu'une cause et qu'une excuse : l'ignorance de des Champs. Son autorité en ces matières, ce n'est pas Virgile, c'est Darès, ce prétendu sol- j dat d'Hector, auteur apocryphe d'une relation de la guerre de Troie qui, avec le livre du pseudo-Dictys, fournit au moyen âge toutes ses notions sur cette légende fameuse. Darès et Dictys tenaient lieu aux lettrés d'Homère et de Virgile*.

Cela n'empêche pas des Champs de professer pour les poètes latins l'admiration la plus vive. Un jour, on lui dérobe à la cour un de ses manuscrits. Nous pouvons juger par ses plaintes de la valeur de ce t jouel » (joyau) ; (l'ouvrage portait ce titre). C'était une cou-

' Jlfan., 44 et passim.

* On deyait se procurer sans peine l'abrégé très-court de Darès, et il comptait sbns doute parmi les livres de classe des écoliers du temps. La « Bataille et Destruction de Troie en François > (Dictys et Darès) figure au Catalogue de la Bibliothèque du duc d Orléans. (V. Lbroux db Limct, Bibl. de VBe. di$ CharUt, t. V. p. 65.)

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ronne, un c chapel » de fleurs poétiques qui lui avait coûté vingt années de travail ; composition ingénieuse en vérité, c faite autour, » digne de € Socrate » et de c Sénèque » par la gravité des pensées, « d'Ovide », par la délicatesse du sentiment, de € Virgile » par la beauté du style, où l'auteur avait trouvé moyen d'enchâsser les noms des plus illustres personnages du temps ; un musicien habile avait composé pour le poème des mélodies comparables à celles d' « Orphée » *. Regretterons-nous, autant que le fit des Champs, la perte d'un semblable chef-d'œuvre ? Ce galant poème nous eût sans doute édifiés sur la manière dont l'auteur pratiquait l'antiquité ; mais il est douteux que cette révélation lui eût fait, à nos yeux, tout l'honneur qu'il s'en promettait. Des Champs est un médiocre disciple des anciens : il faudra chercher ailleurs son originalité.

' • Et Orpliéns tes douls chanti y nota. . . >

(Mtm. MS9, ool. 3).

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LA JSUNSI^ C(B ÇBS CHAMPS ; SBSi PREMIERS

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